‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 30 sur 72 · I. Leonis IX cplstola. En tête du Liber Gomorrhianus · texte numérisé non relu

I. Leonis IX cplstola. En tête du Liber Gomorrhianus

SAINT PIERRE DAMIEN

convaincre que le prieur de Fonte-Avellana avait, sous la poussée de son imagination, exagéré le mal et que la révélation de scandales si énormes ne pouvait qu’être préjudiciable h la masse des chrétiens. Nous ne savons s’il le blâma directement après qu’il l’avait précédemment encouragé à poursuivre son apostolat. Mais il marqua sûrement dans ses rapports avec lui une froideur à laquelle Damien fut très sensible, comme en témoigne la lettre suivante où, conscient de n’avoir pas outrepassé son devoir, il demande à Léon en des termes pleins de soumission, mais aussi de fermeté, de ne le pas condamner avant d’avoir entendu sa défense.

« Au seigneur Léon, très saint pape, Pierre moine pécheur, présente ses hommages dévoués.

« Qu’il me soit au moins permis de dire à mes accusateurs ce qim le peuple d’Israël disait h ses chefs : « Que le seigne r voie et juge, car vous « m’avez rendu et ieu devant Pharaon et ses ser- « viteurs ».

« L’antique ennemi, en effet, redoutant de me voir détruire par mes paroles ce qu’il ne cesse de machiner dans ces pays par de nouveaux artifices, a aiguisé contre moi les langues des méchants et il s’est servi des complices de ses mensonges pour faire parvenir jusqu’à vos oreilles le venin de sa malice. Rien d’étonnant à ce que la fourberie des hommes ait pu tromper mon seigneur absorbé par tant d’affaires, alors que David lui-même, pourtant rempli de l’esprit prophétique, a inconsidérément ajouté foi aux paroles de Siba et frappé l’innocent Miphibosetli d’une sentence de proscription. ... La façon de faire de notre Créateur nous apprend à ne pas croire à la légère tout le mal qui se dit.

LÉON IX ET VICTOR II

Celui, en effet, aux yeux duquel tout est à nu et à découvert, n’a pas craint de dire r « La clameur de « Sodome et de Gomorrhe s’est accrue ; leurs péchés « se sont aggravés outre mesure ; je descendrai et « verrai s’ils accomplissent par leurs œuvres ou non « le cri qui vient à moi ». Cela a été dit afin que l’ignorance humaine apprenne à ne pas croire sans preuves ce qu’elle entend, qu’elle ne juge pas facilement ce qu’elle ignore, et qu’elle ne se prononce pas avant d’avoir éclairci tous les doutes.

« Nous savons à n’en pas douter que ces sages ménagements, que vous prenez dans toute autre affaire, n’ontpas été observés à notre endroit, mais ce n’est pas tant à vous que nous imputons cette façon d’agir qu’à nos péchés.

Du reste, je rentre en moi-même, je scrute les replis de mon cœur et cet examen me convainc que si ce n’était pour l’amour du Christ, dont je suis un mauvais serviteur, je ne rechercherais les bonnes grâces pas plus que je ne craindrais la disgrâce de personne. C’est Lui, ce témoin de ma conscience, que j’invoque, Lui qui, il est pieux de le croire, habite dans le sanctuaire de votre âme, que je prie en toute humilité devons rendre plus doux à mon égard, s’il le juge utile à mon salut, et de faire que votre visage me soit moins sévère. Qu’après m’avoir amené à implorer votre clémence, il opère la réconciliation. Que s’il persiste à me tenir sous le fouet de votre aversion, je tendrai humblement mes épaules meurtries, je me tairai et ne me plaindrai pas, mais je lèverai un regard plein d’espérance vers Celui qui, par une juste disposition de sa justice cachée, m’a envoyé de telles épreuves.

SAINT PIERRE DAMIEN

« Ce n’est pas vous que je prie, mais Celui sans la volonté duquel une feuille ne tombe pas de l’arbre et je lui demande de changer favorablement, si cela est pour mon bien, vos dispositions à mon endroit1 2. »

Baronius, après avoir cité cette lettre <lont il est difficile de ne pas admirer, en même temps que la respectueuse déférence, Ja consciente fierté, l’accompagne de cette réflexion, qu’il est toujours utile de redire après lui : « Cet incident fâcheux doit consoler les âmes, qui ont innocemment à supporter de pareilles épreuves, et rappeler a ceux qui les infligent un peu à la légère, qu’ils ne doivent pas prêter une oreille trop complaisante aux calomniateurs, aux bavards, surtout lorsque leurs calomnies visent des personnes, que recommandent de longues années d’une vie vertueuse et honnête ».

Aucun document ne nous dit l’impression produite sur le pape par la lettre de Damien. Les uns veulent, et cela peut être admis, que l’amitié qui unissait les deux saints soit après l’incident devenue plus intime, les autres prétendent que les rapports restèrent froids désormais ou furent même suspendus. De fait, nous ne voyons plus à partir de io5i l’ermite mêlé aux événements du pontificat de Léon IX. Nous ne pourrions avoir une solution à ce doute que s’il était possible de déterminer la date exacte d’une bulle bienveillante du pape par laquelle il donnait à Pierre Damien et à ses successeurs l’ermitage d’Ocri au territoire de Sassi5.

Page 1