‹ St Léon le GrandChapitre 90 sur 123 · POQUE DE PAQUES · texte numérisé non relu

POQUE DE PAQUES

C'était déjà une lourde et multiple tâche que le gouvernement de l'Eglise universelle, le maintien de sa discipline, la répression des troubles qui s'élevaient en son sein, sa défense contre ses ennemis et plus encore contre les causes profondes de dissolution auxquelles tout succombait autour d'elle, enfin la sauvegarde de l'unité de la foi, toujours laborieuse en face d'esprits inquiets et orgueilleux, constamment prêts à la révolte. Mais cette tâche n'était pas la seule pour le chef de FEglise : comme il n'y avait plus guère à Rome que son autorité qui restât forte et digne de confiance au milieu de la décadence générale, les circonstances et la force des choses lui donnaient, en fait, une sorte de pouvoir temporel, que la cupidité des princes ne songeait pas à lui disputer, parce que c'était une charge sans profit, et auquel les peuples étaient heureux de recourir, parce que c'était souvent leur seule protection dans

les cas extrêmes, et qu'ils espéraient y trouver un secours surnaturel, dans un temps où l'on ne croyait plus guère à refficacité des secours humains. Combien de fois, dans ces temps malheureux, les évêques avaient-ils déjà servi de médiateurs entre les oppresseurs et les opprimés, surtout entre les vainqueurs et les vaincus, pendant les misères des invasions! Si Rome avait été un peu plus à l'abri de ces misères que les autres parties de l'empire, elle avait eu pourtant déjà plus d'une fois à les subir, et le temps approchait où elle allait les éprouver encore à plusieurs reprises, et de plus en plus cruellement.

Parmi les peuples qui envahissaient peu à peu Tancien monde, où ils se faisaient une place avec plus ou moins de violence et d'injustice, aucun ne paraissait plus terrible que les Huns, parce qu'aucun n'était plus féroce, plus irrésistible dans son élan, et moins assimilable. De race mongole, profondément différents des populations indo-européennes, ils étaient venus des contrées lointaines de l'Asie, où leur histoire n'est pas dénuée de gloire militaire. Au iv® siècle, ils avaient émigré en Occident, imposé leur domination aux Alains, détruit l'empire des Goths et réduit les empereurs de Constantinople à leur payer tribut. Plus d'une fois, leur intrusion avait causé des déplacements de peuples assez importants pour déterminer de grandes invasions.

La fortune de ce peuple fut peut-être portée à son apogée sous le règne brillant mais éphémère d'Attila. Si l'on en croit les auteurs contemporains, ce farouche conquérant, si raffiné dans sa barbarie, si affecté dans sa simplicité, était avant tout avide d'une gloire théâtrale. Comme il ne respectait aucune loi divine

ni humaine, comme il avait été capable de mettre à mort son propre frère afin de régner seul, il était capable aussi de sacrifier des milliers d'existences pour se procurer l'occasion de dire une parole mémorable, de trouver une de ces antithèses souvent si chères aux aventuriers que grise leur propre forlune; mais il pouvait aussi faire grâce à tout un peuple et renoncer sans regret au fruit certain d'une conquête, s'il était possible d'assaisonner cette générosité d'un beau geste ^

Il se met, en 4^1, à la tête des Huns établis en Pannonie, envahit avec eux l'empire d'Orient, force l'empereur Théodose le Jeune a lui payer tribut; puis il entre en Germanie, et de là en Gaule, suivi de cinq cent mille hommes; il est précédé par sa réputation, et utilement servi par l'épouvante qui se répand à son approche. Dans un moment de panique, les Parisiens sont sur le point d'abandonner leur ville: mais sainte Geneviève les rassure en leur prédisant qu'ils seront épargnés; et, en effet, le barbare est vaincu d'avance par les prières de la vierge, et, avant même d'arriver à Paris, il change subitement de route et va porter plus loin ses ravages. Mais le danger n'est que déplacé; les peuples s'unissent pour le repousser, et, en /\oi, les armées d'Aétius, de Mérovée, roi des Francs, et de Théodoric, roi des Goths, livrent aux Huns deux sanglantes batailles. Dans la seconde, aux champs Catalauniques, Attila perd plus du quart de son armée. Mais il ne s'attarde pas longtemps à déplorer ses

I. ^ oyez le portrait fort j)ittores(|ue qu'en a trace' Cliateaubriand, d'après les auteurs anciens. [Etudes /lisloriffues, 4® discours sur la chute de l'empire romain, 2'^ partie.)

pertes; il se retire en Pannonie, pour y réorganiser ses troupes, et, dès le printemps de l'année suivante, il réapparaît dans le nord de l'Italie, où il saccage Aquilée et d'autres villes. Aétius ne se croit plus en état de faire face aux Barbares. Il est même, un instant, sur le point de céder aux conseils de la peur, de quitter Ravenne et l'Italie avec l'empereur Valentinien, et de se réfugier avec lui en Orient; mais il comprend que ce projet n'est pas moins honteux que dangereux, et il l'abandonne.

Cependant Rome était désormais à la merci du conquérant. On délibéra; mais, comme il ne pouvait être question de résistance sérieuse, l'empereur, le sénat et le peuple ne purent rien trouver de mieux à faire que d'envoyer une députation à Attila pour lui demander la paix. Conduire cette ambassade et parlementer avec le barbare était une tâche pénible, difficile, et qui n'allait pas sans une grave responsabilité. La piété de saint Léon et sa haute situation, non moins que la capacité remarquable dont il avait fait preuve à mainte reprise, le désignaient tout naturellement pour l'accomplissement de cette tâche. Il n'hésita pas à l'accepter, et à joindre cette nouvelle responsabilité à tant d'autres. Il prit avec lui plusieurs hommes respectables, parmi lesquels Aviénus, personnage consulaire, et Trigétius, ancien préfet du prétoire, et il partit, confiant en Dieu, dont le secours ne manque jamais aux pieuses entreprises. « Et sa confiance, dit Prosper ', ne fut pas trompée; car le roi reçut dignement toute cette ambassade, et il fut si heureux de la présence du souverain pon-

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