Ibid. , P. L . cap. xi
LE PRIEUR DE FONTE-A VELLANA
passer dans son esprit les paroles des psaumes sans les prononcer.
Tout en tolérant ces mortifications exceptionnelles pour un cas particulier, le saint prieur crut de sou devoir de prévenir les abus en réglementant les disciplines, qui ne pouvaient être vraiment utiles et atteindre leur but de mortification qu’à la -condition d’être modérées et de ne pas mettre les individus hors d’état de satisfaire aux autres devoirs de la vie religieuse. Désormais donc elles seraient volontaires et nul ne devrait être contraint de les prendre, s’il ne s’y sentait poussé par un attrait intérieur. Les fervents ne pourraient dans un jour se flageller au delà du temps nécessaire pour la récitation de quarante psaumes. Durant les deux grands carêmes, on étendrait ce temps à la récitation de soixante psaumes. « De cette façon, disaitil, nous ne supprimons pas ce qui est bon, nous retranchons ce qui est superflu h » Il était interdit de dépasser les limites fixées.
Les vêtements des ermites étaient d’étoffe vile et grossière, les couches d’une dureté très grande. Une obéissance prompte et sans murmure était exigée de tous. Le vice delà propriété était inconnu, personne ne donnant ni ne recevant quoi que ce fût sans la permission du supérieur. Chacun devait éviter de quitter sa cellule pour courir çà et là et se garder même de faire les cent pas chez lui. Le silence était strict dans tous les lieux réguliers : oratoire, chapitre, réfectoire et dans les cellules. Les religieux qui habitaient ensemble ne pouvaient le rompre pour se confesser l’un à l’autre. Défense
i. Epist. XXXIV.
SAINT PIERRE DAMIEN
aussi était portée d’aborder les hôtes que l’on rencontrait et de leur adresser la parole.
Mais partout et toujours régnait une charité aimable et vraiment fraternelle. Chacun s’inquiétait avec sollicitude des infirmités de ses voisins et s’ingéniait par tous les moyens à les soulager. Lorsque la mort frappait un religieux, chacun de sesfrères jeûnait pour lui durant sept jours, prenait sept disciplines de mille coups, faisait sept cents génuflexions, chantait trente psaumes et, en outre, une messe solennelle était célébrée pendant trente jours pour le repos de son âme. Si un novice mourait sans avoir accompli la pénitence réglementaire, les ermites devaient se partager entre eux ce qui restait h parfaire.
Quant à l’olfice, Damien confirme ce que nous savions déjà par d’autres sources, que celui des moines était différent de celui dès clercs1. Dans ses monastères, on célébrait en commun les sept heures canoniales cl ujour par tout usitées, Matines ou Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies et l’office nocturne des Vigiles2. Après ce dernier, les frères ne se recouchaient pas, mais ils récitaient autant de psaumes qu’il était nécessaire pour commencer avec la pointe du jour l’office des Matines. Outre ces heures canoniales, les frères chantaient quotidiennement et privément au moins un psautier
i. Opusc. X.
a. A propos cle Prime, Damien dit que le symbole de saint Athanase y avait été introduit peu auparavant. Il était imparfaitement renseigné, car on trouve ce symbole à Prime dès le commencement du vm° siècle. Cf. Histoire dit Bréviaire de dom Baumer, traduction française de dom Biron, t. I, p. 365-366, Paris, 1905.
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pour les vivants. Ils pouvaient à leur dévotion y ajouter pour les défunts soit un second psautier, soit une moitié ou un tiers, ou même se contenter de celui qui se disait pour les vivants. Cela se pratiquait surtout dans les cellules occupées par deux ermites. Nous ne pouvons entrer dans le détail de cette psalmodie privée. Nous nous contenterons de dire qu’elle n’était pas servilement calquée sur ce qui se passait ailleurs et que Damien en avait probablement emprunté le type au fondateur des camaldules.
