Opusc. VI
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c’est Dieu, ministre invisible, qui consacre véritablement l’ordinand, que, par conséquent, l’indignité du ministre n’importe pas du tout et les ordinations contestées ne doivent pas être réitérées. Il établit à ce point de vue un parallélisme étroit entre le baptême et l’ordre. C’est, en effet, le même Esprit-Saint qui est conféré dans le baptême et dans l’ordination. De même que l’on ne réitère pas le baptême, bien que conféré par un ministre indigne, ainsi qu’il est constant dans l’Église depuis la fameuse querelle entre le pape saint Étienne et l'évêque de Carthage, le martyr saint Cyprien, il n’y a de même aucune raison de recommencer l’ordination conférée par un simoniaque, à la condition pourtant que cette ordination soit faite dans l'Église catholique et que le prélat consécrateur professe la vraie foi et accomplisse les cérémonies dans leur intégralité. Balaam, dit-il, quoique simoniaque, n’a pas perdu l’esprit de prophétie, et pas davantage Saül, bien qu’il fût déjà réprouvé.
Les trois principaux sacrements de l’Église sont le baptême, l’eucharistie et l’ordre. Or, saint Augustin a prouvé pour le baptême dans son Commentaire sur saint Jean , et Paschase pour l’eucharistie dans son livre du Corps du Seigneur , que les bons prêtres ne rendent pas ces deux sacrements meilleurs, pas plus que les mauvais prêtres ne les rendent pires. 11 est vrai, la question n’a pas encore été tranchée relativement aux ordinations, mais il faut raisonner à leur sujet comme pour le baptême et l’eucharistie. Damien cite ensuite plusieurs exemples d’ordinations faites par des évêques hérétiques ou scandaleux dont la validité a été plus tard ratifiée; Dieu a même permis que des évêques
SAINT PIERRE DAMIEN
indignes fussent les instruments de plusieurs miracles et nombre de clercs et de prêtres ordonnés par des simoniaques ont mené une vie, fort ■édifiante. II est faux que celui qui a reçu l’ordination d’un prélat entaché de simonie doive être regardé comme l’égal des laïques et c’est un crime de réitérer les ordinations comme c’en est un de rebaptiser. Qu’on veuille bien, d’ailleurs, prendre garde à la conduite des papes en pareille occurrence et qu’on se souvienne que Léon IX lui-même a considéré comme valides les ordinations conférées gratuitement par des simoniaques. L’auteur du Liber Gratissimus est personnellement opposé à de telles ordinations et il loue chaudement l’empereur Henri III de les avoir combattues, mais encore une fois son avis est qu’elles sont valables et n’ont pas besoin d’être réitérées.
Malgré cela, les divergences d’opinion sur la valeur de ces ordinations continuèrent d’exister et favorisèrent même au siècle suivant le développement des hérésies albigeoise et vaudoise. La thèse soutenue par le prieur de Foute-Avellana ne devait définitivement prévaloir dans l’Église qu’à partir de la fin du xne siècle. Lui-même aura plus tard une nouvelle occasion de la défendre lors du schisme provoqué à Florence par les moines vallombrosains.
Il avait espéré pouvoir offrir en personne son traité au pape qui, le bruit en courait, devait prochainement s’arrêter dans son ermitage. N’ayant pu réaliser son dessein, sans doute parce qu’en ce moment ses rapports avec Léon étaient un peu tendus, il le dédia à l’archevêque Henri de Raveune. Celui-ci ayant été sacré par le pape à Rimini,
LÉON IX ET VICTOR II
le i4 mars io53, le Liber Gratissimus a dû être terminé vers ce temps-là, puisque l’auteur y fait allusion dans sa dédicace à la consécration récente du prélat*.
Le saint ne prit aucune part directe aux controverses passionnées entre Grecs et Latins, qui devaient aboutir en io53 sous le patriarche de Constantinople, Michel Cérulairc, à la consommation du schisme et à la scission définitive des deux Eglises. Toutefois, à différentes époques de sa vie, il s’efforcera, dans ses écrits et ses lettres, d’arrêter l’extension du schisme. C’est ainsi qu’il félicitera l’abbé et les moines latins de Sainte-Marie de Constantinople de se maintenir avec fermeté dans la vraie foi au milieu des schismatiques. L’abbé l’avait sans doute interrogé sur un point relatif au schisme. Damien répond verbalement à sa demande par l’intermédiaire du porteur de la lettre et il espère que son correspondant sera pleinement satisfaiti. 2. Il combattra encore dans une lettre adressée à un patriarche anonyme l’erreur des Grecs sur la procession du Saint-Esprit et prouvera, par des arguments de raison et d’autorité, ceux-ci tirés de l’Écriture et des Pères grecs et latins, qu’il procède vraiment du Père et du Fils3 4. Dans son opuscule intitulé De jejunio sabbati, qui est une lettre à ses moines de Gamugno, il justifiera le jeûne du samedi reproché aux Latins par les Grecs comme une superstition juive*. Il éta-
i. Qui sacerdotium, auctore Deo, noviter suscepist. Ibid.
a, Epist. XIII, lib. vi.