‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 8 sur 72 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

SAINT PIERRE DAMIEN

martyr. Par avarice, il le nourrissait mal, le forçait à aller pieds nus et en haillons et le battait ou le laissait battre par sa femme souvent et sans motif. Lorsqu’il fut un peu plus avancé en âge, il l’employa aux occupations les plus viles et lui donna la garde de ses pourceaux. C’est ainsi que débuta dans la vie celui qui, durant de longues années, devait par ses conseils et par ses actes avoir une très large part dans le gouvernement de l’Eglise.

L’enfant supporta en patience tous ces mauvais traitements qui n’entamèrent pas la délicatesse innée de son cœur. Un simple trait le montrera. Son biographe raconte qu’un jour il trouva sur sa route une pièce de monnaie. Heureux d’une pareille aubaine, il se demanda longtemps quel usage il pourrait bien faire de sa fortune, hésitations naturelles chez un pauvre enfant habitué à toutes les privations. Finalement, il se décida à donner son argent à un prêtre en le priant d’offrir le saint sacrifice pour l’âme de ses parents défunts. Cette action fut récompensée.

Un jour vint, en effet, où Dieu prit en pitié sa situation pénible et l’arracha aux sévices et à l’incompréhensible cruauté de ses deux bourreaux. Il inspira à un autre de ses frères, Damien, de le recevoir chez lui et de pourvoir à son éducation. Pierre par reconnaissance ajouta désormais son nom au sien et il s’appela Peints Damiani, en français Pierre de Damien ou Pierre Damiani. Ce frère plus humain, qui avait alors ou devait avoir plus tard la dignité d’archiprêtre de Ravenne, fut pour lui un second père. Ayant remarqué sa vive intelligence, il le fit instruire d’abord à llavenne où il eut comme professeurs un prêtre du nom de Main-

frenus 1 2 et un certain Ives*. Le jeune homme poursuivit ensuite ses études à Faënza, petite ville au sud-ouest de Ravenne, et acheva à l’école alors célèbre de Parme le cycle complet du trivium et du quadrivium qui, 'on le sait, comprenait la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astronomie3. Merveilleusement doué du côté intellectuel, il eut vite fait de regagner le temps perdu dans son enfance et tous ses écrits prouvent qu’il avait également bien réussi dans la poésie, l’histoire, le droit civil et le droit canonique. Ses progrès rapides le mirent en état d’enseigner à son tour à Parme d’abord et plus tard à Ravenne. Il avait alors vingt-cinq ans environ. Les disciples se pressèrent nombreux à ses cours, sa réputation fut bientôt établie et ses revenus s’accrurent en proportion de son renom.

Mais ni argent ni gloire ne le satisfaisaient et fréquemment il songeait à tout ce que les biens de ce monde ont de passager et de caduc. Plusieurs exemples qu’il avait eus sous les yeux, à Faënza et à Parme, d’étudiants scandaleux et eu particulier celui d’un clerc, du nom de Zenzolino, près duquel il habitait, les tentations violentes qu’il avait éprouvées dans leur contact journalier de s’abandonner lui aussi aux joies coupables et aux plaisirs faciles de la jeunesse, contribuèrent à mûrir sa raison et à le détourner du monde et de ses attraits.

Déjà il portait sous ses vêtements un rude cilice

1. Dans une lettre au prêtre et trésorier G... de Ravenne, Damien le prie de saluer de sa part son maître Mainfreuus, P. L. CXLIV, 358.

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