Suivant en cela l’exemple du patriarche saint Benoît et celui plus récent de saint Romuald, Damien tempérait ce que ses règlements pouvaient sembler avoir de draconien et d’excessif en demandant aux supérieurs de ses monastères d’user toujours d’une sage discrétion et de tenir compte, en imposant les fardeaux, des forces et du tempérament de chacun de ses'religieux. Les plus robustes pouvaient, en effet, sans trop de difficulté dépasser la mesure commune, tandis que la santé plus débile, plus délicate de tel autre réclamait des ménagements. Il j ugeait aussi préférable d’accorder aux ermites un sommeil réparateur, qui leur permît de chanter ensuite avec ferveur les louanges divines, que de les voir assoupis et languissants durant tout le jour et ne pouvant plus psalmodier que du bout des lèvres après quelques heures seulement d’un repos insuffisant. Avant lui, personne ne dormait dans la journée. Il institua la sieste quotidienne pour les mois d’été, quitte h rattraper par un réveil plus matinal le temps qui y avait été consacré. Mais il voulait que ses moines prissent bien garde à ne se jamais laisser vaincre par le sommeil aux heures du
SA.INT PIERRE DAMIEN
travail ou de la prière et pour cela il leur donnait le conseil, qui pourra paraître ironique à plus d’un lecteur, d’éviter de manger trop abondamment. Il remarque à ce propos que certains se plaignaient parfois sottement de manquer d’appétit à l’heure du repas du soir. Ils oubliaient qu’au premier repas ils s’étaient gloutonnement bourrés de nourriture.
Les ermites avaient la tête rasée et la tonsure était renouvelée tous les mois, sauf pendant les deux principaux carêmes où il était même défendu de se laver la tête. Comme l’avait prescrit la règle bénédictine, l’usage des bains n’était à Fonte-Avellana permis qu’aux infirmes.
La règle ne dit pas un mot du travail manuel, mais il est évident qu’il était à Fonte-Avellana, comme partout ailleurs à cette époque, une des occupations quotidiennes des ermites. Dans une de ses lettres, en effet, le saintnous dit qu’il avait entrepris d’écrire des livres uniquement parce que sa santé chétive ne lui permettait pas le travail des mains.
On ne s’étonnera pas qu’un contemplatif comme l’était Damien se soit appliqué à guider et à faire avancer ses moines dans la voie du salut. Il leur adressait de fréquentes exhortations soit en public, soit en particulier, sur les vérités chrétiennes et sur les pratiques de l’ascèse, comme en témoignent spécialement les sermons qui nous restent de lui.
Il avait une filiale et tendre dévotion à la Vierge Marie et il s’efforça de tout son pouvoir de l’inspirer à ceux avec qui il était en relations, mais avant tout à ses ermites. Plusieurs historiens ont avancé qu’il était l’auteur du petit office de la Vierge. Non, il ne fit que rétablir dans ses monastères la pieuse
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coutume tombée en désuétude de le joindre chaque jouraugrand olfice1. Ressuscitée à Fonte-Avellana, cette pratique se répandit dans beaucoup d’autres monastères, dans des églises particulières et même parmi les laïques2. Damien a raconté lui-même plusieurs faits qui montrent avec quel zèle elle lut adoptée3. Il composa, en outre, un office, qui
x. Il est malaisé de préciser le moment où l’on commença dans l’Eglise latine à réciter cet office de surérogation et l’on ne peut guère ajouter foi aux liturgistcs qui, comme le cardinal Bona et Thomassin, prétendent qu’il prit sou origine au Mout-Cassin et qu’il avait été composé par le pape Grégoire II (p 73i) et rendu obligatoire par son second successeur, Zacharie (j- 75a), aux moines de cette abbaye. Pierre Diacre, en effet, qui nous fournit cette indication, l’a sans doute empruntée, en la faussant un peu, à un passage du Liber PentificaUs où il est simplement dit que, lors d’un synode romain, Grégoire III (-{• 741) avait imposé, aux bénédictins des monastères situés près de Saint-Pierre, l’obligation de chanter chaque jour après le principal office « trois psaumes et l'Evangile ». Le petit office, du moins sous une forme analogue à celle que nous lui connaissons, est sans doute plus ancien. Les Très libelli de virginitate leatæ Mariæ de saint Ildephonse de Tolède (f 667) nous apprennent, en effet, que ce dévot serviteur de Marie avait déjà composé un office de la Vierge, qui s’est conservé dans le rite mozarabe au 18 décembre pour la fête de Y Expectatio Partûs B. M. V. Mais il n’est pas identique au petit office du Bréviaire romain. L’auteur de la vie de S. Ulrich (f 973), évêque d’Augsbourg, nous dit aussi que ce prélat récitait quotidiennement l’office de la sainte Vierge après les heures canoniales. Cf. pour plus de détail dom Bàumer, Geschichte des Premiers, trad. française de D. Biron, t. I, p. 3jS-3j6. Paris, iqo5, et dom Laurent Janssens, Commentaire du petit office de la très sainte Vierge , traduit du Dr. Scbafer. Tournai, 1892, pages xx et sq.
a. Cf. Episl. XXXII, lib. vi ; Epist. XXIX, Iib. vx; opuse.. X, cap. x.