‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 58 sur 72 · Opusc. XVIII, II · texte numérisé non relu

Opusc. XVIII, II

vous que j’attaque, filles perdues du vieil ennemi, cfiats-huants, chouettes, oiseaux de nuit, louves, sangsues, qui dites sans cesse : « Viens, viens « donc. » Venez à votre tour et entendez-moi, courtisanes, prostituées, filles de joie, bauges de pourceaux, couches des esprits immondes, nymphes, sirènes, vampires Vous êtes pour Satan des vic¬

times destinées au charnier de la mort éternelle. C’est de vous que le démon se repaît comme dans un festin somptueux; il se gorge de l’abondance de vos luxures.... Vous êtes des vases de colère et de fureur réservés pour le jour des vengeances du Seigneur. Tigresses impies dont la gueule sanglante n’est jamais repue que du sang humain. Harpies, qui arrachez à l’autel du Seigneur ceux qui se préparent au sacrifice et qui dévorez ceux qui allaient offrir l’oblation à Dieu. Lionnes, vraiment dignes de ce nom qui, à la façon des fauves, relevez vos crinières, qui happez au passage les imprudents et les menez, par vos embrassements impurs, dans la voie de la perdition et de la mort. Sirènes et charybdcs qui, par la suavité de vos chants séducteurs..., conduisez aux naufrages. Vipères en furie qui, par l’impatiente ardeur de vos débauches, décapitez, en la personne de vos •amants, le Christ, tête du clergé1. »

Ce que Damien disait à Cunibert, il le répète à Adélaïde qui, depuis la mort de son mari, avait la haute juridiction sur le pays; il l’exhorte en même temps à la pratique de Injustice et à la piété envers les églises, en particulier envers le monastère de Fructuaria dont il lui fait un grand éloge5.

i. Opusc. XVIII, cap. vu.

a. Ibid., ni.

LÉGATION EN FRANCE

La lettre au cardinal Pierre essaie de le convaincre, par de multiples raisons et arguments et par une accumulation de textes bibliques, qu’il peut et doit par ses prières et sa vie vertueuse favoriser la chasteté et anéantir l’incontinence des clercs1.

C’est aussi après son retour de Cluny qu’il fit parvenir à Alexandre II une lettre importante où il éclairait un point du droit canonique obscurci par quelqu es-uns relativement à l’acquisition des bénéfices. 11 s’était arrêté, nous l’avons vu, chez le duc Gottfried et il y avait entendu deux des chapelains de ce prince, un Vénitien du nom de Jean et un Allemand appelé Tudetchin, soutenir avec obstination qu’il n'v avait pas simonie à acheter du roi ou de quelque autre prince la dignité épiscopale à la condition qu’on ne payât rien pour la consécration. On achetait, d’après eux, non pas le sacerdoce ni l’église à laquelle était attaché le bénéfice, mais seulement les revenus du bénéfice et leur jouissance. Le saint n’a pas de peine à prouver que c’est là une illusion et une ineptie. Ne serait-il pas plaisant, en effet, d’admettre qu’un homme puisse être divisé en deux personnes distinctes dont l’une jouisse des biens temporels et l’autre remplisse les fonctions spirituelles, dont l’une soit « un Sardanapale attablé à de bons festins », l’autre, un apôtre occupé au gouvernement des âmes2?

Damien avait raison, mais les clercs scandaleux qu’il poursuivait de ses invectives ne se tenaient pas pour battus. Ils allaient bientôt le contraindre à de nouveaux combats.

l. Ibid., I.

a. Epist. XIII, lib. r.

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