Epist. XV, lib. i
2. Voici en quels termes Damien définit le nicolaïtisme qui à ses yeux se compliquait d’hérésie : « Nocolaitæ autern dicuntur clerici, qui contra castitatis ecclesiasticæ regulam
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trop d’occasions dans le cours de ce récit de parler de ces deux plaies si universellement répandues au xie siècle et de leurs lamentables conséquences pour l’honneur et la paix de l’Église. Aussi bien éprouvons-nous le besoin de nous excuser dès maintenant d’avoir à étaler sous les yeux du lecteur cet amas d’immondices. Mais nous ne serions ni impartial ni véridique si nous les dissimulions derrière un voile tropépais. Il est d’ailleurs indispensable de les connaître pour avoir une idée exacte de la physionomie de l’époque et pour comprendre le rôle que la Providence avait dévolu à Pierre Damien. 11 est pourtant telles des pages de ce dernier, parsemées de détails trop scabreux et d’un naturalisme trop brutal, que nous n’avons pas cru pouvoir traduire par respect pour le lecteur. Son latin
Bien souvent dans les mots brave l’honnêteté.
Il n’y a pas lieu de s’étonner qu’un clergé aussi corrompu que l’était celui de ce siècle fût en même temps d’une 'ignorance crasse. Notre saint en rend en grande partie responsables les évêques. « La négligence et la torpeur des évêques, dit-il, est cause que les prêtres sont aujourd’hui tellement ignorants, que non seulement ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent, mais qu’ils ont de la peine à articuler, en balbutiant, des mots qu’il leur faut épeler. Et que peut-il demander dans ses prières^
feminis admiscentur. Qui plane tune fornicatores fiunt, cum fœdi commercii copulas ineunt, tune Nicolaitæ iure vocantur, cum hanc lethiferam pestam velut ex auctoritate defendunt. Vitium quippe in hæresim vertitur, cum perversi dogmatis assertione firmatur. » Opusc. V. Cf. aussi opusc. XVIII.
SAINT PIERRE DAMIEN
pour son peuple, celui qui ne comprend pas ce qu’il dit?... Et, parce que les peuples sans instruction ne peuvent que périr par l’ignorance des mauvais prêtres, l’évêque n’aurait pas dû promouvoir au sacerdoce de tels hommes1. » Cette ignorance h peine croyable est la cause des impudicités, des scandales, des sacrilèges des peuples.
Nous consentons que l’on fasse la part de la déclamation dans les tableaux que Damien nous a laissés des vices de son temps, il n’en reste pas moins avéré que le clergé du xic siècle et, par suite, les fidèles, puisqu’on a pu avec justesse émettre l’axiome : « Tel clergé, tel peuple », étaient plongés dans la plus dégradante corruption. Le témoignage du saint est d’ailleurs corroboré par tous les historiens et les chroniqueurs contemporains, par ceux-mêmes qui auraient eu, semble-t-il, intérêt à dissimuler ces vices et ces turpitudes. Les nombreux conciles ou synodes de l’époque tenus dans tous les pays de l’Europe confirment aussi par les canons, qui tendent à le réprimer, l’étendue du mal en même temps que sa profondeur et l’impuissance où se trouvaient les gens decceurà l'enrayer. Nous verrons que notre saint ne fut pas un adversaire isolé des débordements du clergé et qu’il y avait encore de consolants exemples de vertu surtout dans les monastères. Les Clunisiens en France et dans d’autres pays ; en Italie, les disciples de saint Romuald et ceux desaint Jean Gualbert furent des défenseurs énergiques de la discipline et de la morale chrétiennes, qu’ils pratiquaient euxmêmes dans toute leur rigueur. Plusieurs grands
i. Opusc. XXVI.
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papes avant Grégoire VII luttèrent également pour elles et ne craignirent pas de rappeler publiquement au devoir simoniaques et concubinaires.
De io33 à io45, la chaire de saint Pierre est occupée par un débauché, Benoît IX, que son père, le comte Albéric de Tusculum, frère du pontife défunt, Jean XIX, avait fait pape à l’âge de douze ans, grâce à la distribution de sommes d’argent considérables. La conduite odieuse et scandaleuse de ce jeune tyran avait soulevé contre lui une partie des Romains qui, fatigués de ses excès, le chassèrent de Rome au début de io44 et le 22 février decette année lui donnèrent pour successeur Jean, évêque de Sabine, qui prit le nom de Sylvestre III.
X 1 a i s celte nouvelle élection était elle aussi simoniaque et Sylvestre a toujours été tenu pour un antipape. Son règne fut d’ailleurs tout éphémère, puisque excommunié par Benoît IX il fut contraint de quitter Rome et de rentrer dans son évêché de Sabine dès la fin d’avril io44? c’est-à-dire une cinquantaine de jours apres son intronisation1.
Revenu à Rome, Benoît IX y continua sa vie de désordres. Un contemporain, Bonizon, évêque de Sutri, puis de Plaisance, nous raconte que cejeune épicurien dissolu et immoral voulut épouser sa propre cousine, la fille du comte Gerhard deSasso, mais ce dernier mit comme condition à son consentement qu’il renoncerait tout d’abord au souverain pontificat. Le clergé, la noblesse et le peuple exploitèrent aussi sa cupidité pour le contraindre à abdiquer. Et le 1" mai io45 il céda la tiare contre une indemnité de 1000 ou i5oo livres d ar-