‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 60 sur 72 · Ibid. y cap. v · texte numérisé non relu

Ibid. y cap. v

la vie telle qu’on la menait dans son ermitage. Son biographe remarque que par humilité il prenait son pain dans le même plat, qui servait à laveries pieds des pauvres, et qu’il dormait sur une claie de jonc jetée sur le sol nu. Lorsqu’il assistait au chapitre des frères, après leur avoir adressé ses exhortations, il se levait et s’accusait publiquement de ses fautes comme un simple religieux, il prenait la discipline et s’en frappait des deux mains. On le vit pendant quarante jours n’absorber aucune nourl’iture cuite et se contenter de fruits et d’herbes crues i.

De tous côtés on venait le poursuivre jusque dans sa solitude retirée afin de prendre ses conseils dans les affaires les plus diverses.

Alexandre II, qui n’avait qu’à regret consenti à se séparer de lui, ne pouvait lui non plus rester privé de ses conseils. Il se plaignit affectueusement au saint de ce qu’il se laissait absorber par la contemplation et l’oubliait; il lui demanda de lui écrire souvent.

Damien obéit et en profita pour dire ici encore avec sa franchise ordinaire sa façon de voir sur deux abus, qui régnaient alors à la cour de Rome.

Le premier est qu’on insérait les anathèmes et les formules comminatoires dans presque toutes les décrétales, le second, qu’on empêchait clercs et laïques de reprendre les excès de leurs évêques. Multiplier sans raison les anathèmes, c’était exposer le salut de bien des gens, qui les ignoraient, et faire que des fautes légères étaient souvent punies plus sévèrement que des fautes considérables. Les

x Vila Damiani, cap. xvm.

SAINT PIERRE DAMIEN

prédécesseurs d’Alexandre, et saint Grégoire en particulier, ne fulminaient l’ anathème que contre des péchés ruinant la foi. Damien conseille au pape de les imiter et de substituer à 1 avenir à la clause inscrite dans les bulles une autre peine.

C’est un abus aussi de supposer qu’il n’est jamais permis aux ouailles d’accuser leurs évêques à un tribunal supérieur. Le tolérer, ce serait engager un évêque à vivre à sa fantaisie et parfois en tyran. Et que les prélats n’objectent pas qu’ils sont soustraits par leur dignité aux réprimandes et aux accusations de leurs subordonnés. L’Evangile, en effet, prescrit en ternies généraux sans par conséquent placer les évêques dans une catégorie d’exception, qu’il faut déférer à l’Église les fautes de ses frères quand, après avoir été repris en particulier, ils ne s’amendent pas. Qu’ils subissent donc la loi commune, leur humilité a tout à y gagner b

Un des vices que Damien avait constaté être le plus répandu parmi les clercs était l’avarice. Il profita des loisirs de sa solitude pour exhorter les cardinaux à le combattre avec force, parce que, d’après lui, il était la source de la plupart des désordres et des malheurs de l’Église.

« On se livre à la guerre pour mieux l’apprendre et, quand on en sait les règles, on les enseigne aux autres pendant la paix. Dans ce conflit, qui agitait le siège de Pierre, moi aussi j’ai combattu et maintenant que j’ai quitté la livrée militaire, je vais vous dire ce que j’ai appris. Parmi tous ces duels de vices, qui s’entrechoquent, parmi ces grêles de flèches, qui tombent si serrées comme

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