UN INTERMÈDE DÉSAGRÉABLE
C'était une vieille fille, tante de Stalky, qui lui avait envoyé les deux livres avec cette dédicace : à mon cher petit Arthur, le jour de ses seize ans; M'Turk avait ordonné leur mise en vente, et ce fut Beetle qui les jeta sur le rebord de la fenêtre de l'étude no 5 en revenant de Bideford. Bastable, annonça-t-il, ne voulait en donner que neuf pence, car Eric était aussi invendable que Saint- Winifred (i) : «le beau cadeau que nous fait ta tanle 1 et nous qui n'avons presque plus de cartouches!... cher petit Arthur! »
Là dessus Stalky voulut tomber sur Beetle, mais M' Turk s'assit sur la tête de son ami et l'appela un adolescent à l'âme pure jusqu'à ce que la paix fût signée. Comme les trois camarades avaient un thème latin qui pressait, comme cet après-midi de juillet-là il faisait une chaleur étouffante, et comme ils auraient dû assister à un match de cricket, ils se mirent à refaire connaissance avec les
([) Voir la noie p. 74. — N. D. T.
deux volumes qu'ils connaissaient trop bien déjà. « Voilà! «dit M'Turk :
« Les punitions corporelles avaient sur Eria un effet déplorable. Il brûlait, — non pas de remords ou de regret, —
Note ça, Beelie.
Oh! le méchant Eric! voyons l'endroit où il se meta boire, m
» Un instant. Voici un autre échantillon de style : —
La Sixième année, dit l'auteur, est le palladium de toutes les écoles publiques.
— Mais cette Sixième année-là, » — Stalky montrait le livre doré, — « ne peut empêcher les types de boire et de voler, de descendre les fags par la fenêtre la nuit et... et de faire ce qu'il leur plaît. Bon Dieu! ce que nous avons perdu en n'allant pas à Saint- Winifred ! w
« Je suis fâché de voir dans ma maison des élèves qui prennent si peu d'intérêt aux jeux. »
M. Prout savait marcher sans bruit quand il voulait, ce qui n'était pas à vrai dire une qualité aux yeux de ses élèves. Il avait ouvert la porte de l'étude sans frapper, — autre impolitesse, — et
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regardait les trois garçons d'un air soupçonneux, « Je suis vraiment très fâché de vous voir rester à moisir dans vos études. »
« Depuis le dîner nous ne faisons que aous promener, Monsieur, » dit M' Turk avec ennui. Les matchs se ressemblent tous et les trois amis s'amusaient cette semaine-là à tirer des lapins avec des pistolets de salon.
« Je ne vois pas arriver les balles, Monsieur, » dit Beetle, «je me suis fait casser mes lunettes si souvent prèsdes filets qu'on m'a dispensé de venir. Je ne servais à rien, même quand j'étaisyàgr. »
« Vous préférez probablement vous empiffrer.
Manger et boire. Pourquoi donc aucun de vous ne veut-il s'intéresser à l'honneur de la maison ! »
Les trois amis étaient fatigués d'entendre cette phrase. L'honneur de la maison était le point faible de Prout et ils s'entendaient à le piquer au vif.
« Bien entendu, Monsieur, nous allons descendre, si vous nous en donnez l'ordre, » dit Stalky, avec une politesse irritante. Mais Prout n'avait garde de faire cela. Il avait essayé une fois, un jour de grand match, et les trois compères, s'isolantde leurs camarades, étaient restés au garde-à-vo us pendant une demi-heure devant tousles visiteurs, auxquels des fags, embauchés à cet effet, les désignaient comme des victimes de la tyrannie de Prout. Prout était susceptible.
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Dans les conciliabules infiniment mesquin la salle des maîtres, Kingf et Macréa, collègue; Prout, l'avaient persuadé qu'il n'y avait de s que par les jeux, et par les jeux seuls. Les él qu'on négligeait étaient des élèves perdus . Il fa les soumettre à la discipline commune. Prou on l'avait laissé tranquille, se serait assez bien tendu avec ses administrés, mais on ne le lai: jamais tranquille, et ses élèves, qui possédaiei clairvoyance diabolique de la jeunesse, savait qui ils devaient ses accès de zèle.
« Faut-il descendre, Monsieur ? » demj M'Turk.
« Je ne tiens pas à vous l'ordonner. Un hon garçon de votre âge devrait aller aux jeux plaisir. Je regrette. » II sortit avec embarras, tant confusément qu'if venait de semer de la b( graine sur une terre ingrate.
« Dites-moi un peu à quoi il pense que tou peut servir? » dit Beelle.
« Oh, il est timbré I » s'écria Stalky. « Kinj fait des discours, il lui reproche de ne pas i tenir assez ferme; Macréa bafouille sur la « t pline » et le vieux Pied-de-Vache reste bouche entre les deux en suant à grosses gouttes. L'a jour j'étais descendu prendre du pain à l'offic j'ai entendu Oke (le majordome de ces messie qui en parlait à Richards (un des domestique; la maison de Prout). »
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« Que disait-il? » demanda M'Turk, en jetant Eric dans un coin.
« Il disait qu'ils font plus de bruit qu'une nichée de corneilles: — ils parlent la plupart du temps comme si nous qui les servons n'avions pas d'oreilles. Us en raconlentau vieux Prout 1... ce qu'il fait pour ses élèves, ce qu'il ne fait pas. Que leurs élèves à eux sont bons et que les siens sont fichtrement mauvais. — Vous savez, voilà ce que disait Oke, et Richards se fâchait tout rouge. Il déteste King pour une raison ou une autre. Je me demande laquelle.»
h Tu sais bien que King parle de Prout en classe, » dit Beetle; « il fait sans cesse des allusions, des mots d'esprit, seulement la moitié des types sont si bêtes qu'ils ne comprennent pas ce qu'il veut dire. Et te rappelles-tu son asile de nuit, mardi dernier? C'était pour nous. Les types racontent qu'il dit de nous des choses tout à fait ignobles aux élèves de sa maison en se moquant de celle de Prout. »
« Ma foi, nous ne sommes pas venus ici pour nous mêler de leurs disputes, » s'écria M'Turk avec colère, h Qui vient se baigner après l'appel ? C'est King qui le fait au champ de cricket. Arrivez. » M'Turk prit son chapeau de paille et sortit.
