‹ Stalky & cie: romanChapitre 11 sur 22 · GoO^[c · texte numérisé non relu

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« Hélas! i> fit l'aumônier. Quelle vie mesquine que la nôtre I comme elle nous amoindrît, mes frèreslDieu vienne en aide à tous les mattreslils en ont besoin. »

« Je n'aime pas ces garçons, je le reconnais, » — Prout enfonçait avec colère sa fourchette dans la nappe, — « et je ne prétends pas être fort, vous le savez. Mais j'avoue que je ne vois pas pourquoi je devrais sévir contre Stalky et ses camarades parce que King a la malchance de. . . de., . »

« de se faire prendre à son propre piège, » dit le petit Hartopp. « Certainement, Prout. Personne ne vous accuse d'exciter les élèves d'une maison contre ceux d'une autre par votre négligence. »

« Quelle vie mesquine ! quelle vie mesquine I » dit l'aumônier en se levant. Je vais aller corriger mes devoirs de français. A l'heure du dîner, King aura accablé de ses plaisanteries quelque malheureux enfant de treize ans. II nous répétera ses mots et tout ira bien. »

« Mais ces trois gamins... sont-ils vraiment si

« Quelle bêtise ! » dit le petit Hartopp. « Si vous réfléchissiez une minute, Prout, vous verriez que cette abondance précoce d'imaginations obscènes dont se plaint King ne vient que de lui. Comme dit le poète : il a planté les plumes qui ont aidé la flèche à voler. Il n'est pas content naturellement. Venez une minute au fumoir. Nous ne devrions

pas écouter les enfants, mais nos trois diables sont probablement en train de s'amuser dans la cour à rappeler leur malheur aux élèves de King. Venez : les petites choses plaisent aux petits esprits. »

Le petit réduit derrière la salle commune ne servait guère que de vestiaire. Les fenêtres étaient en verre dépoli; on ne pouvait voir au dehors, mais on pouvait entendre presque tout ce qui se disait dans l'allée. Quelqu'un vint du n° 5 en marchant avec précaution.

« Rattray, a dit le nouvel arrivant à demi voix, — l'étude de Raltray donnait de ce côté. « Sais-tu si M. King est par ici? j'ai quelque chose... » M' Turk laissa prudemment sa phrase inachevée. « Non, il est sorti, » répondit Rattray, sans réfléchir,

« Tiens, le savant Lipsius prend l'air? Son Altesse Royale eslatléese faire désinfecter. » M'Turk grimpa sur la grille, où il se cramponna comme une corneille.

« Et dans tout le collège il n'y avait pas de puanteur qui fût comme la puanteur de la maison de King, car la maison puait fort et personne ne savait d'où venait l'odeur. Personne, sinon King. Et il lava iesfags, privatim et seriatim. Et il les lava dans les étangs d'Heshbon, un tablier autour des reins. »

« Ta bouche, idiot d'Irlandais! » On entendit une balle de golf qui faisait rejaillir les cailloux.

STALKY ET C« IÎQ

« Pas la peine de le fâcher, Rattray. Nous sommes venus causer avec loi. Viens ici, Beelle, ces messieurs sont chez eux, tu ne les sens pas ? »

« Où donc est le Prince Puant ? Un adolescent à l'âme pure, à l'esprit élevé, ne devrait guère se risquer autour de cette maison par le temps qui court. Il est sorti, hein? ça ne fait rien. Je ferai de mou mieux, Rattray. Je suis in loeo parentîs en ce moment. »

( « Voilà pour vous, Prout, » dit Macréa à voix basse, car M. Prout affectionnait cette formule. » )

« J'ai quelques mots à vous dire, mon jeune ami; nous avons à nous entretenir. »

Prout se mit à rire; Beetle, forçant la voix, avait choisi une phrase favorite de King.

« Je vous répète, Monsieur Rattray, que nous avons à nous entretenir. Et nos discours ne traiteront point de choses qui puent — car ce mot est nauséabond et obscène. Nous étudierons, si vous ie voulez bien, Monsieur Rattray, eequej'ose espérer, — nous étudierons... comment dirai-je ?... celte révélation scabreuse d'une démoralisation latente. Ce qui me fait le plus de peine, ce n'est pas tant l'indécence criante avee laquelle vous vous pavanez, chargé de ce fardeau d'ordures, » (imaginez-vous cette harangue ponctuée par les balles que lançait Rattray, fort mal d'ailleurs) « que l'immoralité cynique avec laquelle vous vous ébattez au milieu de vos senteurs détestables. Je suis

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loin de vouloir m'immiscer dans les affaires d'une autre maison... »

