‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 70 sur 72 · Epist. IV, lib. viii · texte numérisé non relu

Epist. IV, lib. viii

L’ÉCRIVAIN ET L’HOMME

Son cœur s est souillé et ses lèvres aussi. lia péché par tous ses sens, en pensée, en paroles, en action, etil n a jamais produitdedignes fruits depénitence. Mais il est deux défauts que, dit-il, il doit pleurer plus amèrement que les autres, et nous croyons volontiers qu’ils étaient, en effet, sespéchés mignons : le penchant à la raillerie et le trop vif amour delà plaisanterie et des paroles oiseuses. Il avait la douce manie des jeux de mots et nous devons convenir qu’en cela il n’était pas toujours heureux. Et pourtant, Dieu sait s’il a combattu ces monstres, mais il contesse qu’il n’a jamais réussi même à leur briser les dents1.

Le lecteur a pu maintes fois constater, en effet, que Damien savait manier l’ironie et que souvent aussi il dépassait la mesure dans ses invectives virulentes et moqueuses contre les antipapes, les évêques mondainset lesclercs indignes etdanssesrépliques aux reproches de ses amis. Nous nous en voudrions pourtant de ne pas citer encore quelques lignes du satirique portrait qu’il trace des jeunes abbés ambitieux de son temps :

« Une chose que j’admire grandement dans ces avortons d’abbés, c’est qu’un homme qui aura passé dix ans et plus sous la conduite d'un supérieur, sans pouvoir jamais acquérir la science du parfait religieux, prenne le jour même de son élection un tel air de supériorité et de commandement, qu’il paraît non pas un élu de quelques heures, mais un abbé sorti tel du sein de sa mère. C’est subitement qu’il a un visage sévère, une voix impérieuse; qu’il est acerbe dans ses corrections,

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