‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 17 sur 72 · Opusc. LI · texte numérisé non relu

Opusc. LI

SAINT PIERRE DAMIEN

tics habits précieux et Je sc mêler plus qu’il ne •conviendrait aux affaires du monde1.

Apprenait-il qu’un abbé, accablé sous le poids des affaires et des responsabilités et soucieux de son salut, s’était déchargé de sa dignité, Damien l’en félicitait : « Mon très cher père, je rends grâces h Dieu de vous avoir inspiré de renoncer à une vaine prélature pous vous occuper de votre âme. Aujourd’hui vous commencez d’être un véritable abbé pour moi.... Dites, je vous en prie, dites, puisque vous l’avez expérimenté, s’il est possible, en ce siècle de fer, de gouverner un monastère sans péril pour soi-même2. » Et il lui dépeignait en ces termes les périls inséparables de la charge d’abbé, périls au dehors, périls au dedans: «. Et, si l’on admet que le monde laisse le supérieur en paix, qui pourra soutenir tous les maux qu’entraînent les séditions intestines, et même supporter les seuls ennuis des religieux? Qui pourra contenter tant et de si diverses volontés? Qui pourra garder son calme au milieu de tant de désordres? On exige, en effet, de l’abbé qu’il soit un saint, et cependant on ne lui pardonnera pas de n’ètre pas appliqué tous les jours aux affaires du temporel... l'on souffrira plutôt que la régularité de la discipline tombe entièrement par son absence que de voir les biens de la communauté péricliter. Si ce supérieur corrige comme il le doit les fautes des coupables, on le juge un homme sans cœur; s’il use de bonté envers eux, on l’accuse de manquer de zèle pour Dieu ; si parfois il croit devoir

i. Opusc, XII. Cf. aussi Opusc. XXIX.

a. Opusc. XXI.

LE PRIEUR DE FONTE-AVELLANA

garder le silence, l’on dit que, quand le pasteur est muet, le loup envahit le troupeau. Parle-t-il assez facilement? on se demande de quel droit ce bavard prétend imposer silence aux autres. Jeûne-t-il? c’est qu’il veut capter les louanges des hommes; mange-t-il ?on prétend qu’il soigne bien son ventre et serre celui des autres. Porte-t-il un habit décent? c’est un vaniteux; s’il se contente d’habits pauvres et usés, il lait affront au monastère. S’il est un peu long dans ses sermons, ou en rit, on le trouve ennuyeux et plus propre h provoquer le sommeil qu’à édifier; s’il est trop bref, c’est qu’il ne peut distribuer aux autres ce au’il n’a nu retenir pour lui-même1. »

Le correspondant de Damien a donc parfaitement agi en abandonnant son titre. Il s’occupera désormais de son salut et n’aura plus la responsabilité du salut de tant d’autres. Mais le démon a coutume de tendre des pièges aux prélats démissionnaires et notre saint tient à le prémunir contre eux. 11 y a d’abord les combats contre soi-même et puis les assauts du tentateur, qui prend plaisir à mettre sous les yeux de l’ancien supérieur le bien qu’il aurait pu faire encore aux âmes. Ne serait-ce pas, se dit-il, l’inconstance et le désir du changement qui ont empêché ce bien de se produire? Et puis, le démon lui rappelle les biens temporels considérables dont il avait l’administration et lui oppose en l’exagérant l’état d’indigence où il se trouve actuellement. Et c’est encore le souvenir de la prétendue sympathie de ses anciens moines qui vient le chagriner ou celui de la joie qu’ont éprou-

r. Ibid., cap. n.

SAINT PIERRE DAMIEN

vée de sa disparition ceux qui ne l’aimaient pas. Yoilà les fantômes et mille autres que les mauvais esprits font naître dans le cœur des démissionnaires et qui les poussent parfois à revenir à leur vomissement. Il espère que son correspondant aura la force d’échapper à ces tentations1.

Mais si le saint s’entendait à reprendre les vices et les travers, il savait aussi à l’occasion consoler et encourager.

Un bon moine, du nom d’Aripand, était affligé de ce qu’il n’avait pas fait d’études avant son entrée au désert. Damien lui montre avec bonté que souventla science est la source de tous les maux etque le désir de l’acquérir et de la posséder peut être dangereux. L’ignorance qu’accompagne une bonne simplicité est encore h préférer- h la science dépourvue des autres vertus et qui ne sert qu’à enfler ceux qui la possèdent2.

Ayant appris qu’un autre moine nommé Theuzon, d’ailleurs très pieux, en dissentiment avec son abbé, avait abandonné son monastère pour vivre en ermite dans une cellule au milieu d’une ville, il alla le trouver, accompagné de l’abbé, pour tenterde le réconcilier avec ce dernier. Il échoua dans sa démarche. Après l’avoir accablé de sottises et d'insultes, Theuzon le mit à la porte de sa cellule. Bien loin de se froisser, Damien n’écouta que sa mansuétude et sa charité. Il écrivit au rebelle et lui représenta avec douceur, afin de le remettre dans le droit chemin, que sa conduite était inspirée par l’orgueil, puisqu’il refusait de vivre sous la

i. O/iusc. XXT, cap n et ni.

a. Opusc. XLV.

LE PRIEUR DE FONTE-AVELLANA

discipline d’un supérieur pour n’obéir qu’à ses fantaisies et à ses caprices, et qu’il s’exposait en ' s’attirant les louanges vaines du peuple pour sa manière de vivre singulière à se croire au-dessus du commun des moines1 2.

La sollicitude du prieur de Fonte-Àvellana s’étendait encore aux moniales comme on le constate par deux lettres de sa correspondance. Dans l'une, adressée à la comtesse Blanche, qui avait abandonné ses biens et sa famille pour se retirer dans un monastère, il enseigne à cette femme les moyens de combattre le tentateur, de supporter vaillamment la pauvreté, les tristesses et les tribulations et d’atteindre à la perfection* ; dans l’autre il prémunit contre l’orgueil une religieuse du nom d’Hermesinde3.

M ais Dieu allait l’appeler à exercer son zèle et ses talents sur un champ plus vaste et à devenir l’un des plus intrépides champions de son Eglise.

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