‹ St. Vincent de Paul, 1576-1660 [microform]Chapitre 13 sur 21 · ET LA MISÈRE DANS LES PROVLNCES · texte numérisé non relu

ET LA MISÈRE DANS LES PROVLNCES

Il suffit de dire tout de suite, pour justifier le terme^ que quand plus tard on essaiera de faire le compte des sommes distribuées en aumônes par saint Vincent et qui pour la plus grande partie lui furent fournies par les Dames de Charité , on arrivera au chifïre énorme de douze millions de livres, qu^il faut presque quintupler pour avoir l'équivalent en argent actuel. Lorsque la caisse des dames était vide, \incent n'hésitait pas et allait résolument tendre lui-même la main chez quelque grande dame, ou même chez la reine.

Il allait ainsi, sur d'être écouté, chez Ja duchesse d'Aiguillon, chez la présidente de Herse, chez M™® de Lamoignon, qui donnait tout ce qu'elle avait, chez M"^*' de Bretonvilliers, qui lui donnera un jour quarante mille livres en une fois: Une autre fois il écrit à la reine de Pologne, qui lui envoie douze mille livres.

La reine Anne d'Autriche lui donnait tout ce que sa bourse contenait et lorsqu'elle était vide elle donnait ses bijoux, une fois un diamant valant sept mille livres. Lin autre jour, elle donna un pendant d'oreille qui fat vendu dix-sept mille livres. Comme la reine lui demandait le secret : « Votre Majesté, répondit Vincent, me pardonnera si en cela seulement je ne lui obéis pas. Mais je ne puis cacher une si belle action de charité. Il est bon, Madame, que tout Paris et même toute la France la connaisse, et je crois être obligé de la publier partout où je pourrai. »

En voyant le succès de ses efforts et l'inépuisable charité de « ses Dames )), Vincent ne pouvait contenir sa joie et son émotion : « Oh ! Mesdames, s'écrie-t-il^ dans une de ces instructions familières où il excellait, le récit de ces choses ne vous attendrit-il pas le cœur? N'êtes-vous pas touchées de reconnaissance envers

]a bonté de Dieu sur vous, et sur les pauvres affligés? La Providence s'est adressée h quelques dames de Paris pour assister deux provinces désolées. Cela ne vous paraît-il pas singulier et nouveau? L'histoire ne dit point que chose semblable soit arrivée aux dames d'Espagne, d'Italie, ou quelques autres pays. Cela était réservé avons autres, Mesdames, qui êtes ici, et à quelques autres qui sont devant Dieu où elles ont trouvé une ample récompense d'une si parfaite charité. »

Quelques années plus tard (i), lorsqu'à force d'y puiser la bourse des Dames de Charité commença h s'épuiser tandis que la misère continuait à s'étendre, \incent de Paul eut une idée singulièrement neuve pour l'époque et qui en fait en quelque sorte le créateur de la presse. Il imagina de faire imprimer les relations que ses missionnaires lui envoyaient et qui dépeignaient avec une vérité ne reculant devant aucun détail les souffrances des paysans.

Ces feuilles, imprimées en grand nombre et bientôt périodiquement, étaient vendues par des crieurs à la porte des églises, sur les places. Le succès en fut prodigieux; on s'arrachait les petites feuilles et elles amenèrent beaucoup d'argent dans la caisse de ses distributeurs d'aumône.

(i) M. Feillet, dans son livre si intéressant intitule' la Misère pendant la Fronde^ croit devoir restituer aux jansénistes et à Port-Royal l'initiative du mouvement charitable à cette épo- ([ue. Ses assertions, qui ne nous paraissent pas reposer sur des fondements solides, n'oteraient rien^ si elles étaient prouvées, à la part prépondérante^ sinon exclusive, qu'il n'est que juste d'attribuer à Vincent de Paul, à ses missionnaires, à ses Filles de Charité, dans cet admirable élan^ qui grâce à eux seuls porta ses fruits et ne se perdit pas dans de stériles protestations on de vaines déclamations.

Page 1