‹ St Léon le GrandChapitre 53 sur 123 · Epis t. LVIII · texte numérisé non relu

Epis t. LVIII

4. Libéralus, c. xii. — Théophane, CArowo^r., dansMigne, Patr. gr., t. CVIII, col. 261.

avait entrepris d'excommunier le pape : il avait déclaré dans un acte qu'il se séparait de la communion de saint Léon, et il était parvenu à forcer une dizaine d'évêques eutvchiens à signer avec lui cette déclaration.

Est-ce cette action folle, qui montre beaucoup plus de fureur que d'habileté politique, qui commença à faire réfléchir Théodose? Peu de temps avant sa mort prématurée, il sembla revenir peu à peu à de meilleurs sentiments. Il accepta de nouveau la sage influence de Pulchérie, qui remplaça celle de Chrysaphius; l'ancien favori fut disgracié, et l'empereur, rendu à lui-même, se montra disposé à suivre les conseils et les exhortations de saint Léon. Mais il n'en eut guère le temps. Après avoir accompli plusieurs œuvres pies, et fait à Ephèse une sorte de pèlerinage de pénitence, il mourut, selon Nicéphore, à la suite d'une chute de cheval, le 29 juillet 45o, à l'âge de quarante-neuf ans.

SAINT LEON CONSENT A LA CONVOCATION D UN NOUVEAU CONCILE ; SOIN qu'il PREND DE SA PRÉPARATION ; IL VEUT QUE SES LEGATS LE PRESIDENT EN SON NOM. CONCILE ŒCUMÉNIQUE DE CHALCÉDOINE ; LES LE- GATS DU PAPE PROTESTENT CONTRE LE VINGT-HUI- TIEME CANON.

Pulchérie, qui succéda à son frère, n'était pas seulement une très sainte femme, un caractère d'une rare noblesse, un esprit singulièrement cultivé ; c'était aussi une véritable souveraine, et elle avait fait ses preuves au temps où elle était associée au gouvernement du jeune Théodose [I. Tant qu'elle avait dirigé les affaires, son gouvernement ferme et libéral avait su, mieux qu'aucun autre en ces temps troublés, assurer le bonheur des peuples, faire respecter le nom romain à l'extérieur, et se montrer, à l'intérieur, très respectueuse des véritables droits de chacun, de ceux de TEglise comme des autres. Son éloignement avait donc été un grand malheur, et son retour ramenait la liberté et la justice.

Cependant, ni en Orient ni en Occident, jamais

une femme n'avait encore régné seule, et Pulchérie voulut respecter la tradition. Donner un nouveau maître à l'empire était une chose bien dangereuse. Elle aurait pu chercher, et trouver peut-être sans peine, une nullité qui n'aurait eu que le nom du chef de l'État et derrière laquelle elle aurait pu gouverner à sa guise; mais cette espèce de mensonge répugnait à sa droiture, et elle aurait cru avilir l'empire tout entier en mettant à sa tète un homme dont le caractère n'aurait pas imposé à tous la confiance et le respect. Elle préféra choisir un véritable souverain, capable de régner par lui-même, et de continuer, de concert avec elle, la sage politique qu'elle avait toujours cherché à faire prévaloir.

On raconte que Théodose, dans les derniers temps de sa vie, avait eu une révélation divine, à la suite de laquelle il avait pu faire connaître à sa sœur le nom de celui qui devait lui succéder. Quoi qu'il en soit, le choix de Pulchérie se porta sur un vieux soldat devenu sénateur, dont la vie était toute de modestie, de probité et d'honneur. Elle avait cinquante-deux ans, Marcien en avait cinquante-huit; elle le fit accepter par le sénat, et elle l'épousa en lui faisant promettre de respecter le vœu de virginité qu'elle avait fait dès sa jeunesse.

Sous le règne précédent, saint Léon avait eu souvent recours à elle, comme à une pieuse et sage médiatrice en qui il avait toute confiance; il allait maintenant trouver dans les nouveaux souverains une aide précieuse pour la vaste et rude besogne que les derniers événements lui imposaient.

Cependant il ignorait encore la mort de Théodose, et il était préoccupé à bon droit de la consécration

d'Anatole ; non pas qu'il hésitât à la reconnaître à cause des conditions fâcheuses dans lesquelles elle s'était faite, mais parce qu'il se défiait de l'orthodoxie du nouvel évêque. En effet, ni Anatole luimême, ni aucun de ceux qui lui avaient écrit à ce sujet, ne disaient un seul mot touchant l'erreur d'Eutychès^ ; la chose n'avait rien de surprenant peut-être, mais cet excès de prudence ne laissait pas d'être inquiétant. Ne voulant donc accorder qu'à bon escient la communion qu'Anatole luiavait demandée, il se résolut à envoyer à Théodose des légats chargés de reconnaître l'ordination au nom du pape, à condition que l'évêque nouvellement ordonné consentît à déclarer qu'il professait la foi catholique, il voulait qu'Anatole fît une profession publique et signée de sa main, par laquelle il déclarerait qu'il approuvait la lettre à Flavien, la seconde lettre de saint Cyrille à Nestorius, et les passages des pères insérés dans les actes du concile d'Éphèse^. C'est ce qu'il dit clairement dans trois lettres datées du 1 6 et du 17 juillet, et adressées à Théodose, à Pulchérie et aux abbés de Constantinople^. Il y joint la demande d'un concile général en Italie si le besoin s'en fait sentir.

1. Léon se plaint plusieurs fois de cet e'trange silence. « Ipse Conslantinopolitanus episcopus, dil-ii dans une lettre aux abbe's Je Constantinople, et hi qui eum consecrarunt, praeter id quod ad ordinationem novi antistitis pertinebat, nihil nobis de compressis vel abdicatis erroribus indicarunt; quasi in illa ecclesia nullum scandalum, nuila exstitisset offensio. » [Epist. LXXL)

2. « Ephesinae etiani synodi gesta recenseat, quibus contra jN'estorii impietatem a sanctae memoriae Cyriilo inserta et allegata sunt de Incarnalione Domini calholicorum testimonia sanctorum. » {Epist. LXIX, ad Theodosium, c. i.)

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