‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 31 sur 72 · P. L. CXLV · texte numérisé non relu

P. L. CXLV

LÉON IX ET VICTOR II

Fidele h la résolution prise au lendemain de son élection, Léon IX tint à l’époque des (êtes pascales un synode à Rome et en io5o et en iooi. Pierre Damien prit-il part en personne à ces réunions synodales? Nous ne trouvons pas son nom dans la liste dressée par Mansi des cardinaux, évêques et abbés présents à Rome en avril io5o. De plus, notre saint ne fait nulle part allusion dans ses récits à la querelle qui mit aux prises l’abbé du Bec, Lanfranc, et l’hérétique Bérenger, écolâtre de Tours, au sujet de la présence réelle de Noire- Seigneur Jésus-Christ niée par ce dernier, et qui fit l’objet principal des discussions du synode de cette année. Mais une phrase de Bonizon disant qu’il y fut prescrit, au nom de saint Pierre et de l’Eglise romaine, aux clercs et aux laïques de cesser toute relation avec les prêtres et clercs fornicateurs et que cette décision fut le résultat de la prédication des moines, permet de supposer que, malgré son absence, le prieur de Fonte-Avellana ne fut peut-être pas complètement étranger h ce synode.

Dans celui de io5 i, la question des clercs ordonnés par des prélats simoniaques fut agitée de nouveau. Malgré la solution à laquelle il s’était arrêté deux ans auparavant, Léon IX conservait toujours des doutes au sujet de la validité de pareilles ordinations. Dans son entourage aussi, il y avait un parti de rigoristes auquel appartenait notamment le cardinal Humbert, qui les jugeait invalides et qui, lorsque l’occasion s’en présentait, n’hésitait pas h procéder, à l’exemple du pape d’ailleurs, h une réordination. Ces partisans de la réordination considéraient la simonie, proscrite h la fois par le

SAINT PIERRE DAMIEN

droit divin et le droit ecclésiastique, comme empêchant l’exercice valide du pouvoir d’ordre h peu près comme l’interdiction enlève au prêtre la faculté d’absoudre validement. Cette erreur provenait cle ce que la théologie de l’époque n’avait pas encore suffisamment distingué les sacrements qui impriunent caractère (baptême, confirmation, ordre) de "ceux qui ne laissent pas de trace ineffaçable, et aussi d’une certaine confusion entre le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction1 2.

Les discussions prolongées n’aboutissant pas a faire la lumière dans les esprits et Léon, comprenant la nécessité de donner enfin une solution décisive à une question d’une telle importance, demanda aux évêques présents de vouloir bien étudier attentivement le problème et cle lui communiquer le résultat de leurs recherches et de leurs travaux.

Damien, à cette occasion, fut prié avec instance par plusieurs de ses amis, qui appréciaient h leur juste valeur sa compétence théologique et son érudition, de développer par écrit ses idées sur ce sujet. Pour répondre à ces demandes il entreprit la composition de son Liber Gratissimus*.

Ce traité, l’une des œuvres théologiques les plus fortes du xie siècle, était ainsi désigné parce qu’il devait être très agréable aux clercs ordonnés simoniaquement. Damien y soutient, en effet, que l’évêque n’est que le ministre extérieur du sacerdoce,

1. Cf. la récente et excellente étude de l’abbé Pourrat, La théologie sacramentaire, p. 1 4 3 et ao et sq. Paris, Lecoffre, 1 907, et celle de L. Sallet, Les réordinations. Étude sur le sacrement de l’Ordre , p. 182-186, 190-193. Paris, Lecoffre, 1907.

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