‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 63 sur 72 · liertholdi annales, dans Pertz, MG. SS, V, ad · texte numérisé non relu

liertholdi annales, dans Pertz, MG. SS, V, ad

ann. 1067.

2, I ita S. Gualbertc , AA . SS, Holland , t. III, jul.

favoriser le crime de simonie chez d’autres, ils ne craignirent pas de lui reprocher d’être lui-même un simoniaque. Accusation pour le moins étrange visant un homme dont toute la vie s’était usée à combattre un tel vice. La passion, surtout celle des. foules, est aveugle. Ils refusèrent d’écouter davantage ses paroles de conciliation et force lui fut de quitter Florence sans avoir rien tranché.

De retour à Fonte-Avellana, il chercha h se justifier selon son habitude dans une lettre énergique, qu’il envoya aux habitants de la ville en révolte1.

Il leur rappelle qu’il avait été récemment chez eux pour calmer les esprits et y ramener la concorde en faisant tomber certains préjugés. Dans l’espérance d’être mieux écouté, il leur redit par écrit ce qu’il leur avait déjà dit de vive voix. Et tout d’abord pour se disculper de l’accusation maligne de simonie lancée contre lui, il anathématise et condamne ce crime comme la première des hérésies, comme une production de l’enfer. Mais, parce que, dit-il, l’Eglise possède la plénitude de la grâce, il est contraint d’avouer que les prêtres indignes euxmêmes administrent validement les sacrements. Ce n’est d’ailleurs pas une doctrine qui lui soit personnelle, elle est appuyée sur l’Ancien et le Nouveau Testament, elle est celle de tous les Pères, ainsi qu’il l’a précédemment prouvé dans son Liber Gratissimus. Et plusieurs décrets récents des pontifes romains l’ont formellement enseignée.

Il reproche ensuite au peuple de s’êlre divisé au sujet de son évêque et de l’avoir condamné sans un examen préalable si indispensable en pareille

i. Opusc, XXX. .

SAINT PIERRE DAMIEN

occurrence. On court le risque, en effet, de commettre une erreur regrettable. Le synode annuel n’est d’ailleurs pas éloigné et le Saint-Siège se tient toujours prêt à recevoir les plaintes qui peuvent être fondées. Si donc quelqu’un croit avoir de justes griefs contre l’évêque, qu’il recoure à Rome.

Puis Damien s’adresse à ses frères, les moines. Ce sont ceux qui ont fait naître ces dissensions. Ils prétendaient, en effet, que de tels évêques simoniaques ne pouvaient consacrer le saint chrême, ni dédier des églises, ni faire des ordinations, ni célébrer la messe. Et ils ont soutenu leurs dires avec une impudence telle que en trois paroisses ds ont obligé à baptiser des catéchumènes sans onction de chrême. Mais jamais hérésiarque n’a eu pareille ■audace de séparer le chrême du baptême. Quelques-uns, il est vrai, ont agi différemment et ils ont emprunté le chrême h une église voisine, mais en cela ils ont commis un adultère et un sacrilège.

Le cardinal leur reproche encore d’être cause par leur obstination que plusieurs milliers de personnes, trompées par leurs vaines maximes, sont mortes sans avoir reçu le corps et le sang du Seigneur, et d’affecter de ne pas vouloir entrer dans certaines églises ni même de les saluer sous le soupçon qu’elles ont été consacrées par des évêques indignes. Dans leur arrogance ils refusent d’accepter les décisions du Saint-Siège, qui n’a point convaincu l’évêque de simonie et par là ils prétendent être plus saints que saint Paul, qui ne refusait pas d’en appeler au tribunal de Néron. Damien se moque agréablement de ce qu’ils veulent être plus justes et plus sages que le pape, que le roi, que l’archevêque. C’est une mauvaise sagesse que celle

■qui se laisse envelopper par les nuages de l’erreur. L’exemple des Novatiens et des Lucifériens le prouve surabondamment. Ces hérétiques trop zélés se vantaient aussi d’être de fermes défenseurs <fe la justice ; l’Eglise n’a vu en eux que des ennemis. Semblables aux grenouilles des marais ils coassaient à tort et à travers, ils jetaient la confusion partout. De même, les intentions de Jean Guolbert et de ses disciples étaient sans nul doute à l’abri de tout reproche ; il n’en était pas ainsi de leur façon d’agir qui pouvait facilement les entraîner dans le schisme.

Cette lettre eut en partie l’effet qu’en attendait celui qui l’avait écrite. L’affaire fut portée à Home au synode pascal de 1067. Les moines de Saint- Salvi s’y présentèrent, mais ils persistèrent dans leurs accusations contre l’évêque et s’offrirent pour prouver leurs allégations à subir l’épreuve du feu, d’après une coutume barbare de l’époque. Le pape Alexandre ne voulut ni déposer l’évêque que soutenaient une grande partie des autres prélats, le duc Gottfried et Damien, ni permettre l’épreuve aux moines, que défendait à peu près seul liildebrand1.

Celte indécision ne satisfit personne. Pierre de Pavie en profita pour harceler ses adversaires avec un redoublement d’acrimonie. Son archiprêtre et d’autres clercs, qui s’étaient rangés du côté des moines, furent contraints de se retirer au monastère de Saint-Salvi, aussi appelé Settimo, parce qu’il était situé h sept milles de la ville, et 1 effervescence du peuple, en butte aux tracasseries du

1. Fita Gualberli, dans AA. SS. Bollwul, t. III, j u 1 . 358.

prélat et de ses partisans, ne fit que devenir plus bouillante.

Alexandre II s’étant un jour trouvé à Florence, on renouvela auprès de lui l’offre de se soumettre h l’épreuve du feu. Il refusa une seconde fois. Mais la situation s’aggravant de jour en jour, les clercs du parti de l’évêque finirent, pour mettre un terme à ce triste état de choses, par engager eux-mêmes sans son autorisation lesmoinesà affronterl’épreuve.

Il faut lire dans la lettre du clergé et du peuple de Florence au pape intercalée dans la vie de saint Jean Gualbertpar son biographe et disciple, André, le récit détaillé et curieux de cet acte mémorable dont l’authenticité est d’ailleurs attestée par d’autres historiens du temps L Le moine choisi était un ancien gardeur d’ànes et de vaches du monastère de Vallombreuse, du nom de Pierre et d’une vertu éprouvée. Il sortit sain et sauf du double bûcher embrasé dressé pour la circonstance et l’évêque ainsi convaincu du crime, qui lui était reproché, fut déposé de sa dignité épiscopale en mars ou avril 1068. Il se fit moine à Pomposa. L’histoire connaît le moine Pierre, devenu plus tard abbédePiciçlo, puis cardinal-évêque d’Albano, et chargé par Grégoire VII de plusieurs missions importantes, sous le nom de saint Pierre Igné.

Damien devant l’évidence du miracle dut sans doute se déclarer avec le pape contre celui qu’il avait jadis défendu et approuver sa condamnation.

1. Dans AA. SS. Iioll. et clans Migne. P. L. CXLVI, 797- 8o3. — liertholdi Annales , a/>. cil., p. 273. — Le cardinal Didier du Mont-Cassin, dans ses Dialogi. P. !.. CXLIX, ioio-ioi3. — Bonitlio, T.ibcr ad amicum , lib. VIII dans Monitm. Gregor. 674 sej .

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