CHAPITRE III
LES DÉBUTS DE LA. VIE PUBLIQUE
L’époque où vécut Pierre Damien est une des plus tristes qu’ait eu à traverser l’Eglise. Luimême nous en a tracé un effrayant tableau, notamment dans son Liber Gomorrhianus , dont on lira plus loin quelques extraits. Le spectacle écœurant qu’il avait sous les yeux de l’affaissement général des consciences lui faisait envisager comme prochaine la fin des temps. On comprend alors l’énormité de ses pénitences, en voyant l’énormité du mal qu’il s’efforcait de conjurer chez les uns, de réparer chez les autres. « Ce monde, écrit-il, s’enfonce chaque jour dans une telle corruption que toutes les classes séculières et ecclésiastiques gisent à terre et comme en ruines. La discipline monastique elle-même, jusque-là à peine inclinée, si je puis dire, vers la décadence, est en langueur et s’écarte des hauteurs de son habituelle perfection. Plus de pudeur, plus de décence, la religion décroît et tend à disparaître et la troupe des saintes vertus s’est enfuie loin de nous. Tous recherchent leur intérêt et n’ont que du mépris pour les choses du ciel ; tous sont dévorés d’un insatiable appétit pour les choses de la terre, si bien qu’arrivés aux
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derniers jours du monde, ils ne cessent pas de convoiter encore » — « On (lirait qu’à mesure que ce monde approche de son terme, le trouble et l’orgueil y bouillonnent davantage en vagues furieuses. Dans les siècles passés, en effet, comme dans la haute mer, régnait une tranquillité relative; à présent, sur le point de finir, ce monde se brise éperdument contre le rivage, de sorte qu’il est difficile à ceux-mêmes qui font effort d’éviter le naufrage. Et cette tempête, celte pertuibationgénérale naissent de la luxure1 2. » — « Les hommes de notre temps ne vivent plus que de ripailles, d’avarice et de débauches 3. » — « L’ordre légitime du mariage est confondu. Ces gens, qui n’ont que le nom de chrétien, vivent en réalité à la manière des Juifs. En effet, où n’est-on pas témoin de rapines et de larcins ? Qui donc a honte du parjure, de l’impudicité, du sacrilège et des crimes les plus atroces4. » — « Ce monde n’est plus qu’un gouffre d’envie et d’impudicité. La cupidité les asservit tous depuis les plus petits jusqu’aux plus grands 5. » — « Un esprit malin précipite le genre humain dans un abîme de forfaits 6. »
Au lieu d’être aux devoirs de leur vocation, la majorité des clercs vivaient en séculiers et étaient sans cesse en procès pour sauvegarder leurs intérêts matériels ; les laïques se livraient une guerre continuelle et acharnée. « Les tribunaux et les cours