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SAINT PIERRE DAMIEN. 5
SAINT PIERRE DAMIEN
blira également que le pain azyme et le pain fermenté sont une matière valide pour l'Eucharistie. On sait que les Grecs accusaient les Latins d’hérésie parce qu’ils faisaient usage du pain sans levain ou pain azyme1.
Léon IX mourut le 19 avril io54, après un pontificat de cinq ans. Aussitôt Hildebrand quitta Tours où il se trouvait alors et rentra à Rome. Le clergé et le peuple, témoins de son zèle, de ses vertus et de ses exceptionnelles qualités, lui offrirent la tiare, mais il refusa de se prêter à une combinaison qui eût pu sembler une provocation à la cour germanique, puisque celle-ci avait désormais, depuis Clément II, le droit d’intervenir dans le choix d’un nouveau pape. Il était, d’ailleurs, sans ambition personnelle et ne souhaitait rien autre chose que de pouvoir rendre à l’Eglise romaine son indépendance et sa grandeur passées. Son rôle pour quelques années encore devait être de « créer » de dignes pontifes dont il aurait un jour h parfaire l’œuvre. Il se contenta donc de se laisser choisir comme membre de l’ambassade, qui irait demander encore une fois à Henri III de désigner celui qui lui paraîtrait le plus digne de gouverner l’Église. Et, finalement, il eut l’habileté d’imposer au monarque le pape que lui, Ilildebrand, jugeait le plus propre à recueillir la succession du pontife défunt.
En mars io55, en effet, h la Diète de Ratisbonne, après plusieurs mois de négociations, il obtenait de l’empereur au nom du clergé et du
1. Dans un fragment de lettre à l’archevêque Henri de Ravennc découvert et publié par le cardinal Mai au t. VI de sa Script, veter, nova Collectio et reproduit par Migne. ..P. L, CXLV, gog.
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peuple romains l’élection de son conseiller intime, Gebliard, évêque d Eichstàdt, comme successeur de Léon IX.
Le' nouvel élu l’avait été contre son gré et au vrai déplaisir de Henri III qui l’aimait, appréciait fort ses services et regrettait de s’en voir privé. Pour éloigner la tiare de sa tête, il n’avait pas craint de recourir à des calomnies envoyées .aux Romains sur son propre compte. Rien n’y avait fait. Hildebrand avait persisté à le désigner comme le plus convenable, sa ténacité avait eu raison des objections formulées et Gebliard, pressé par l’empereur lui-même, avait dû donner son acquiescement. Le Jeudi-Saint, 1 3 avril, c’est-à-dire après une vacance du Saint-Siège de près d’un an, il avait été intronisé à Saint-Pierre de Rome. Il avait pris le nom de Victor IL
Le choix était des plus heureux. Gebhard jouissait d’une haute réputation de vertu ; tous reconnaissaient son habileté dans les affaires; de plus, ses rapports d’amitié avec l’empereur assuraient à l’Église l’appui de ce prince. Il est vrai qu’il avait fait quelque opposition à Léon IX, quand il s’était agi pour Henri III d’envoyer à ce pontife des troupes contre les Normands, mais ses idées s’étaient depuis modifiées. Dans la suite, lorsqu’une épreuve fondait sur lui, il avait coutume de dire : « Je mérite bien cela, car j’ai péché contre mon Seigneur; Paul expie les fautes de Saul. »
Le 4jtiin, fête de la Pentecôte, il convoqua en présence de Henri III un synode à Florence où il renouvela les décrets portés par son prédécesseur contre la simonie et l’incontinence des clercs et contre les aliénations des biens ecclésiastiques aux
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princes et aux seigneurs temporels i. Pierre Damien parle dans une de ses lettres, écrite cinq ans plus tard à un évêque anonyme, de ce synode auquel il assista2.
Sa situation officielle durant ce court pontificat fut effacée, sans nul doute en raison de l’absence du pape, qui voyagea une bonne partie du temps en Allemagne. Nous possédons cependant une de ses lettres à Victor, laquelle, en dépit de son âpreté et peut-être de son manque de mesure, du moins si nouslajugeons avec nos idées courantes, prouve leur estime réciproque. Il y est question d’un certain Henri, qui avait joui en paix de ses biens tant qu’il était laïque, mais qui, s’étant consacré h Dieu et ayant tout abandonné, se voyait en butte'à la persécution. Damien supplie le pontife d’intervenir. Sa lettre curieuse mérite d’être connue. Elle édifiera une fois de plus le lecteur sur le ton ordinaire de la correspondance du saint avec ses chefs hiérarchiques.
