‹ St Léon le GrandChapitre 34 sur 123 · Epis t. XXX · texte numérisé non relu

Epis t. XXX

o(^ SAINT LEON LE GRAND.

adjoignit Dulcitius en qualité de notaire. « Regardezmoi, dit-il, comme présent au milieu des autres, en la personne de ces frères que j'envoie pour tenir ma place^. «Ailleurs, il qualifie ces députés du titre de légats a latere (ou ex latere)^ c'est-à-dire tirés de l'Eglise romaine, ou de celles qui lui étaient immédiatement soumises-.

Les légats se mirent donc en route, porteurs de lettres nombreuses et importantes, qui montrent l'extrême activité de saint Léon, la netteté et la profondeur de son esprit, et son pieux souci de donner des instructions utiles et précises à tous ceux qui pouvaient avoir une influence salutaire sur la marche des délibérations. A la seule date du i3 juin de cette année, nous trouvons une lettre au « second concile d'Ephèse », une aux archimandrites de Constantinople, une à Théodose, une à Pulchérie, deux à Julien, évèque de Cos, et enfin l'admirable lettre dogmatique à saint Flavien, qui expose la doctrine catholique sur la personne et les natures de Jésus-Christ d'une manière si noble, si claire et si complète, qu'elle répond à toutes les hérésies passées, présentes et futures sur celte grave question. Le grand Bossuet, qui était si bien fait pour comprendre Léon le Grand, ne craint pas de traiter cette lettre de divine ^. Après avoir été adop-

1. (c In lus fratribus meis, quos vice meamisi. me quoque adesse cuin ceteris qui adfuerint, aestimate. » [Episl. XXXI, ad Pidcheriam augustam. cap. iv.)

2. « ... Quos ex latere meo vice mea misi. » [Epist. XXXIV, adJulianiun episcopum cocnscm. cap. ii.)

3. «... Cette divine lettre à Flavien. qui a fait l'admiration de toute l'Église, où le mystère de Je'sus-Clirist est si hautement et si pre'cisément explique, que les pères de ce grand

tée, ainsi que nous le verrons, par le concile de Chalcédoine comme une profession de loi, elle est devenue pour l'Eglise comme une partie de son symbole, et elle a joui h travers les siècles d'une si grande autorité, que nous ne pouvons nous dispenser, malgré les proportions restreintes du présent ouvrage, de la traduire ici presque en entier : « C'est en lisant les lettres de votre Dilcction, dont l'envoi si tardif nous a surpris, et en examinant tout ce qui a été fait par les évêques, que nous avons enfin compris quel scandale s'était élevé parmi vous contre l'intégrité de la foi; ce qui jusqu'ici était resté obscur nous apparaît maintenant avec une entière évidence. Il résulte de là qu'Eutychès, qui nous semblait digne de l'honneur de son sacerdoce, s'est montré imprudent, ignorant à l'excès, au point de mériter qu'on lui applique les paroles du prophète : Il na pas voulu s'instruire pour faire le bien; il a médité V iniquité sur son lit^. Car qu'y a-t-il de pis que de concevoir des pensées impies, et de ne pas céder à ceux qui sont plus sages et plus instruits ? Mais on parvient à ce degré de i'olie lorsque, se trouvant empêché par quelque obscurité dans la connaissance de la vérité, on n'a recours ni aux paroles des prophètes, ni aux écrits des apôtres, ni a l'autorité des Evangiles, mais bien à soi-même ; et c'est ainsi que l'on devient docteur de l'erreur, pour n'avoir pas voulu être disciple de la vérité. Quelles connaissances, en effet,

concile [le concile de Chalcédoincj s'écriaient à chaque mot : Pierre a parlé par Le'on! » {Hisl. des variations, 1. XllI, ch, XX.)

I, Ps. XXXV, 4-5.

peul-il avoir puisées dans les textes de l'Ancien ot du Nouveau Testament, celui €|ui ne comprend pas même le commencement du symbole, et qui, dans sa vieillesse, ne sait pas encore le sens des mots que prononce, dans le monde entier, la voix de tous les catéchumènes ?

« S'il ig-norait ce que l'on doit croire au sujet de rincarnation du Verbe de Dieu, et s'il ne voulait pas chercher la lumière de l'intelligence dans le vaste domaine des saintes Ecritures, il aurait pu du moins prêter quelque attention à cette profession de foi commune que récitent, sans distinction, tous les fidèles, et par laquelle ils affirment qu'ils croient en Dieu, le Père tout-puissant, et en Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur, qui est né de l'Esprit-Saint et de la vierge Marie. Ces trois articles suffisent à détruire presque toutes les inventions des hérétiques. Car, si nous croyons que Dieu est père et est tout-puissant, il s'ensuit que son fils lui est coéternel et ne diffère en rien de son père : engendré par le Dieu tout-puissant et éternel, il est, comme lui, tout-puissant et éternel. Il n'est ni postérieur dans le temps, ni moindre par la puissance, ni inférieur en gloire, ni différent par l'essence. Alais ce même Fils unique et éternel, engendré par le Père éternel, est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Cette naissance dans le temps n'a rien retranché ni rien ajouté à sa naissance divine et éternelle; elle n'a eu lieu qu'en vue de sauver Ihomme, qui s'était laissé égarer, de vaincre la mort, et de triompher du démon qui avait le pouvoir de la mort. Car nous n'aurions pu vaincre l'auteur du péché et de la mort, si celui que

le péché ne peut souiller, et que la mort ne peut arrêter, n'avait pas pris notre nature et ne l'avait rendue sienne. Il a donc été conçu du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge sa mère, laquelle l'a enfanté, comme elle l'avait conçu, sans perdre sa virginité.

« Mais si Eutychès ne pouvait parvenir à comprendre ces choses en puisant h cette source très pure de la foi chrétienne, parce que son propre aveuglement lui voilait la splendeur de la vérité, il aurait dû s'en rapporter à l'enseignement des Evangiles; car saint Mathieu nous dit : Livre de la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham^. Puis il aurait pu recourir à la prédication des apôtres et lire l'Épître aux Romains : Paul^ ser~ viteur de Jésus-Christ^ appelé à Vapostolat, choisi pour V Evangile de Dieu, qu'il avait promis aupara^ vant par ses prophètes dans les saintes Ecritures, touchant son Filsy qui lui est né de la race de David selon la chair^. Ensuite, prêtant une pieuse attention aux écrits prophétiques, il aurait lu la promesse de Dieu à Abraham : En ta postérité seront bénies toutes les nations de la terre^. Et il aurait compris, sans en pouvoir douter, ce que devait être cette postérité, s'il avait écouté les paroles de l'apôtre : Les promesses ont été faites à Abraham et à celui qui devait jiattre de lui. Dieu ne lui dit pas : A ceux qui naîtront^ comme parlant de plusieurs, mais comme d\m seul : Et à celui qui naîtra de toi,

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