Les trois amis arrivèrent au pavillon inondé de soleil, près de la grève, un moment avant l'appel et, sans questionner personne, ils virent à la voix
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et aux manières de King que sa maison était en train de triompher.
« Ah, Ah ! » dit ce personnage, en leur montrant un visage radieux, « voilà enfin les ornements de l'asile de nuit qui nous arrivent. Vous méprisez le cricket, n'est-il pas vrai? » — les joueurs en complet de flanelle ricanèrent, — « d'après ce que j'ai vu cet après-midi il me semble que vous n'êtes pas les seuls de votre maison à penser ainsi. Et puis-je vous demander ce que vos seigneuries comptent faire jusqu'à l'heure du thé? »
» Monsieur, nous allons nous baigner, » dit Stalky.
« Et d'où vient ce zèle soudain pour la propreté? Je ne vois rien en voua qui le fasse particulièrement pressentir. Et même, autant que je puis me le rappeler, — je peux me tromper, — mais il y a peu de temps... »
« Il y a cinq ans, Monsieur, » dit Bectle avec indignation,
King fronça les sourcils : « l'un de vous avait peur de l'eau. Maintenant, me dites-vous, vous voulez vous laver. C'est très bien, La propreté n'a jamais fait de mal à des garçons de votre âge.,, ni à une maison, Occupons-nous d'affaires sérieuses. » Et il prit en main la liste d'appel.
« Pourquoi as-lu été assez bête pour lui répondre, Beetle? » dit M'Turk avec colère, en s'en allant vers l'emplacement des bains sur la plage.
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« Ce n'était pas juste, —me rappeler que j'avais peur de l'eau pendant ma première année I des tas de types en ont peur, avant de savoir nager ! »
« Tout ça est vrai, espèce d'âne; mais il a vu qu'il t'avait fait monter à l'échelle. Il ne faut jamais répondre à King. »
a Mais Stalky, ce n'était pas juste. »
K Bon Dieu I i! y a six ans que tu es ici et tu demandes de la justice I parole d'honneur, tu es complètement idiot. »
Un groupe d'élèves de la maison de King qui s'en allait aux bains les héla et les supplia de se laver, — pour l'honneur de leur maison.
« Voilà le résultat des discours impertinents de Kïng, » dit Stalky. « Ces jeunes brutes n'auraient jamais songé à ça s'il ne le leur avait pas mis en tête. Maintenant ils vont en rire pendant des semaines. Faites semblant de ne pas entendre. »
Les disciples de King se rapprochèrent en criant une insulte. Enfin ils s'en allèrent du côté du vent en se houchant le nez avec affectation.
« C'est joli! n dit Beetle. « Ils vont bientôt dire que notre maison sent mauvais. »
Quand les trois amis revinrent du bain, noncha-
lants, les cheveux mouillés, ne demandant
qu à
vivre en paix, la prophétie de Beetle ne se justifia que trop. Un fag vint à leur rencontre dans le corridor, — un misérable fag de Seconde préparatoire, — qui leur tendit à bout de bras un mor-
ceau de savon soigneusement enveloppé, « avec les compliments de la maison de King ».
« Halte-là », dit Stalky, faisant immédiatement face à l'attaque. « Qui t'a envoyé, Nixon? Ratlray et White ? (deux grands de la maison de King), Merci. Il n'y a pas de réponse. »
« Ces plaisanteries stupides sont dégoûtantes, » gémit M' Turk. « Qu'est-ce que ça veut dire?
Qu'est-ce que ça a de drôle ? »
a Ça va continuer jusqu'à la tin de l'année, vous pouvez en être sûrs. » Beetle secoua la tête d'un air chagrin. Lui-même avait usé pas mal de plaisanteries jusqu'à la corde.
En quelques jours il futadmis dans le collège que les élèves de la maison de Prout ne se lavaient pas et répandaient en conséquence une odeur infecte. M. King daignait sourire en classe d'un air approbateur quand un de ses élèves s'écartait de Beetle avec certains gestes.
« Vous paraissez être atteint de quelque affection, mon cher Beetle, car pourquoi Burton aine semble-t-il avoir peur de loucher le bord de vo'" 1 robe, si l'on peut ainsi dire ? j'avoue ne pas c< prendre. L'un de vous serait-il assez bon p m'expliquer ce mystère ? »
Naturellement la moitié de la classe le ren.
gnait.
« Etrange I étrange ! cependant chaque mai a ses traditions dans lesquelles je ne voud I ioogle
pour rien au monde m'immiscer.Nousautres, nous avons un préjugé en faveur de l'eau fraîche. Continuez, Beelle.,.. à partir de Jugurtha tamen et, si ce n'esl pas au-dessus de vos forces, tâchez de deviner le moins possible. »
Les élèves de Proul étaient en fureur parce que les maisons de Macréa et de Harlopp se joignaient à celle de King pour les insulter. Ils se réunirent en assemblée générale un après-midi. Ce fut un meeting agité et violent; seuls les moniteurs n'étaient pas là. Ils sympathisaient, mais le sentiment de leurdignité lesforçail à s'abstenir. Onlut des résolutions mal rédigées, on ht des discours commençant par « Messieurs, nous nous sommes réunis aujourd'hui... » et finissant par « c'est dégoûtant la exactement comme on en fait dans tous les collèges depuis que le monde est monde et qu'il y a des collèges.
L'étude n° 5 assistait à la réunion, l'air bienveillant et protecteur comme à l'ordinaire. A la fin, M'Turk, aux joues creuses, prit la parole :
h Vous jabolez, vous jacassez, vous bavardez, et c'eslà peu près tout ce que vous savez faire! A quoi bon ? La maison de King sera contente de vous avoir fait marcher et King sera content lui aussi. D'ailleurs celte motion d'Orrin est pleine de fautes de grammaire et King rira de ça par-dessus le marché. »
« Je pensais que loi et Beetle vous la corrigeriez,
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et... et nous l'aurions affichée ensuite dans le corridor, w dit humblement l'auteur.
