Une vingtaine d’années après la mort du saint, Urbain II
SAINT PIERRE DAMIEN
ressemble beaucoup au petit office actuel de la Vierge.
Il introduisit aussi dans ses ermitages d’autres pratiques de dévotion, qui se sont conservéesjusqu’à ce jour parmi le peuple chrétien, telles que la consécration du lundi aux- âmes du Purgatoire, du vendredi au mystère de la Croix et du samedi à la sainte Vierge1.
Cependant la culture de l’âme de ses moines ne lui faisait pas négliger les intérêts temporels du monastère. Pour échapper aux graves inconvénients, qui résultent d’une trop stricte pauvreté, laquelle est, l’expérience des siècles le prouve surabondamment, tout aussi nuisible à la prospérité des maisons religieuses que l’excès des richesses, il acceptait volontiers h l’occasion les aumônes qu’on voulait bien lui faire, et tout en remerciant les bienfaiteurs de leurs libéralités, il les morigénait et leur conseillait de joindre à cette générosité les autres vertus. Il s’occupa d’acquérir quelques biens-fonds afin que sa communauté put toujours vivre à l’abri du besoin. Il fit construire près de l’église un cloître,
imposa la récitation quotidienne des Heures de la Vierge à tous les prêtres séculiers. Et cette prescription un peu négligée dans la suite fut, à diverses reprises, rappelée par plusieurs synodes tenus tant en France qu’ailleurs. Elle eut force de loi jusqu’à Pie V qui, comme chacun sait, la supprima comme trop onéreuse pour le clergé. Elle se maintint pourtant dans plusieurs des grands Ordres religieux, tels que les Cisterciens, Chartreux, Prémontrés, Dominicains, etc., où elle accompagne aujourd’hui encore la récitation du grand office. La plupart des congrégations modernes de femmes ne connaissent pas d’autres Heures canoniales.
i. Opusc. XXXIII, cap. in et iv.
LE PRIEUR DE FONTE-AVELLANA
qui permettait aux processions de se dérouler avec plus de pompe les jours de lètes et, pour rehausser 1 éclat de ces processions, il acheta une belle croix d’argent.
La sacristie fut décemment pourvue et notamment deux calices en argent doré furent achetés poui remplacer les vases de plomb, d’étain ou de matière plus vile, dont se servaient les religieux pour recevoir à la communion l’espèce du vin.
La bibliothèque appela particulièrement l’attention du savant prieur, qui savait comprendre la réelle utilité, sinon la nécessité de l’étude pour des solitaires. Il s’appliqua à l’augmenter de son mieux et il eut la consolation de réunir un certain nombre de bons ouvrages, qui permirent aux moines de s’instruire et de méditer. Il fit avant tout corriger ou corrigea lui-même de sa main avec le plus d’exactitude possible, mais avec la conscience de n’y avoir pas complètement réussi, tous les codices de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui se trouvaient dans le monastère. lise procura encore toutes les passions des martyrs et d’autres manuscrits contenant les homélies des saints Pères ou les commentaires qui en avaient été faits. C’est ainsi que la bibliothèque possédait les œuvres de saint Grégoire, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, saint Prosper, Ilède le Vénérable, saint Remi, et même d’Amalaire, d’Aimon et de Paschase Radbert. Delà sorte les ermites pouvaient joindre à la prière l’étude, qui est un de ses meilleurs aliments. Damien voulait qu’on traitât tous les livres, mais surtout les LivresSaints, avec le plus grand respect, et il recommandait en particulier qu’on évitât de poser ses doigts sur les lettres et
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qu’on veillât à ne jamais approcher le feu ou la fumée trop près des manuscrits.
Pourtoutes les peines que s’étaitdonnées le prieur dans l’intérêt commun, il sollicitait avec instance les prières de ses frères présents et futurs, surtout pour l’heure où il plairait à Dieu de l’enlever de ce monde.
La Congrégation de Fonte-Avellana produisit sous son gouvernement plus d’un homme illustre et plus d’un saint. Les historiens du diocèse de Gubbio citent parmi eux, après Ludolphe, lefondateur de l’ermitage de Fonte-Avellana, cinq autres évêques de cette ville, Julien, Rodolphe, Maynard, Hugues et Dominique1. Damien écrivit la vie de l’un d’entre eux, Rodolphe L
Nous avons déjà dit un mot des extraordinaires pénitences d’un autre disciple de Damien, Dominique l’Encuirassé. Ce saint étrange s’était d’abord fait ermite dans un village de l’Apennin, Luceolo, parce que ses parents avaient, lors de son élévation au sacerdoce, offert un petit présent à l’évêque consécrateur et qu’il considérait par suite son ordination comme entachée de simonie. Après plusieurs années, vers 1042, il quitta, avec l’autorisation de son supérieur, Luceolo pour Fonte-Avellana où il introduisit l’usage des disciplines. Déjà la cuirasse de fer, qu’il portait constamment sur sa chair, l’avait fait surnommer l’Encuirassé. Il ajoutait à cet instrument de supplice des cercles de fer, qui enserraient ses bras, ses cuisses et ses jambes. Nous ne savons si un autre saint a jamais poussé
1. Cf. Sarli, De episcopis Eugubints, Pisnuri, 1755, p. 58 et sq.