ET LA MISERE DANS LES PROVINCES
des œuvres de charité était sans bornes et avait ce caractère d'imprévoyance raisonnée qu'on retrouve chez presque tous les saints et qu'ils sont seuls en droit d'avoir. Un jour, il se fait donner par l'économe de Saint- Lazare cinquante écus qui restaient en tout et pour tout au fond de la caisse de la communauté et devaient servir à payer la nourriture du lendemain. Sans seulement s'excuser ni dire comment il les remplacera, Vincent donne les cinquante écus à sa bourse de charité, qui était vide. Dieu se chargerait de nourrir ses serviteurs et le lendemain un bienfaiteur envoyait un sac de mille francs à Saint-Lazare .
C'est ainsi que, près de trente ans durant, Vincent de Paul, donnant lui-même jusqu'à son nécessaire, sut faire face h ses charités et trouver toujours de nouvelles ressources, -même lorsque tout semblait épuisé. Le bien qu'il fit dans les rudes années, dont l'éclat extérieur, le mouvement, l'intérêt, la diversité, ont trop fait oublier les souffrances, ne saurait être décrit avec exactitude dans un aussi court résumé; mais l'histoire lui a rendu justice, même les auteurs les plus hostiles au passé religieux de la France, sont forcés de le constater, et si l'un des plus célèbres d'entre eux, Michelet, a cru devoir tempérer l'éloge qu'il se voit obligé d'accorder à un prêtre catholique dans la personne de Vincent de Paul, en l'accompagnant d'une réserve sur le peu d'efficacité de ses charités devant la grandeur, le nombre et l'intensité des souffrances des peuples, cette réserve même en constate l'étendue et l'utilité.
Certes la charité, même d'un Vincent de Paul, ne pouvait changer les faits, ni guérir le mal d'un coup, mais elle les adoucit et grâce à elle on put
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atteindra la paix, qui permit à la France épuisée de panser et de fermer ses plaies!^
Il est facile de comprendre après ce cpie nous venons de dire, et nous n'avons fait qu'indiquer les horreurs causées par la longueur et l'acharnement de la lutte, il est facile, disons-nous, de comprendre avec quelle ardeur Vincent de Paul, témoin de tant de misères, désirait la paix. Ouvertement ami de ce que l'on appelait alors le parti des Saints, dont le cardinal de Bérulle était le chef et qui blâmait l'alliance protestante, M. Vincent désirait surtout la paix pour voir cesser les maux sans cesse renaissants que la g-uerre traînait après elle. Puis, et c'est là un des traits caractéristiques de cet esprit si original, il avait comme un instinct secret du vice radical et foncier de la grande politique de Richelieu, toute tournée à l'extérieur, et néglig'eant de parti pris l'intérieur, l'administration, la prospérité et le bonheur matériel des peuples. Cette politique, tout entière dirigée vers la «randeur de la France au dehors et raffermissement du pouvoir absolu du roi au dedans, était bien celle d'un grand seigneur qui était en même temps un homme de génie, pour qui administrer était presque déroger , et qui ne songeait pas que s'il fallait à tout prix briser le cercle de fer où la puissance de l'empire d'Autriche avait enserré la France, il n'était peut-être pas moins nécessaire de la relever intérieurement et de la doter de cette prospérité qui fait la force d'un peuple et sans laquelle sa puissance extérieure finit toujours par s'écrouler. Vincent de Paul, qui voyait de si près les souffrances des pauvres et leur misère, devinait, par l'instinct que donne la charité, qu'il y avait là une nécessité impérieuse et qu'on n'y son-