« Jamais de la vie I je ne veux pas me mêler de cette affaire-là » répondit Beelle. « Ça ne servirait, qu'à faire rire la maison de King. Turkey a tout à fait raison. »
« Eh bien, Stalky, veux-tu, toi ? «
Mais Stalky gonfla ses joues, loucha le longde son nez à la façon de Panurge et se contenta de dire : « Ah I les abjects bavards I »
« Vous êtes trois salauds I » répondit immédiatement la populace, et ils sortirent au milieu des imprécations.
« C'est tordant ! » dit M'Turk. a Prenons nos pistolets et allons tirer des lapins. »
La malle de Stalky renfermait trois pistolets de salon avec une provision de cartouches. Elle se trouvait dans le dortoir des trois amis, une chambre à trois lits, située sous les combles ; elle s'ouvrait sur une salle de dix lits commençant à son tour la grande enfilade des dortoirs qui se suivaient d'unbout du collège à l'autre. La maison de Macréa venailaprèscelledeProut,celle de King après celle de Macréa, etcelle de Hartopp se trouvait à l'extrémité. Des portes soigneusement fermées à clef séparaient les maisons runedel'autre,mais chaque maison dans son arrangement intérieur, — le collège avait été à l'origine une suite de douze bâtiments, — était
une réplique exacte de celle qui la suivait ; un seul toit recouvrait le tout.
Les amis trouvèrent le lit de Stalky sorti de sa place à gauche de la lucarne. On voyait l'arrièretrain de Richards émerger d'un placard large de deux pieds qui s'ouvrait dans le mur.
« Qu'est-ce que c'est que ça? je n'avais jamais remarqué ce trou. Quefailes-vous là, mon gros ?» dit Stalky.
« Je remplis les pots à eau, M'sieur Corkran, » onenlendail à peine la voix de Richards enfoncé dans le trou, « ils m'ont épargné du travail, ah ben oui ! »
» Ça m'en a l'air, » ditM'Turk. « Attention 1 vous allez rester pris si vous n'y veillez. »
Richards sortit la tête et les épaules en soufflant: « J'peux pas l'attraper. Oui, M'sieur M'Turk, il y a un robinet. On a posé toutes les conduites d'eau un étage plus haut, sous le rebord du toit pour ainsi dire. C'est pendant les dernières vacances qu'on a fait ça. Moi je ne peux pas attraper le robinet. »
« Je vais essayer, » dit Stalky, en plongeant dans l'ouverture.
« Glissez-vous à gauche, M'sieur Corkran, glissez-vous à gauche et cherchez dans le noir. »
Stalky se faufila à gauche et vit un long tuyau de plomb qui disparaissait dans un tunnel triangulaire. Le plafond de ce tunnel était formé par
les poutres et les chevrons du toit du collège, son plancher se composait de solives mal équarries et il s'appuyait aux étais grossiers du mur en lattis et en plâtre sous la lucarne.
« C'est drôle, ce truc-là. Jusqu'où ça va-t-ii ? » « Ça va tout droit, M'sieur Corkran, — tout droit d'un bout du bâtiment à l'autresous le rebord du toit. Avez-vous trouvé le robinet du compteur? M. King a voulu nous épargner la peine de monter l'eau. C'est pas assez large pour un gros bonhomme comme le vieux Richards. Je suis trop fort pour faire le furet. Merci, M'sieur Corkran. »
L'eau jaillit du robinet à l'intérieur de l'armoire et, le reconnaissant, Richards s'en alla clopin-clopant après avoir rempli les pots à eau.
Les trois amis restèrent sur leurs lits, les yeux tout ronds, réfléchissant au parti qu'ils pourraient tirer de leur découverte. Ils entendaient, deux étages au-dessous d'eux, le bruit que faisaient leur camarades irrités: nulle part le silence n'est plus profond que dans un dortoir, l'après-midi, au fort de l'été.
« Le trou était caché jusqu'à présent par le papier peint, » dît M'Turk, en examinant la petite porte. « Si seulement nous avions sul »
« Je propose d'y aller voir. Personne ne montera à cette heure-ci. Pas besoin de faire le guet. » Ils se glissèrent dans le trou, Stalky en tête, et fermèrent la porte derrière eux. A quatre pattes
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ils commencèrent à explorer un chemin sombre et malpropre, plein de plâtras, de débris de toutes sortes et de tout le rebut que les ouvriers laissent dans le grenier d'une maison. Le passage pouvait avoir trois pieds de large et le jour n'y filtrait guère que par les fentes sur les côtés des placards ; il y en avait un près de chaque lucarne,
« Voilà la maison de Macréa, » dit Stalky, l'œil à l'interstice du troisième placard. « Je vois le nom de Barnes écrit sur sa malle. Ne fais pas tant de bruit, Beelle! nous pouvons aller jusqu'à l'autre bout du collège. En avant 1... Nous voilà maintenant dans la maison de King, je vois le bout de la malle de Ratlray. Ce que ces sales planches vous font mal aux genoux ! « On entendait ses ongles égratigner le plâtre.
« C'est le plafond d'en bas,» dit Beetle. «Si nous démolissions ça, le plâtre tomberait dans le dortoir, du dessous. »
« Allons-y, » souffla M'Turk.
« Pour nous faire pincer loul de suite? jamais de la vie. Ce que je peux fourrer la main loin entre ces planches 1 i>
Slalky avança le bras jusqu'au coude entre les solives.
« Pas la peine de rester ici. Je propose de nous en retourner et de discuter la question. Voilà un drôle d'endroit. Je dois dire que je remercie King de ses travaux hydrauliques. »
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Les trois amis rampèrent hors du tunnel, se brossèrent, fourrèrent leurs pistolets de salon dans les jambes de leurs pantalons et coururent à un chemin creux et solitaire, comme il y en a dans le Devonskire, autour duquel on pouvait quelquefois tuer unjeune lapin. Ils se couchèrent à l'ombre de sureaux luxuriants et se communiquèrent leurs réflexions.
