Luc. i
LETTRE A FLAVIEN. Gl
n'en a pas moins donné naissance à un corps véritable. La Sagesse éternelle s'est construit cette demeure, le Ferbc s'est fait chair^ et il a habité parmi nous, dans cette chair qu'il a prise de l'homme, et qu'il a animée de l'esprit de vie intelligente.
« Les propriétés des deux natures restant donc entières, mais se réunissant dans une seule personne, la majesté s'est alliée à l'humilité, la puissance à la faiblesse, l'éternité à la mortalité : afin de pouvoir payer la dette que nous avions contractée, la nature inaccessible à la souffrance s'est unie à celle qui peut souffrir, et, comme il le fallait pour nous sauver, Jésus-Christ fait homme, seul médiateur entre Dieu elles hommes, a pu mourir dans sa nature humaine, en demeurant immortel dans sa nature divine. Le vrai Dieu a donc pris en naissant la nature parfaitement complète d'un homme véritable, et il est tout entier dans la sienne, tout entier dans la nôtre ; mais la nôtre telle qu'elle avait été établie en nous au commencement par le Créateur et qu'il s'est chargé de la rétablir : car, dans le Sauveur, il n'y a aucune trace du mal apporté par le démon trompeur et accepté par l'homme qui s'est laissé tromper, et il a pu prendre part aux infirmités humaines sans participer pour cela à nos fautes. Il a pris la forme de la servitude sans la souillure du péché, rehaussant rhumanité sans amoindrir la divinité : car cet abaissement, par lequel l'invisible s'est rendu visible et le créateur et seigneur de toutes choses a voulu devenir l'un des mortels, a été une condescendance de sa miséricorde et non une diminution de sa puissance. Ainsi celui qui a fait l'homme en restant dans
la forme de Dieu, s'est fait homme lui-même en prenant la forme de l'esclave. Car il a, sans exception, les caractères des deux natures; et, comme la forme de Dieu n'anéantit pas la forme de l'esclave, de même la forme de l'esclave ne diminue pas la forme de Dieu. Le diable en effet se glorifiait de voir l'homme trompé par sa ruse, privé des dons célestes, dépouillé de son immortalité et soumis à la loi rigoureuse de la mort ; il pensait trouver une espèce de consolation h ses propres maux en y faisant participer celui qu'il avait poussé à désobéir; il se réjouissait h l'idée que Dieu, après avoir établi l'homme dans une si haute dignité, était forcé par la loi de la justice h changer de sentiment envers lui : il fallut donc que, par l'accomplissement d'un secret dessein, le Dieu immuable, dont la volonté ne peut se départir de sa bonté, complétât l'effet de sa miséricorde à notre égard par un mystère impénétrable. Autrement l'humanité, induite au péché par l'artifice du démon, aurait péri contrairement à la volonté divine.
(( Le fils de Dieu est donc venu en ce bas monde, descendant du séjour céleste, mais sans abandonner la gloire de son père ; et il est né dans un nouvel ordre de choses et par une naissance nouvelle. Il est né dans un nouvel ordre de choses en ce que, invisible par lui-même, il s'est rendu visible parmi nous; incompréhensible, il a voulu être compris; existant de toute éternité, il a commencé d'être dans le temps ; maître de toutes choses, il a pris la forme servile en voilant l'immensité de sa majesté; Dieu impassible, il n'a pas dédaigné de se faire homme, sujet à la douleur ; immortel, il s'est soumis à la
loi de la mort. Il est né par une naissance nouvelle, en ce que la virginité, restée intacte, n'a pas connu la concupiscence, mais a fourni pourtant la matière de la chair. Notre-Seigneur a reçu de sa mère la nature humaine, mais sans la faute; et quoique la naissance de Jésus-Christ soit miraculeuse, puisqu'il a été engendré dans le sein d'une vierge, sa nature n'est pas différente de la nôtre. La même personne est donc h la fois vrai Dieu et vrai homme; et cette unité est très véritable, car on y trouve en même temps l'humilité de l'homme et la grandeur de Dieu. Comme Dieu n'est pas abaissé par la miséricorde, l'homme n'est pas absorbé par la dignité. Chacune des deux formes agit en communion avec l'autre, mais selon sa nature propre ^ ; le Verbe fait ce qui appartient au Verbe, et la chair ce qui appartient à la chair ; et c'est ainsi que l'un étonne le monde par ses miracles, tandis que l'autre succombe sous les outrages. Comme le Verbe ne perd rien de sa gloire, qui est égale à celle de son père, de même sa chair conserve tout entière la nature de notre race. Car, on ne saurait trop le répéter, il est à la fois le vrai fils de Dieu et le vrai fils de l'homme : il est Dieu, puisqu'il est écrit : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu; et il est homme, puisque le Verbe s'est fait chair et a /mbité parmi nous-. Il est Dieu, car toutes choses ont été faites par lui et rien n'a été fait sans lui^ ; et il est homme, car il est né d'une femme et
1. Comme on le voit, saint Le'on re'pond d'avance, en plus d'un endroit de celte lettre, à l'he're'sie des monothelites.