Epis/. XX, lib
-i. Optisc. XVIII.
SAINT PIERRE DAMIEN
troupes à défaut des Normands du Sud qui, malgré des serments antérieurs qui les engageaient, ne répondirent pas à son appel. Le 14 avril, il crut pouvoir attaquer à l’improviste sur les Prata Neronis , aux bords du Tibre, les forces ennemies, qui s’étaient avancées jusque-là. Mais, en dépit de la valeur des Italiens, ilessuyaunc vraie déroute. Cadaloüs entra dans Rome, s’empara même de la cité Léonine, mais ne sut pas profiter de sa victoire. Lorsque, en effet, le lendemain il se présenta devant l’église de San Pietro in Vincoli, qu’il avait négligé d’occuper et où il comptait se faire introniser (l’intronisation des pontifes à cette époque avait ordinairement lieu dans cette église), il la trouva si solidement fortifiée par les soins d’Hildebrand, qu’il dut reculer : peu de temps après il rentra furieux à Parme, afin de s’y préparer à une nouvelle expédition.
Damien lui écrivit alors une seconde lettre non moins rude et véhémente que la première et qui portait cette souscription: « Pierre, moine pécheur r
à Cadaloüs, faux évêque, ce qu'il mérite Je
t’ai écrit naguère avant que tu n’eusses attaqué Rome avec les satellites de Satan. Je te conjurais d’abandonner tes cruels projets, de rentrer dans ton diocèse et de 11e pas exciter par des guerres néfastes la colère divine contre toi et le monde contre l’Eglise. Mais loi, comme un Vésuve, tu ne cesses de vomir des flammes d’enfer; les sommes que tu répands dans le peuple y sont, si je puis ainsi dire, autant d’étincelles et tu corromps misérablement le cœur des gens par les désirs cupides que tu y fais naître et que tu y entretiens. Tu dépouilles ton Église pour en obtenir une autre. L’un des plateaux
L’ANTIPAPE CADALOÜS
de tes balances porte l’or et l’argent, l’autre, de& stipulations et des contrais L’arme de la solda¬
tesque que tu traînes après toi, c’est l’or et non le fer. Dans tes camps, on ne tire pas les épées des fourreaux, mais bien les écus des bourses. Les phalanges qui suivent tes drapeaux ne sont pas entraînées parle son des clairons et des trompettes, mais alléchées par le cliquetis du métal. » Et il lui demande à quoi a servi leur or à nombre de guerriers célèbres qu’il énumère. « Ton argent s’efforce de détruire les fondements de la foi chrétienne et de toute la sainte Eglise. Scélératesse inouïe! Les soldats de Pilate n’osent pas déchirer la tunique sans couture du Christ, et toi tu partages l’Eglise catholique entre deux papes ! Plût au ciel, Cada-
loüs, que tu ne fusses pas né, ou que tu fusses mort aussitôt après ta naissance ! Pourquoi as-tu été conçu ? ou pourquoi ta mère n’a-t-elle pas conçu un. avorton ? »
Il termine en lui rappelant que quelques années auparavant un certain Jean, évêque de Plaisance, avait tenté lui aussi d’obtenir comme un voleur le souverain pontificat sous le nom de Jean XVI au préjudice de Grégoire V. Les Romains s’étaient emparés de sa personne, lui avaient crevé les yeux, coupé les oreilles et le nez et le plaçant sur unâne le visage tourné vers la queue, qu’il tenait par la main, ils l’avaient promené sous cet accoutrement dans les rues de la ville en criant : « Tel est le supplice qui attend quiconque cherchera à chasser de son siège le vrai pape. » Que Cadaloüs n’oublie pas cct exemple ! Il n’y a pas de péché plus grave que de troubler toute l’Église, pas de simonie plus impie et plus sacrilège que celle qui
SAINT PIERRE DAMIEN
met à prix l’Église romaine et par elle toutes les Églises du monde1.
Une autre lettre écrite à l’évêque Olderic de Fermo témoigne de la tristesse profonde, sinon du découragement, que cette scission entre l’empire et la papauté a produite dans l’âme du cardinal8.
M ais Cadaloüs ne se laissa pas émouvoir par ses représentations. Il avait réuni de nouvelles troupes et s’était avancé jusqu’à Tusculum. Malgré ses ■succès partiels, il ne devait pourtant pas arriver à ses lins. Une intervention inattendue allait dénouer le drame.
En mai 1062, c’est-à-dire un mois après la défaite d’Alexandre et d’Hildebrand aux Prata Neronis , le duc Gottfried entra en campagne avec une forte armée et enjoignit avec autorité aux deux pontifes rivaux d’abandonner au roi le soin de décider de leur légitimité et de se retirer en attendant chacun dans son ancien évêché, Alexandre à Lucques, Cadaloüs à Parme. Gottfried avait agi sans prévenir l’impératrice et donc sans son assentiment, mais dans une intention de bienveillance manifeste envers Alexandre. Il n’ignoraitsans doute pas les récents événements survenus à la cour germanique et qui avaient eu comme conséquence de faire tomber la régence des mains de l’impératrice dans celles de l’archevêque de Cologne, Ilannon. Il pouvait prévoir que ce dernier, homme de conscience droite et inflexible, n’hésiterait pas à se prononcer en faveur d’Alexandre II, dès qu’il aurait une connaissance exacte des faits. Tout en