« Savez-vous, » dit enfin Stalky, en visant un moineau éloigné, « que nous pourrions facilement y cacher nos pistolets ? »
« Oh! » s'écria Beetle ens'ébrouant; il suffoquait presque. II n'avait rien ditdepuis qu'on avait quitté le dortoir.
a A vez-vous jamais lu un livre appelé l'Histoire d'une maison ? ou quelque chose d'approchant ? Je l'ai pris à la bibliothèque l'autre jour. C'est une Française qui l'a écrit : Violette machin. C'est traduit, vous savez,et c'est fort intéressant : ça vous raconte comment on bâtit une maison. »
« Eh bien, mon vieux,si tu tiens tant à savoir ça, lu n'as qu'à aller jusqu'à ces maisonnettes qu'on construit là-bas pour les gardes-côtes. »
« C'est ma foi vrai ! » 11 fouilla dans ses poches. « Donnez-moi quatre sous, l'un de vous. »
« Quelle blague ! reste ici et ne va pas faire l'idiot au soleil. »
« Donnez-moi quatre sous. »
« Dis donc, Beetle, tu ne nous caches rien, pas
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vrai ? » demanda M' Tuïk, en donnant les sous. Il parlait d'un ton sérieux : Stalky manœuvrait souvent pour son propre compte et M'Turk l'imitait parfois, mais on n'avait jamais vu Beetle en faire autant dans toute l'histoire de la confédération.
« Non, je réfléchis, w répondit Beetle.
« Eh bien, nous allons venir avec toi I» dit Stalky, en chef qui se méfie de ses aides.
h Je n'ai pas besoin de toi. »
« Laisse-le tranquille, m dit M'Turk. «Il a un poème sur le cœur, il va s'en aller jusqu'à la grève le déclamer et quand il reviendra à l'étude il nous le rendra tout entier. »
« Alors pourquoi voulait-il les quatre sous, Turkey ? Cet animal-là devient trop, indépendant. Attention 1 v'ià un lapin ! Non I si 1 c'est un chat, par Jupiter 1 tire le premier. »
Vingt minutes plus tard un jeune garçon, son chapeau de paille sur le derrière de la tète et les mains dans les poches, examinait des maçons en train de travailler à une maisonnette en construction, Il distribua un peu de tabac terriblement noir et fut admis à passer du vestibule à l'intérieur où il posa de nombreuses questions.
a Eh bien I sors-nous la sale poésie, » dit Turkey, en entrant en coup de vent dans l'étude avec Stalky. Beetle était plongé dans un volume de Viollel-le-Duc et il avait des dessins devant lui. « Nous avons joliment rigolé. »
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« Une poésie ? quelle poésie ? j'ai été voir les gardes-côtes. »
« Pas de poésie? nous allons te démolir, Beetle, » dit Staiky, prenantl'offensive. «Tu mijotes quelque chose. Je le devine en t'entendant parler sur ce ton.»
« Votre oncle Beetle, » le poète essayait d'imiter la voix de bataille de Staiky, « votre oncle Beetle est un grand homme, n
« Ah non ! par exemple, il en est loin. Tu te mets le doigt dans l'œil, Beetle. Tombe dessus Turkey. »
« Un grand homme. » Beetle râlait, étendu sur le plancher. « Vous n'êtes que des écervelés, — attention à ma cravate, — des écervelés, — c'est moi le grand homme. Oufl Ecoutez mon chant de victoire I »
« Beetle, mon très cher, » Staiky se laissa tomber sur la poitrine de Beetle, — « nous t'aimons et tu es un vrai poète. Si jamais j'ai dit que tes vers étaient des vers de mirliton, je te fais mes excuses, mais tu sais aussi bien que nous que tu ne peux rien entreprendre seul sans tout abîmer. »
« J'ai une idée. »
« Et tu gâteras toute l'affaire si tu ne dis pas tout à l'oncle Staiky. Accouche, mon petit, et nous verrons ce qu'il y a à faire. Une idée, gros menteur — je savais que tu avais une idée quand tu es parti. Turkey disait que c'était une poésie. »
« J'ai vu comment on construisait les maisons. Laissez-moi me lever. Les solives du plancher
d'une pièce sont les solives du plafond de la pièce au-dessous. »
« Evite ces sales termes techniques. »
« Ma foi, c'est ce que le bonhomme m'a dit. Le plancher est placé sur ces solives, sur ces poutre» mises en travers sur lesquelles nous avons rampe, mais le plancher s'arrête à la cloison. Eli bien, si l'on allait derrière une cloison, comme nous dans le grenier, ne voyez-vous pas qu'on pourrait pousser ce qu'on voudrait sous le plancher, entre les lames du parquet et le lattis et le plâtre du plafond de la pièce au -dessous? Tenez j'ai fait un dessin. »
Il montra un croquis grossier, mais qui suffit à faire comprendre la chose aux alliés. Le programme d'une école moderne ne .contient rien qui se rapporte à l'architecture et aucun d'eux ne s'était encore demandé si les planchers et les plafonds étaient creux ou pleins. En dehors de ce qui le touche immédiatement, le collégien est aussi ignorant que le sauvage qu'il admire tant ; il est vrai qu'il possède aussi les ressources du sauvage.
« Je comprends, » dit Stalky. « J'y ai fourré la main. Et puis après T »
« Et puis après ils disent que nous puons;
nous pourrions fourrer quelque chose là-dessous... du soufre, ou une saleté quelconque qui sentirait assez mauvais; nous leur ferions voir ce que c'est qu'une vraie puanteur. « Beelle regardait Stalky qui jouait avec les dessins.