« Le monde s’étonne, très pieux seigneur, que votre clémence n’ait pas pris en pitié depuis tant de temps ce malheureux et que le zèle de votre justice ne vous ait pas décidé à venger une spoliation si cruelle. Tant qu’il a été dans le siècle, cet homme a possédé ses biens en toute tranquillité, mais depuis qu’il a cherché un refuge sous les ailes du Christ, et qu’imitant l’exemple de Pierre il a tout quitté pour suivre les traces du Sauveur, un bandit infâme l’a chassé de chez lui et l’a dépouillé de tous ses biens comme si le patronage qu’il avait recherché était impuissant pour lui. Ce n’est pas Henri, c’est
i. Bonitho, Ad amicum , éd, Jaffe, 637a. Epist, XII, lib. iv.
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lfl Christ, qui est lésé, c’est le Christ, dis-je, qui, sous votre pontificat, souffre préjudice; celui qui rend justice à tous les persécutés ne peut être écouté à votre tribunal.
« Qu’adviendrait-il si le Christ vous adressait luimeme ces reproches ; « Sans aller plus loin, c’est « moi qui t’ai pris parmi les clercs pour t’élever au « sacerdoce d’abord, à l’épiscopat ensuite, qui ai « lait de toi comme le père de l’empereur et ai « incliné son cœur vers toi plus que vers aucun « mortel ; qui t’ai donné les clefs de mon Église « universelle et t’ai établi mon vicaire auprès de « celle que j’ai rachetée de mon sang. Et, si tu « trouves que c’est peu de chose, j’y ai ajouté des « monarchies, et j’ai fait mieux encore, à la mort « du roi, j’ai permis que les droits de l’empire « romain te fussent remis.
« Et c’est moi, qui après t’avoir accordé tant et « de tels bienfaits, ne trouve auprès de toi ni loi ni « justice et qui m’éloigne de ton tribunal couvert de « mépris. » Si donc, très pieux seigneur, celui qui doit juger les vivants et les morts, vous interpellait ainsi, qu’auriez-vous à lui répondre? Quelles excuses, quelle défense trouveriez-vous en présence de celui qu’aucune subtilité d’argumentation ne peut tromper? Que le zèle de la justice enflamme donc désormais votre cœur, que la vigueur de la discipline se révèle dans la vengeance du crime, qu’elle méprise les tergiversations, qui sont le fait des impies, et rende justice au Christ dépouillé dans l’un des siens....
« Pardonnez à mon langage, Père vénérable. Homme vous-même, ne dédaignez pas les paroles d’un homme qui s’adresse à vous avec humilité. Le
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Dieu tout-puissant n’a pas craint de dire aux hommes : « Venez et reprenez-moi1. »
Cette lettre a dû être écrite après le 5 octobre io56, date de la mort à Bosfeld, dans les montagnes du Harz, de l’empereur Henri III, car il y est fait allusion aux événements qui la suivirent2. Le pape, se trouvant alors en Allemagne, avait assisté à cette mort prématurée, qui fut douce et chrétienne. L’empereur, après avoir reçu les sacrements de l’Eglise, avait demandé pardon à tous ceux qu’il avait pu léser ou offenser inconsciemment, et avait confié son jeune fils Henri, âgé de cinq ans, à la tutelle de l’impératrice Agnès et de son ami et ancien conseiller, le pape Victor.
Nous avons dit un mot des éloges que notre saint avait naguère adressés à ce prince. Il les méritait à bien des titres. C’est sous lui que le Saint-Empire atteignit à l’apogée de sa puissance. S’il eut le grave tort de se croire appelé au rôle de protecteur, parfois despote, de l’Église, il le fit toujours dans des intentions droites. Le rètrne de son triste fils allait faire regretter le sien. Les longues années de la régence d’abord furent troublées par les rivalités et les intrigues des deux archevêques de Cologne et de Brême, Hannon et Adalbert, qui se disputaient l’autorité et l’éducation du prince, et par l’impuissance et la faiblesse de l’impératrice, femme de cœur et de piété par ailleurs. Plus tard, les débauches, la tyrannie, les perfidies de tout genre du