‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 50 sur 72 · I. Opusc. IV · texte numérisé non relu

I. Opusc. IV

a Ibid.

L’ANTIPAPE CADALOÜS.

instances de son représentant en Italie, le chancelier Guibert, qui soutenait les évêques lombards, elle convoqua à Bâle, pour la fin d’octobre, une diète où l’on s’occuperait de pourvoira la soi-disant vacance du Saint-Siège. Le 28 octobre, le roi désignait comme pape l’évêque de Parme, Cadaloüs, auquel il donnait l’investiture et qui prit le nom d’Honorius II.

Les deux principaux facteurs de cette schismatique élection étaient deux concubinaires publics, les évêques de Yerceil et de Plaisance. Quant à Cadaloüs, uue lettre fort longue, d’une éloquence incisive, ironique et pourtant au fond pleine de charité chrétienne, que lui écrivit Damien, dès qu’il eut eu connaissance du scandaleux conciliabule de Bâle, va nous édifier sur sa valeur morale :

« A Cadaloüs, dit évêque, Pierre, moine pécheur, ce qui est digne et juste.

« ... L’Eglise romaine, frère, t’a pardonné bien des choses. Souvent elle a relâché en ta faveur la rigueur de sa discipline. On sait, en effet, par ceux qui y assistèrent, qu’aux trois conciles de Parme, de Mantoue et de Florence, on était sur le point de lancer contre toi une sentence de condamnation. Le siège apostolique préféra chaque fois user d’une condescendance maternelle. Et toi, en présence d’une telle modération, tu ne rougis pas de te montrer à son égard un tyran rebelle — Lorsque ton sacerdoce est déjà souilléde tant d’infamies; comment as-tu eu la présomption, ou pour parler avec plus de douceur, la faiblesse de te faire élire, à l’insu de l’Eglise romaine, évêque de Rome? Passons sous silence le sénat, le clergé d’ordre inférieur et le peuple. Mais que penses-tu des cardinaux-évêques?

SAINT PIERRE DAMIEN

Ce sont eux qui ont la principale part dans l’élection du pontife de Rome. »

L’évêque d’Ostie appuie son dire sur des textes d’écriture. Puis il reprend : « Si celui qui outrage un prêtre quelconque mérite une juste punition, quel châtiment t’est réservé à toi qui outrages les prêtres par les conseils desquels se gouverne toute l’Eglise catholique ? » Damien prouve à l’intrus par une nouvelle et copieuse série de textes sacrés que l’union d’un évêque avec son Eglise devrait être indissoluble et qu’un pasteur qui trouble une Eglise, qui n’est pas la sienne, commet un adultère.

« Peut-être, lui dit -il encore, portes-tu la mitre et la chape rouge, insignes des pontifes romains. Prends garde que Dieu ne prononce contre toi la sentence déjà fulminée parle prophète : « Profane, « chef impie d’Israël ! Le jour est venu marqué pour « ton châtiment. Le Seigneur Dieu te dit : « Enlève

« la mitre, dépose la couronne. » . Cela te réjouit

donc que ton élection soit le fait d’évêques de ce genre, le Placentin et le Vercellien, qui sont déjà plusieurs fois pères de famille. Plût à Dieu qu’ils eussent apporté dans le choix d’un pontife autant de discernement et de goiât qu’ils en ont à juger de la beauté des femmes ! Ce sont les deux vieillards de Babylone. Ne se trouvera-t-il pas un Daniel qui mette à nu leurs faux témoignages ? »

Damien excuse l’impératrice et le jeune monarque, qui ont pu être surpris en raison, l’une de son sexe, l’autre de son âge. « Mais, ajoute-t-il, eux exceptés, tous ceux qui t’ont poussé à ce forfait doivent être appelés fds de Caïphe, premiers-nés de Satan, aides de l’Antéchrist, ennemis de la vérité.... O tragédie inouïe des siècles passés! qu’un évêque

l’antipape cadaloüs.

étranger, méprisant son propre siège, à l’insu de Dieu, a 1 insu de Pierre, à i’insu de l’Église romaine, ait été préposé au gouvernement de cette Église de Home ! et que ce que ne souffre pas une Église plus humble, celle qui est la mère et la maîtresse de toute la religion chrétienne doive le souffrir ! » L’élection n’a pas été faite selon les canons.

Le cardinal reproche encore à l’antipape le trafic des prébendes de son Église et d’autres actions infâmes, qu’il n’ose rappeler. Tous ces crimes, jusque-là connus dans le seul diocèse de Parme, sont maintenant dévoilés à des milliers de personnes et font le sujet des conversations même des enfants dans les écoles.

Il termine enfin sa lettre par une pièce de vers où il prédit à l’intrus qu’il mourra dans l’année, prédiction qui ne devait pas se réaliser à la lettre1. Les partisans de Cadaloüs ne manquèrent pas de narguer le saint sur l’inexactitude de ses prophéties. Il se défendit en alléguant que l’antipape fut effectivement déposé le 28 octobre 1062, un an après son élévation. Cette déposition n’équivalaitelle pas pour lui à une mort morale2 ?

Les cinglants reproches et les menaces de Damien furent sans effet sur l’âme blasée de l’antipape. Durant l’hiver de 1061-1062, il prépara une expédition contre Rome. Versant à pleines mains l’or que lui rapportait la vente des trésors de son Église, il se trouva au printemps à la tête d une armée de mercenaires. Le 26 mars, il campait à Sutri. Hildehrand avait à la hâte réuni quelques

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