«Quelquechose qui sentirait mauvais? » demanda Stalky en réfléchissant. Son visage s'éclaira : « ah 1 mes amis ! j'ai trouvé. Une puanteur horrible t Turkey I h II sauta sur l'Irlandais, — « cet aprèsmidi, après le départ de Beelle : ça fera l'affaire. » « Viens sur ma poitrine, ange radieux ! » chanta M'Turk, et ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre en dansant. « En voilà une journée 1 Hurrah I Hurrah ! ça fera l'affaire ! ça fera l'affaire 1 » « Un instant, » dit Beetle, « je ne comprends pas. »
« Ah mon ehérî, nous avons ce qu'il nous faut. Mon petit Arthur, mon adolescent à l'âme pure, racontons à notre doux Réginald l'histoire des puanteurs pestilentielles. »
« Pas avant l'appel. Venez. »
« Dites donc, w leur annonça Orrin d'un ton rogue, au moment où ils se mettaient en rang le long du mur du gymnase, « les élèves de la maison vont se réunir eu un autre meeting. »
« Réunissez-vous, mes amis. » Stalky pensait à autre chose,
' » C'est à propos de vous trois, cette fois-ci. n « Très bien, fais-leur mes compliments... Présent 1 » et il s'enfuit au galop dans le corridor. Stalky et M'Turk, qui sautaient comme des che- ■ vreaux, avec des cabrioles, des gambades et des , courbettes, conduisirent Beetlequi n'enpouvaitplus au chemin des lapins. De derrière un tas de pierres
ils tirèrent le cadavre d'an chat tout récemment tué. Alors Beetle ville sens profond de cequi venait de se passer et il éleva la voix en actions de grâces de ce qu'il y eût au monde des guerriers aussi sages que Stalky et M'Turk.
« Le vieux matou est bien nourri, heïn ? » dit Stalky. «Combien lui faudra-t-il de temps, crois-tu, pour se mettre à fumer un peu dans un espace clos? »
« Se mettre à fumer I quel langage grossier! » s'écria M' Turk. « Un pauvre petit minet ne petit pas aller mourir sous le plancher du dortoir de King sans que tu l'assailles de tes ignobles insinuations ? »
« Pourquoi est-il allé mourir sous le plancher? » dît Beetle, qui songeaità l'avenir.
« Oh ! ils ne s'inquiéteront pas de ça quand ils le trouveront, » répondit Stalky.
c Un chat peut regarder un roi (i). « M'Turk roula au bas du talus en riantde sa propre plaisanterie, h Tu ne sais pas,Minet, combien tu vas être utile à trois adolescents à l'âme pure, aux sentiments élevés. »
« Ils seront forcés de démolir le plancher pour le trouver, h dit Beetle, « comme on a dû le faire au n° 9 quand le rat a crevé. Il en a fallu des désin-
(i) Calembour intraduisible. King eTg-nifioroi en anglais et chez nos voisins le proverbe permet àuo chat de regarder un roi comme clieï nous à un chien de regarder un évèque. (N. D. T.)
fectants I ah zut 1 si seulement je pouvais m'arrêter de rire ! »
« Des puanteurs! en voulez-vous des puanteurs infectes 1 » M' Turk se tordait en revenant près de ses amis. L'humour exquis de la situation les fit s'effondrer tous les trois ensemble : — n et dire que nous faisons tout ça pour l'honneur de la
« En ce moment ils tiennent un autre meeting, — à notre sujet, m sanglotait Stalky, les genoux dans le fossé et la tête cachée dans les hautes herbes. « Voyons, il faut extraire à ce chat la balle qu'il a rians le corps. Dépêchons-nous. Plus tôt il sera installé et mieux ça vaudra. »
A eux trois ils se livrèrent avec un canif à un petit travail macabre ; à eux trois, {ne me demandez pas lequel serra le cadavre sous son gilet), ils emportèrent la victime et se hâtèrent de rentrer; Stalky arrangeait le plan de campagne tout en courant.
Le soleil à son déclin, qui faisait de larges taches de lumière sur les couvertures, vit trois jeunes garçons et un parapluie disparaître dans le mur d'un dortoir. Cinqminutes plus tard ils ressortïrent, se brossèrent soigneusement, se lavèrent les mains, se peignèrent et descendirent.
« Es-tu sûr de l'avoir poussé assez loin ? » demanda tout à coup M* Turk,
« Je te répète, mon vieux, que je l'ai poussé de
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toute ta longueur de mon bras et du riflard deBeetle. Ça fait à peu près six pieds. 11 est juste au milieu du grand dortoir à dix lits de King. J'appelle ça une belle position centrale. Ce qu'il va empoisonner les types de King, ceux de Hartopp et ceux de Macréa quand il commencera vraiment à ne faisander! Votre oncle Stalky est un grand homme, parole d'honneur. Beetle, sais-tu bien quel grand homme il est? »
» Il me semble que c'est moi qui ai eu l'idée d'abord, seulement... «
n Tu ne pouvais rien faire sans ton oncle Stalky, pas vrai? »
« Depuis huit jours ils crient que nous puons, » dit M' Turk. « Ce qu'ils vont prendre maintenant] »
h Ils puent ! ils puent) » cria quelqu'un au fond du corridor.
« Et le chat est làl » dit Stalky, une main sur l'épaule de chacun de ses camarades. « // est là, tout prêt à tes surprendre. D'ici quelques jours il va commencer à leur parler dans leurs rêves. Puis il se mettra à sentir. Ce qu'il va sentir, mes amis I faites-moi le plaisir d'y penser deux minutes! »
Les trois camarades regagnèrent leur étude en retenant les éclals de leur joie. Puis ils commencèrent à rire, — ils riaient comme seuls des garçons de leur âge peuvent le faire. Us riaient, le front sur la table, glissaient à terre, riaient sans s'arrêter en
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STAI.KY ET Ci* 1 l}
se tordant sur les dossiers de leurs chaises ou en s'accrochant aux tablettes couvertes de livres : ils riaient à en perdre la respiration.
Au milieu de cette scène, Orrin fit son entrée ; il venait au nom des élèves de la maison.
« Ne fais pas attention à nous, Orrin, assieds-toi. Tu ne sais pas le respect et l'admiration que nous avons pour ta personne. Il y a quelque chose de si attrayant dans ton large front d'éphèbe, ce front si pur, si plein des rêves d'une innocente adolescence 1 »
« Les élèves de ia maison m'ont chargé de vous remettre ceci, » dit Orrin, Il déposa un papier plié sur la table et se retira d'un air majestueux.
« C'est leur ordre du jour, »dilBeet!e.«Que l'un de vous le lise. Je suis trop malade à force d'avoir rigolé pour le regarder, a
Sialky ouvrit vivement le papier après l'avoir flairé :
« Hum! huml écoutez : Les élèves de la maison remarquent avec chagrin et mépris l'attitude indiférente.... combien d'f à indifférent, lieetle? n « Deux de préférence. »
« Il n'y en a qu'une ici.,., affectée parleurs camarade» de l'étude n" 5 en face des insultes prodiguées à la maison de M. Prout au meeting gui a eu lieu dernièrement dans la classe n' 12 et par le présent ordre du jour les élèves de la maison voient un blâme à cette étude. C'est tout. »
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« Et ce chat, qui a saigné tout le long de ma chemise t » dit Beetle.
