‹ St. Vincent de Paul, 1576-1660 [microform]Chapitre 16 sur 21 · ET LA 31ISÈRE DANS LES PROVLXCES · texte numérisé non relu

ET LA 31ISÈRE DANS LES PROVLXCES

lettre du i^ouverneur de Saint-Quentin, (jui a été reproduite, et méritait de l'être, dans toutes les bioi^n^aphies modernes de Vincent de Paul : « La misère est si grande, écrit ce mag'istrat, qu'il ne reste plus d'habitants dans les villages, qui aient seulement de la paille pour se coucher et les plus qualifiés du pays

n'ont pas de quoi subsister C'est ce qui m'oblige

dans le rang^ que je tiens et la reconnaissance que j'en ai, de vous supplier d'être encore le Père de la Patrie pour conserver la vie a tant de pauvres moribonds et languissants, que vos prêtres assistent, et ils s'en acquittent très dignement. »

Rien en efFet ne lassait la charité de celui que le gouverneur de Saint-Quentin appelait à bon droit le Père de la Patrie. Non content de porter ou de faire porter des secours, M. Vincent essaya de soustraire autant qu'il le pouvait les enfants et les jeunes filles de Lorraine aux brutalités des bandes de soldats, qui la sillonnaient dans tous les sens. Il fit amener a Paris plus de deux cents jeunes filles, afin de les mettre a l'abri dans des couvents, et une quantité de petits enfants orphelins errants sans abri et sans secours. M"^ Le Gras se chargea des jeunes filles, et les petits p-arcons furent hébergfés à Saint-Lazare même.

Quelque temps après, ayant appris qu'une foule de nobles Lorrains étaient venus chercher un refuge h Paris et qu'ils y mouraient de misère sans oser demander assistance, Vincent n'hésita pas a venir a leur secours avec l'aide de M. de Renty, un des grands chrétiens de cette époque, qui devait mourir à trentehuit ans, laissant la mémoire d'un saint; il fonda une œuvre spéciale pour visiter et secourir la noblesse lorraine réfugiée à Paris. Il trouva une fois encore des coopérateurs et pendant huit années l'œuvre fut

continuée ; elle ne cessa un moment après la paix que pour être reprise, mais cette lois, au lieu de s'occuper des Lorrains, on s'occupa des Irlandais et des Anglais catholiques, chassés, eux aussi, de leur pays par la révolution et le protectorat de Cromwell.

Comment Vincent de Paul put-il suffire à tant d'immenses charités pendant tant d'années? C'est ce qui, malg-ré tout, resterait incompréhensible, si on ne savait combien l'exemple de la charité est contagieux et si l'on ne voyait jusqu'à son dernier jour le bon M. Vincent donner cet exemple jusqu'à un degré qu'on peut sans exagération appeler héroïque. S'il demandait beaucoup aux autres, il commençait par se donner lui-même et tout ce qu'il pouvait avoir, ce qui donne le droit de le faire et fait tout obtenir. S'il imposait parfois à sa communauté de lourds sacrifices, il en supportait luimême la plus lourde part. « M. Vincent, dit un récit du temps, était toujours le premier à donner. Il ouvrait son cœur et sa bourse, de sorte que quand il manquait quelque chose, il contribuait tout le sien et se privait des choses qui lui étaient nécessaires pour achever l'œuvre commencée. )>

Une fois même, que pour parfaire une somme considérable, il était besoin de trois cents livres, il les donna aussitôt, et l'on dit que c'était des deniers qu'une personne charitable lui avait donné pour lui avoir un autre cheval meilleur que le sien, « qui était en diverses fois tombé sous lui de faiblesse, étant extrêmement vieux. Mais il aima mieux souffrir de se mettre en péril d'être blessé, que de laisser des personnes qu'il croyait dans le besoin sans les assister. »

Sa confiance en la Providence lorsqu'il s'agissait

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