‹ St. Vincent de Paul, 1576-1660 [microform]Chapitre 14 sur 21 · ET LA MISERE DANS LES PROMNCES · texte numérisé non relu

ET LA MISERE DANS LES PROMNCES

« Dieu, disait Vincent de Paul, a versé une si grande bénédiction sur ce travail, que la plupart de ceux qui ont lu ou entendu le récit de ces relations ont ouvert leurs mains pour soulager leurs frères. Elles ont même été envoyées par les provinces du royaume et l'on a souhaité que l'on fit réimprimer les premières relations pour faire voir Tordre et la suite de cet emploi, qui est l'un des plus considérables qui soient en nos jours. »

La vogue de ces feuilles fut telle que l'on lit une sorte de gazette périodique, ayant pour titre le Magasin charitable, auquel Vincent ajouta un opuscule intitulé : « Instruction pour le soulagement des Panières. )) N'est-il pas curieux de voir ainsi le rôle de la presse périodique deviné par Vincent de Paul au même moment que par Théophraste Ilenaudot et de le voir ainsi deviné dans un but charitable? N'estil pas plus curieux encore de voir ainsi Vincent de Paul pressentir par une sorte d'instinct très caractéristique l'action qu'allait jouer dans les sociétés modernes la publicité, ce que dans notre langue barbare nous appelons la réclame ?

Une fois encore, en remontant h l'origine d'une des coutumes de notre époque, on est tout étonné de trouver le bon M. Vincent comme un précurseur. On est moins étonné, mais non moins touché, sinon plus touché encore, quand on le voit fonder et répandre dans les provinces ruinées ce qu'il appelait l'œuvre des potages économiques^ dont la tradition s'est perpétuée jusqu'à nos jours dans l'institution si utile des fourneaux économiques. Il rédigea lui-même avec un soin minutieux une instruction sur la façon de composer lesdits potages, la quantité de graisse, de beurre, de légumes, de pain qui y doivent entrer,

la manière de les distribuer, enfin sur le prix de revient « qui ne reviendra qu'à cent sols par cent personnes, même en cette année où le blé est très cher ». Puis il fallait aussi veiller h la salubrité publique, et faire enterrer les morts, dont les cadavres restaient sans sépulture dans les villes ou les campagnes dépeuplées, et Vincent de Paul est encore le fondateur de ces sociétés de purification de l'atmosphère et du sol que nous voyons si fort se multiplier aujourd'hui. Il crée partout des compagnies d'aéreiix, qui se char- «ent de la triste besoofne d'ensevelir les morts et de nettoyer les immondices horribles qui corrompaient l'air et étaient la cause permanente de la peste. En tête des aéreiix se mirent les missionnaires et les Filles de la Charité, et plusieurs y laissèrent leur vie, mourant, comme disait leur saint fondateur, « les armes à la main ».

Par le même canal, on fait distribuer des semences, qui servent aux paysans h remettre en valeur les terres dévastées par la guerre et sont peut-être l'une des sortes d'aumônes qui font le plus de bien et rendent le plus de services. Ces différents secours, qui furent successivement envoyés en Lorraine puis en Picardie et en Champagne , étaient distribués avec ordre et méthode afin d'en tirer le plus de soulagement possible pour les pauvres.

De i633 à 1689, les aumônes, qui semblaient devoir être passagères, furent distribuées suivant les circonstances et sans régularité, elles n'ont laissé que peu de traces. Mais à partir de 1609, moment où les souffrances de la Lorraine furent portées à leur comble à la suite des invasions simultanées de tous les côtés à la fois que cette malheureuse province eut à subir, les envois devinrent réguliers, furent

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