« Je sens le chat, » ajouta M'Turk. o Pourtant je me suis lavé deux fois. »
« Et moi qui ai manqué de casser le riflard de Beelle en poussant le matou à l'endroit où il va mûrir I »
Les trois amis n'avaient plus rien à dire, ils pouvaient encore rire. Cette nuit-là on essaya une manifestation contre eux au dortoir : ils s'avancèrent aussitôt.
« Voyez-vous, » commença Beetle d'une voix suave, en défaisant ses bretelles, « le malheur est que vous êtes un tas d'ânes sans cervelle. Vous n'avez pas plus d'esprit que des araignées. Nous vous l'avons dit souvent, pas vrai? »
« Nous allons vous administrer une bonne danse, comme on en donne au dortoir. Vous nous faites toujours la leçon comme si vous étiez des moniteurs, » cria quelqu'un.
« Non, mon petit, vous ne ferez pas ça, » dît Stalky. « Voussavez bien que si vous le faisiez vous vous en repentiriez tôt ou lard. Nous ne sommes pas pressés, nous autres. Nous avons le temps d'attendre pour nos petites vengeances. Vous vous êtes conduits corn me de véritables ânes: vous verrez ça demain, dès que Kingauravu votre bel ordre du jour. Si vous n'en avez pas par-dessus la tête demain soir,je.... je consens à avaler monchapeau ! »
Mais le lendemain, avant même que la cloche du dîner n'eût sonné, les élèves de Prout s'étaient tristement rendu compte de leur erreur. King accueillait avec une affectation de terreur exagérée tous les membres isolés de cette maison. Avaientils l'intention de le faire chasser du collège à la suite de leur ordre du jour voté à l'unanimité? Quelles étaient leurs idées sur l'administration de l'école : il se hâterait de les mettre à exécution. Pour rien au monde il ne voudrait les offenser, maïs il craignait.... il craignait bien.... que ses élèves à lui.qui ne votaient pas d'ordres du jour (mais qui se lavaient), auraient (quelque occasion de rire.
King était heureux, et ses disciples, qui s'épanouissaient à la faveur de son sourire, firent de cet après-midi un long martyre pour les infortunés élèves de Prout. Prout lui-même, l'air sombre et inquiet, s'efforçait de peser le pour et le contre et ne réussissait qu'à augmenter sa perplexité. Pourquoi accusait-on ses élèves de sentir mauvais? c'était peu de chose, il est vrai, mais on l'avait habiiué à croire que les fétus de paille qui volent dans l'air montrent d'où vient le vent, et qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Sentant qu'on lui faisait une injustice il alla voir King, mais celui-ci était dans «on heure d'ironie légère et il enveloppa son collègue des anneaux brillants de sa dialectique. « Eh bien, » demandait Stalky le soir, en se
promenant dans les dortoirs avant l'arrivée des moniteurs, a eh bien qu'avez-vous à dire, Poster, Carton, Finch, Longbridge, Marlin, Bretl? King vous a bien arrangés l je l'ai entendu, — il vous a réduits en poudre ; — et vous ne saviez rien faire que vous tortiller en souriant bêtement, en disant Oui, Monsieur ! et Non, Monsieur ! et, oh Monsieur ! et s'il vous plaît, Monsieur t — vous et voire ordre du jour!... allons doncl »
ci Dis donc, Stalky, tu vas te taire 1 »
« Jamais de la vie. Ils sont malins les fabricants d'ordres du jour! vous avez réussi à faire quelque chose de propre, La prochaine fois vous voudrez bien nous laisser tranquilles peut-êlre. »
Là-dessus quelques-uns se fâchèrent et plusieurs voix démontrèrent que l'erreur n'eût jamais été commise si l'étude n° 5 avait prêté son concours dès le début,
« Mais vous vous croyez si forts, vous autres, » grogna Orrin, l'homme de l'ordre du jour. « Quels airs vous vous êtes donnés en entrant au meeting' ! on aurait cru que nous étions une bande d'idiots. »
«Voilà précisément ce que vous êtes!» dit Stalky. a C'est ce que nous essayons d'enfoncer dans vos têtes de bois depuis je ne sais combien de temps. Ça ne fait rien, nous vous pardonnons. Du courage! vous savez, ce n'est pas votre faute si vous êtes des imbéciles. » Ayant ainsi adroitement tourné le flanc de l'ennemi, Stalky s au ta danssonlit.
Cette nuit-là les élèves de Kîng sentirent une goutte d'amertume se mêler à leur joie.Par suite de courants d'air sous le plancher le chat ne gêna pas le dortoir sous lequel il se trouvait mais la pièce voisine à droite, jetant dans l'atmosphère une pâte sensation bleuâtre plutôt qu'une impression vraiment offensante. Mais les effluves les plus légers suffisent à blesser l'odorat sensible et le palais si net de la jeunesse. L'honnêteté demande que nous tirions plusieurs voiles bien désinfectés sur les discours que les élèves du dortoir tinrent à M.King et sur la réponse de ce dernier. Il était sincèrement fier de sa maison et s'inquiétait du confort de ses administrés. Il vint, il renifla, il parla. Le lendemain matin, un des habitants du dortoir confia à son ami intime, fag de la maison de Macréa, qu'ils avaient des ennuis que King ne désirait pas voir divulguer. .
Mais \efag de chez Macréa avait lui aussi un ami intime dans la maison de Prout, un fag ébouriffé et malicieux qui, dès qu'il eut arraché le secret, s'empressa de le répandre sur un ton perçant qui retentit le long du corridor comme le cri aigu d'une chouette.
