‹ St. Vincent de Paul, 1576-1660 [microform]Chapitre 15 sur 21 · ET LA MISERE DANS LES PROVINCES · texte numérisé non relu

ET LA MISERE DANS LES PROVINCES

portés par des missionnaires, d'abord au nombre de douze, quirépartissaient les secours suivant une règle prescrite, tout entière écrite de la main de Vincent de Paul, dont l'original a été conservé. On faisait une enquête pour savoir au juste les besoins, et les aumônes toujours distribuées en nature, si cela était possible, n'étaient remises qu'aux plus nécessiteux. Aux premiers missionnaires envoyés de Paris, il fallut bientôt en ajouter d'autres, les voyages devenant de plus en plus fréquents et le champ d'action des distributeurs grandissant toujours.

Un d'entre eux, le frère Mathieu Renard, fit ainsi cinquante-quatre voyages en Lorraine, portant parfois vingt mille livres, parfois dix mille écus d'or dans sa ceinture sans être dépouillé par les coureurs de grande route; les uns le respectaient, il trompait les autres et leur dérobait toujours sa précieuse besace.

La- relation de ses aventures, qu'il écrivit lors du procès de canonisation de Vincent de Paul, formerait un curieux tableau des mœurs du temps et de l'état de la France à cette époque, qui rappellerait par le piquant des détails les récits pittoresques de Walter Scott. La reine Anne d'Autriche fit plus d'une fois venir le bon frère Mathieu, lorsqu'il revenait d'une de ses expéditions, pour s'en faire raconter les détails.

Les Filles de la Charité ne servaient pas moins utilement les desseins de Vincent de Paul. Elles suivirent partout les missionnaires dans les provinces et commencèrent dans ces pénibles pèlerinages à travers les pays dévastés ces traditions d'héroïque dévouement auxquelles elles n'ont jamais failli depuis près de trois siècles.

C'est ainsi que suceessivemeiit, Toiil, Metz, \ercliiii, Nancy, Bar-le-Duc, Saint-Mihiel, Pont-à-Moiisson, puis les villes de Picardie, Guise, Corbie, Saint-Quentin, reçurent les secours apportés par les envoyés de Vincent, secours qui, si énormes qu'ils fussent pour ceux qui les envoyaient, disparaissaient comme une goutte d'eau dans la mer, mais qui suffirent à sauver ces malheureux pays d'une ruine complète et leur permirent d'attendre la paix.

Le rôle joué par Vincent et ses missionnaires dans cette période si lamentable de l'histoire des provinces est constaté en quelque sorte officiellement par une pièce authentique, retrouvée et publiée par M. Feillet dans son livre sur la misère pendant la Fronde ; c'est une sauvegarde signée du roi destinée à protéger les missionnaires qui allaient distribuer des secours et que les troupes royales n'épargnaient pas plus que les paysans. Cette pièce , trop longue pour être citée ici, enjoint à tous les chefs militaires de respecter les envoyés de M. Vincent, de les faire respecter et d'accorder des sauvegardes aux villages pour lesquels ils en feront la demande ; elle donne un rôle officiel à Vincent de Paul et lait, ainsi qu'on l'a remarqué avec justesse, comme le grand aumônier de France d'un simple prêtre, agissant librement et de son propre mouvement.

Une foule de lettres de villes ou de villages des provinces dévastées, les unes pour remercier des secours envoyés, les autres pour en implorer l'envoi, ont également été conservées : elles prouvent péremptoirement et l'inépuisable charité de Vincent de Paul et son efficacité.

On nous permettra de citer ce fragment d'une

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