I. Chron. ad ann
life, qu'il mit fin à la guerre et se retira au delà du Danube, après avoir promis la paix. »
C'est aux environs de Mantoue qu'eut lieu cette mémorable rencontre du pape et du roi des Huns.
Cet événement a donné lieu à une tradition à laquelle de très bons esprits, depuis bien des siècles, n'ont pas craint d'ajouter foi. « Le bon sens des peuples, dit Alexandre de Saint-Chéron, dans l'impossibilité d'expliquer par des raisons purement humaines cet événement prodigieux, l'attribua tout entier h l'influence miséricordieuse de Dieu, et de là s'est perpétuée une tradition vénérable, universellement répandue au vu'' siècle, recueillie par plusieurs historiens » dans les siècles suivants^, d'après laquelle l'apôtre saint Pierre (d'autres disent saint Pierre et saint Paul) serait apparu devant Attila pour lui ordonner, de la part de Dieu, d'écouter la prière du souverain pontife.
« Comme Attila, dit la Légende dorée , était accusé par ses soldats, irrités de voir le vainqueur du monde vaincu par un prêtre, il leur répondit : « J'ai agi comme je devais le faire, et pour vous et pour moi; car, à la droite de cet homme, j'ai vu paraître un vaillant soldat, l'épée à la main, qui m'a dit : Si tu
I. a Recueillie par Sigebert de Gembloux, au xi« siècle; par l'auteur de VHistoire mêlée^ faussement attribuée à Paul Diacre, au xii^ siècle-, reproduite dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, au xiii» siècle ; consacre'e par l'autorité du bréviaire romain, depuis Pie Y jusqu'à nos jours; adoptée par la science et défendue par le grand nom de Baronius; conservée pieusement dans les anciens bréviaires français avant les réformes gallicanes et jansénistes de la seconde moitié du xyii^ siècle jusqu'à nos jours. » (A. de Saint-Chéron, Hlst. du pontificat de saint Léon le Grand, t. II (1846), p, 87.)
ne lui obéis pas, tu périras avec tous les tiens^. » L'histoire de cette apparition, qui a laissé des traces nombreuses dans la littérature et même dans la liturgie, a de même inspiré fort heureusement les artistes. On connaît la belle fresque que Raphaël exécuta dans l'une des salles du Vatican, et qui nous représente la célèbre entrevue de Léon I" avec le roi des Huns : dans la campagne romaine, éclairée au loin par les incendies qu'ont allumés les vainqueurs, le pape, accompagné du groupe des députés, se tient à cheval auprès de la croix, et il lève la main comme pour bénir; tandis qu'au-dessus de lui les deux apôtres descendent du ciel, l'épée a la main, et arrêtent la marche d'Attila et de ses barbares, surpris d'obéir malgré eux a une puissance irrésistible et mystérieuse.
Sans doute il faut se garder d'appliquer toujours à l'histoire religieuse, et surtout à l'histoire des miracles, la même critique qu'à l'histoire profane : ce serait vouloir asservir l'action libre et toute-puissante de la Providence aux lois étroites de notre existence terrestre. Il n'y a assurément rien de déraisonnable à croire à l'intervention visible des apôtres en cette occasion. Toutefois il faut reconnaître que la chose doit paraître peu vraisemblable à qui ne l'examine que par des movens humains : si elle est vraie, comment expliquer le silence, non seulement de saint Léon lui-même, mais de Prosper, et de tous les historiens jusqu'à la fin du viii° siècle^? Mais ce dont on ne peut douter, c'est de la