ï Et depuis huit jours,ils disent que nous puons! Voilà le petit Harland qui raconte que, dans son dortoir, une odeur infecte les empêche de dormir. Arrivez I »
En poussant an seul cri, une seule clameur, les
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élèves de Prout se précipitèrent au combat. Pendant la récréation, entre la première et la seconde classe, une cinquantaine de gamins de douze ans luttèrent sur le gravier devant les fenêtres de King au milieu de vociférations dont le verbe « puer » formait le Leît-Motiv.
« Entendez-vous le canon d' alarme en mer 1 » dit Stalky. Les trois amis étaient allés dans leur étude chercher leurs livres pour la seconde classe, une classe de latin faite par King. « Je pensais bien que son front d'azur était un peu sombre à la prière,
La voilà qui vient. Dotre sœur Marie, La voilà qui vient... »
« S'ils font tant de bruit maintenant, que ferontils quand le chat commencera vraiment à s'animer et à se mettre en train î »
« En tout cas, pas d'observations vulgaires, Beetle. Nous ne voulons qu'une chose : nous tenir hors de cette querelle comme des gens du monde. «
a Ce n'est qu'une petite fleur fanée.,.. » dit M' Turk. « Où est mon Horace? Dites donc, je ne vois pas comment ce chat s'y prend pour empoisonner d'abord le dortoir de Raltray. Nous l'avons fourré sous celui de While, pas vrai ? m M' Turk cherchait à comprendre.
« C'est une bête capricieuse. Je suppose qu'elle se promène un peu partout. »
« Ah mes amis ! Kihg ne va pas êlre & ] avec des pincettes à ta seconde classe, » dit « Et moi qui n'ai pas regardé mon H venez. »
Ils se trouvaient à la porte de la classe, che allait sonner dans cinq minutes et Kii vait venir d'un instant à l'autre.
M' Turk se fraya un chemin au mil ici:
troupe defags qui se battaient, s'empara c Thornton {l'ami intime de Harîand) et lui raconter son histoire.
Le/atf obéit: son' récit fut simple et accor de pleurs. Un grand nombre de ses camara avaient déjà fait payer cher son indiscrétio
a Ce n'est rien, » cria M' Turk. « Il dit maison de King pue : c'est tout. »
« C'est vieux ! « hurla Slalky. « H y a des que nous le savions. Seulement, nous ne i pas à nous promener en criant: — ils pue nous sommes bien élevés, nous autres, ce n' comme eux. Attrape un fag, Turkey, et voi ce qu'il y a »,
Le long bras de M' Turk s'abattit sur u bonhomme craintif, l'ornement de la Secon< paraloire.
« M'Turk.je t'en prie, laisse-moi. Je ne put je te jure que je ne pue pas 1 »
« Mauvaise conscience! » cria Beetle. « Qi t'a accusé de puer? u
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« Qu'en penses-tu? » demanda Stalky en poussant le petit garçon dans les bras de Beetle.
« Hum! hum! il pue, ma foi. Ça doit être la lèpre, — ou la teigne. Peut-être les deux. Enlevez-le I »
« Vraiment, Monsieur Beelle, » — King venait généralement prendre l'air à la porte pendant une minute ou deux quand sonnait la cloche, — « nous vous devons beaucoup pour votre diagnostic, qui semble faire autant d'honneur à votre imagination malsaine qu'à l'ignorance lamentable où vous êtes des maladies sur lesquelles vous discourez avec tant de faconde. Nous allons cependant éprouver votre science sur d'autres sujets. »
La classe fut gaie, mais Beetle ne se plaignit pas trop, car King se pressa tant de le sacrifier qu'il oublia tout à fait de lui donner un pensum et lui fournit en même temps une provision d'adjectifs d'une valeur inestimable, dont il put se servir plus tard, pendant la troisième classe. C'était la classe d'algèbre d'Hartopp, et Beetle s'y appliqua le plus sérieusement du monde à composer une poésie intitulée: la Maladrerie.
Après dîner, King emmena ses élèves se baigner à la mer sur les galets. Il le leur avait promis depuis longtemps, mais it aurait voulu pouvoir se dédire en voyant toute la maison de Prout alignée dans la cour pour applaudir avec intention. Pendant son absence la moitié du collège au moins
envahit le dortoir infecté pour savoir à quoi s'en tenir. Le chat avait gagné pendant les dernières douze heures, mais un champ de bataille le cinquième jour n'aurait pu être aussi épouvantable que le rapportèrent les éclaireurs.
« Ma foi, » dit Stalky, « cette bête s'en tire à son honneur. Avez-vous jamais senti quelque chose de pareil ? Et on ne remarque encore rien dans le dortoir de White ! »
« Ça viendra I Donne-lui du temps, » répondît Beetle. « L'odeur va grimper partout comme un beau chèvrefeuille. Quels sales lépreux tout de même! aucune maison n'a le droit de se faire un foyer de pestilence étalé sous les narines d'adolescents convenables... »
« ... déjeunes gens à l'âme pure, à l'esprit élevé. Tu brûles de remords et de regrets, hein? » dit M'Turk, comme ils couraient à la rencontre de leurs camarades qui revenaient de la mer. King avait déserté ses élèves; on pouvait dire ce qu'on voulait. En tête de la colonne gambadait une troupe de tirailleurs, — tout le collège mélangé, — sautant, se raillant, criant des insultes. Sur ses flancs ébranlés marchaient les hoplites, les anciens qui se jetaient des railleries à la tête, — les railleries simples et primitives de l'âge de pierre. Les trois amis se joignirent à ces guerriers. Leur apparence était calme, désintéressée, presque triste.
« Ma foi, on ne le dirait pas à les voir, » fit
observer Stalky. « Ça ne peut pas être Rattray, n'est-ce pas, Rattray? »
Pas de réponse.
« Rattray, mon cher? Il a l'air fâché de quelque chose. Je t'assure, mon vieux, que nous ne t'en voulons pas de nous avoir envoyé ce savon la semaine dernière. Du courage, Rattray : tout ça passera. Ce ne sont probablement que quelques fags. Il est vrai qu'on est si négligent chez vous. »
« Vous ne rentrez pas,je pense? » dit M' Turk. Les victimes ne demandaient que cela. « Vous ne pouvez vous figurer l'odeur qu'il y a là-bas. Sales comme vous l'étiez, vous ne pouviez vous en rendre compte, mais après ce petit lavage et celte atmosphère pure et fraîche, même vous en seriez malades. 11 vaudrait mieux camper sur les dunes. Nous vous apporterions de la paille. » Les élèves de King se hâtèrent de rentrer aux accords du « Cadavre deJohnBrown» que chantaient leurs chers camarades. Ils se barricadèrent dans leur classe. Stalky fit immédiatement une croix à la craie sur la porte, avec celte légende : « Seigneur,ayez pitié de nous ! » laissant à King le soin de la découvrir.
