I. Epist. XV
pour conserver les germes de l'erreur, en attendant l'occasion de la répandre de nouveau. Ce sont eux qui méritent pleinement les paroles sévères du pontife.
Celui-ci montre d'abord comme quoi cette hérésie est un résumé de toutes les autres, et il rappelle les peines rigoureuses qui ont été infligées à ses chefs. Peut-être même se donne-t-il un peu trop l'air d'approuver cette excessive répression, comme on le lui a reproché plus d'une fois; mais il faut reconnaître qu'il n'a jamais, dans la pratique, rien encouragé de semblable pendant sa vie. Il passe ensuite à l'exposé méthodique des principaux dogmes de la secte. Comme les sabelliens, les priscillianistes enseignaient que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas trois personnes distinctes, mais une seule et même personne que l'on désigne tour à tour sous des noms différents; il en résultait donc que le Père et le Saint-Esprit avaient participé à la passion tout autant et de la même manière que Jésus-Christ lui-même^ . Comme Paul de Samosate et Photin, ils soutenaient que le fils de Dieu était appelé fils unique parce que seul il était né d'une vierge-. Ils jeûnaient le jour de Noël et le dimanche, célébrant à leur façon la naissance et la résurrection du Sauveur; mais, à l'exemple de Cerdon, de Marcion et des manichéens, ils croyaient que sa naissance, sa mort et sa résurrection n'avaient rien de véritable et n'avaient eu lieu qu'en
I . C'est cette opinion qui a fait donner aux sabelliens le nom de patripassiani.
1. Paul de Samosate et Photin enseignaient que le fils de Dieu n'existait pas avant de naître de la vierge Marie.
apparence. Ils prétendaient, comme certains philosophes et les manichéens eux-mêmes, que Pâme de l'homme était de substance divine : c'était là abaisser la nature divine plus encore que relever la nature humaine, car c'était affirmer que Dieu était changeant et passible, en lui attribuant toutes les vicissitudes de l'âme de l'homme. Pour eux, le démon n'avait pas été créé par Dieu et n'avait jamais été bon; né du Chaos et des Ténèbres, il ressemblait fort au principe du mal de la doctrine manichéenne. C'était lui, et non pas Dieu, qui créait le corps de l'homme: et ce corps ne devait pas ressusciter, car c'était un mal dont l'âme devait être délivrée après la mort. Les priscillianistes détestaient donc le mariage et la procréation des enfants ; et ce principe les conduisait à la plus honteuse immoralité. Pourtant ils admettaient que les « fils de la promission », quoique naissant de la femme, étaient conçus par l'Esprit-Saint : c'étaient à peu près les 7:vsuj;,aT'//.:': des anciens gnostiques. Pour expliquer l'inégalité des conditions et les injustices apparentes de ce monde, ils avaient recours à un système qui, pour n'être pas original, n'en est pas moins curieux et ingénieux : les âmes des hommes, disaient-ils, avant d'être unies à des corps, ont habité le ciel, où elles étaient sujettes au péché; et c'est en punition de leurs fautes plus ou moins graves qu'elles ont été chassées du séjour des bienheureux et soumises à des puissances plus ou moins sévères, qui les ont réunies à la matière et leur ont imposé, en ce monde, les conditions les plus diverses. Mais l'enseignement catholique nous explique bien mieux encore cette diversité des conditions
humaines; « toutes ces inégalités, la grâce de Dieu les égalise, car, à travers toutes les peines de cette vie, ceux qui restent fidèles ne peuvent être malheureux : ... c'est pourquoi l'Eglise, qui est le corps du Christ, n'a nul souci des inégalités du monde, parce qu'elle ne recherche pas les biens temporels ^ ». Dans la dernière partie de sa lettre, saint Léon nous parle de l'influence fatale, bonne ou mauvaise, que les priscillianistes attribuaient aux astres et à d'autres puissances. Il nous dit sur quels livres ils fondaient leur enseignement : ce sont principalement des parties altérées de l'Ecriture sainte, ou des livres apocryphes; ils faisaient grand cas, en particulier, des écrits d'un évêque nommé Diclinius, sans prendre garde que cet évêque hérétique s'était converti dans la suite et avait condamné lui-même ses propres ouvrages.
Enfin le pape prescrit d'assembler un concile, auquel prendront part les évéques de Tarragone, de Carthagène, de Lusitanie et de Bétique -, à qui il a déjà écrit à ce sujet (nous n'avons plus ces lettres) ; que si les malheurs du temps ne permettent pas de réunir ce concile, il faut du moins assembler au plus tôt le clergé de la Galice, afin de prendre les mesures les plus urgentes contre l'hérésie. Cette dernière prescription elle-même ne put s'exécuter qu'imparfaitement : un concile fut réuni en effet, mais à Tolède, et les évéques de la Galice ne purent y prendre part; on y rédigea du moins une profession de foi, que l'on envoya à l'évêque de Braga, métropolitain