Epist. LXVI
SALNT LEON PAPE. 39
L'Illyrie orientale, bien que réunie en partie à l'empire d'Orient en 879, n'avait point passé sous la juridiction de Constantinople ; elle était gouvernée par un vicaire apostolique, qui siégeait à Thessalonique. Les abus d'autorité de celui-ci, ou l'insubordination des évêques qui lui étaient soumis, avaient amené diverses réclamations de la part de ces derniers, qui avaient même été, lors de l'avènement de saint Léon, jusqu'à demander à l'empereur leur réunion au patriarcat de Constantinople. Ce recours irrégulier h la puissance temporelle était resté sans résultat, et Léon lui-même, dans une lettre adressée en 444 »ux métropolitains d'Illyrie, avait confirmé h Anastase les pouvoirs de vicaire apostolique qu'il lui avait confiés : « Soyez, leur disait-il, soumis h mon vicaire, comme les évêques sufTragants vous sont soumis à vous-mêmes... Comme c'est vous qui ordonnez les évêques de vos provinces, de même notre frère Anastase est chargé de l'ordination des métropolitains ^. »
Parmi les prescriptions que contenait cette lettre, se trouvait celle de ne jamais se dispenser d'assister à un concile auquel on était convoqué 2. Or Anastase interpréta cet ordre avec beaucoup trop de rigueur. Voyant que l'évêque de Nicopolis, nommé Atticus, refusait, pour cause de maladie, de se rendre à un concile provincial auquel il avait été appelé, il réclama l'assistance du préfet de la province et fit
1. Epist.y, 4-5. — La lettre VI, adresse'e à Anastase, est en bonne partie la répétition de celle-ci.
2. « Ad synodum quicumque fuerit evocatus occurrat, nec congregationi se deneget, in qua ad Deum pertinentes causas noverit esse tractandas. » [Ibid.^ cap. vi.)
conduire de force le malade à Thessalonique, en plein hiver. Atticus se rendit à Rome pour protester contre un pareil traitement; et Léon, après avoir instruit l'affaire , profitade l'occasion pour écrire deux lettres importantes. Dans l'une, ilrecommande, entre autres choses, aux évêques de la province d'Illyrie de se rendre exactement aux conciles où ils sont convoqués, toutes les fois qu'ils n'en sont pas empêchés par une juste raison ; mais il ne veut pas que ces conciles soient trop fréquents, afin d'épargner aux évêques des dérangements inutiles K L'autre lettre est adressée à Anastase lui-même, et elle débute par une belle page, d'une gravité attristée, pleine de reproches sévères, mais paternels, et que nous voudrions pouvoir citer tout entière. « Agissant envers toi comme mes prédécesseurs envers les tiens, je t'ai confié, dit-il, tous mes pouvoirs pour le gouvernement de ta province, espérant que tu m'assisterais, avec une douceur dont je t'ai donné l'exemple, dans les soins que je dois à toutes les églises, selon que Dieu Ta établi; et qu'ainsi représenté par toi, je serais en quelque sorte présent dans ces contrées éloignées Il arrive certes bien souvent que nous devons montrer notre autorité et réprimander la négligence ou la nonchalance de nos frères ; mais cette réprimande ne doit jamais
blesser la charité Il peut même arriver parfois que
la conduite des évêques eux-mêmes mérite des reproches ; mais nous devons montrer dans la répression plus de bienveillance que de sévérité, et les exhorter sans colère, plus encore par charité qu'en