Le vent tourna pendant la nuit et porta une odeur de charogne dans les dorloirs de la maison de Macréa. Les élèves, en chemise de nuit, frappèrent aux portes de séparation, fermées à clef, en suppliant leurs camarades de se laver. Les habitants de l'étude n° 5 vinrent à la seconde classe,
ayant chacun au moins une demi-livre de car dans les poches ; King, trop prudent pour dem ce que cela voulait dire, bafouilla un peu et It à la porte. Beetle put ainsi finir en paix une poésie dans son étude.
« Malpas m'a dit qu'ils se servent maint de phénol, » dit Stalky. « King croit que ça des cabinets. »
« Il lui en faudra du phénol au chat, » réf M' Turk. « On peut toujours essayer. Ça occ King. »
" Je vous assure que j'ai cru qu'il allait m quand j'ai reniflé il y a un instant, » dit S « Le grand Burton, lui, pouvait venir renifler a de moi tant qu'il voulait l'autre jour. 11 n'i diait pas Alexandre de crier : ils puent!
notre étude, avant... avant que nous... leui sions fait prendre médecine. Il ricanait, voilà Qu'as-tu donc fait,Beetle, pour le faire rager c< Ça? »
« Ah voilà, c'était une fine plaisanterie à m le tenais. Vous savez comme il discourt toi sur le savant Lipsius. »
« Qui à l'âge de quatre ans cet animal
demanda M' Turk.
« Oui. Chaque fois qu'il entend dire que j' «ne poésie. Eh bien! en m'asseyant, j'ai der à voix basse au grand Burton : — Comrm notre savant Lipsius? Burton s'est mis à ri
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comme un hibou. Il ne savait paa ce que je voulais dire, mais King le savait bien, lui. Voilà pourquoi il est tombé sur nous. Vous ne me remerciez pas ? Et maintenant du silence. Je vais écrire la ballade du savant Lipsius. »
<t Evite les expressions grossières, » dit Stalky. « Je ne voudrais pas être grossier en cet heureux jour. »
a Pas pour rien au monde — une rime à dépotoir l'un de vous? »
Pendant le déjeuner King parla avec aigreur à Prout des élèves à l'esprit corrompu qui faisaient un emploi déplorable de leurs misérables aptitudes pour saper la discipline et pervertir leurs égaux, pour donner libre cours à leur imagination déréglée et pour détruire le respect.
« Mais vous ne sembliez pas penser à cela quand vos élèves disaient que.... que cela puait chez nous. Si vous ne m'aviez pas assuré que vous ne vous mêliez jamais des affaires de vos collègues, j'aurais presque cru que toutes ces bêtises étaient nées de quelques remarques que vous aviez laissé tomber. »
Prout avait souffert longtemps, car King ne se radoucissait guère aux repas.
« Vous-même vous avez parle à Beetle, n'est-ce pas? » interrompit l'aumônier. « Vous lut disiez qu'il ne se baignait pas, qu'il avait peur de l'eau. J'étais au pavillon ce jour-là. a
« J'ai pu le faire en plaisantant. Vraîmei pas la prétention de me rappeler toutes le (jues que je laisse tomber au milieu de ces je sais bien du reste que le nommé Beelle :
facile à émouvoir. »
« C'est possible; mais il possède, — c lui et ses amis possèdent (cela revient au la finesse du démon quand il s'agit de déc faible des gens. J'avoue que je préférerais quelque chose pour me concilier l'étude n° peut-être bêle, — mais jusqu'à présent être le seul ici que ces jeunes gens n'aient ] blé de leurs... attentions. »
« Tout cela est en dehors de la questior besoin de personne pour les mater quant j'espère. Mais ma tâche devient dure, s'il tent moralement supportés par ceux dont 1 devrait être absolue et rigoureuse. Je voi que je ne déteste rien autant que ce qui j sembler à de la déloyauté entre nous. »
Les collègues de King se regardèrent di l'œil, et Prout rougit :
« Je le nie absolument, a dit-il, «.... e reconnais que personnellement je n'aime i ces trois garçons. Il n'est pas juste, pa quent, de... »
« Comptez-vous les laisser continuer enC' temps? » demanda King. •
« Sûrement, » dit Macréa, abandonn
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allié habituel, « s'il faut blâmer quelqu'un, c'est vous, King. Vous ne pouvez les rendre responsables de... vous préférez le vieux mot,je pense?... de la puanteur qui règne chez vous. Voilà mes élèves qui s'en plaignent maintenant. »
« Que voulez -vous?» dit le petit Hartopp. « Vous connaissez les enfants. Ils profitent naturellement de ce qui leur semble une chance providentielle. Voyons, King, qu'y-a-t-il dans vos dortoirs? »
M. King expliqua que, s' étant imposé comme règle invariable de ne jamais se mêler des affaires de ses collègues, il s'attendait à ce qu'on ne se mêlât pas trop ouvertement des siennes. Ces messieurs seraient peut-être heureux d'apprendre, — ici l'aumônier eut un soupir lassé, — qu'il avait pris toutes les mesures jugées nécessaires en l'occasion à son humble avis. Bien plus, il avait dépensé en désinfectants, sans espérer le moins du monde rentrer dans ses débours, des sommes dont il ne voulait pas indiquer le montant. Il avait fait cela parce qu'il savait, à la suite d'une expérience amère, — bien amère, — que l'administration du collège était négligente, arriérée et routinière. 11 ajouterait même : aussi négligente que la direction de certaines personnes qui se permettaient maintenant déjuger ses actions. Pour finir, il donna un sommaire de sa carrière, avec un précis de ses talents et le catalogue de ses grades universitaires. Puis il sortit en faisant claquer la porte.