( « Grand Dieu 1 » s'écria Prout, « mais c'est King lui-même ! »

« Ligne pour ligne, mot pour mot. Ecoutez, »

dit le petit Harlopp. )

«... mais dire que vous puez, comme certaines gens impudiques et méprisables l'affirment, ce n'est rien dire, — c'est dire moins que rien. En l'absence de votre honoré directeur, que personne ne respecte plus que moi, je vais, avec votre permission, vous expliquer la grossièreté, l'énormité inconnue jusqu'à ce jour, la fétidité effrayante des puanteurs (je préfère le bon vieux mot), des puanteurs dont vous avez jugé bon d'infecter votre maison. .. ah, tant pis j'ai oublié le reste, mais c'était bien beau. Rattray, tu ne nous remercies pas de la peine que nous nous donnons ainsi pour vous ? II y a des tas de types qui n'en auraient jamais fait autant, mais nous ne sommes pas des ingrats, Rattray. »

« Ah non, nous ne sommes pas des ingrats, »

grogna M'Turk. « Nous n'avons pas oublié ce savon. Nous sommes polis. Pourquoi n'es-tu pas poli, Rat ? »

c Tiens! » Stalky arrivait au petit galop, sa casquette sur un œil, nvous adressez une homélie à ces êtres puants? j'ai bien peur qu'on ne puisse plus guère espérer qu'ils se repentent, Rattray I Whitel

Perowne I Malpas! — pas de réponse. Ça va mal, ça va vraiment mal. Sortez donc vos morts, vous avez la morve, espèce de lépreux! »

« Vous vous croyez bien malins ? » dit Rattray, poussé à bout, et oubliant sa dignité. « Ce n'est qu'un rat ou quelque chose comme ça, sous le plancher. On va le déclouer demain. »

« N'essayez donc pas de rejeter la faute sur une

pauvre bête qui ne peut pas se défendre et

morte encore t Je déteste l'équivoque. Parole d'honneur, Rattray »

« Un instant, Hartoffle n'a jamais dit Parole d'honneur, dans toute sa petite vie, » fit observer Beelle.

(i< Ah ! Ah ! » dit Prout au petit Hartopp.)

« Je vous l'avoue. Monsieur, je vous l'avoue, j'espérais mieux de votre part, Rattray. Vous ne pouvez donc pas confesser vos méfaits, comme un homme? Avez-vous jamais pu croire que je manquais de confiance en vous? »

(« Ce n'est pas de la brutalité, » murmura le petit Hartopp, comme s'il répondait à une question que personne n'avait posée. « C'est leur âge, leur âge seulement. »

« El voilà la maison, » disait Slalky, changeant sa voix sautillante et rapide en un ton sérieux et presque tragique, « et voilà le.... le.... dépotoir où l'on osait dire que notre établissement puait. Maintenant ils essayent de s'abriter derrière un «

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rat mort ! Vous m'excédez, Rattray, vous me revotiez I vous m'irritez plus que je ne saurais dire ! Dieu merci je suis un homme calme »

(« Ceci est pour vous, Macréa, » dit Prout.

« J'en ai peur, j'en ai peur. »)

« sans cela j'aurais peine à me contenir devant

votre air moqueur. »

« Cave ! » dit Beetle à voix basse : il avait aperçu King qui descendait majestueusement le corridor.

« Que faites-vous donc ici, mes petits amis ? » commença le maître. « J'avais comme une idée vague — reprenez-moi si je me trompe, » (les collègues de Kïngj qui écoutaient, éclatèrent tous de rire) — « que si je vous rencontrais à la porte de ma maison je vous infligerais diverses punitions et châtiments rigoureux. »

« Monsieur, » dit Beetle, « nous partions nous promener. »

« Et vous vous êtes arrêtés en roule pourparîer à Kattray t »

« Oui, Monsieur, u dit Ratlray, sortant de son étude, « nous jouions à la balle, u

(« Ce Ratlray est plus diplomate que je nel'aurais cru, » observa le petit Hartopp. « Il n'a rien dit qui ne fût strictement vrai. Remarquez cette morale. Prout. »)

« Vous vous divertissez donc avec ces Messieurs ? Ma foi, je dois dire que je ne vous envie pas les

amis que vous choisissez. Sans doute, ils étaient en train de tenir de ces discours libidineux dont ils sont st prodigues depuis quelque temps. Jevous conseille de bien surveiller votre conduite à l'avenir. Ramassez ces balles, » 11 passa.

Le lendemain,Richards,quî avait été charpentier dans la flotte et que l'on chargeait de toutes les petites bricoles, reçut l'ordre de déclouer le plancher du dortoir souslequel M. King pensait que quelque animal était venu mourir.

« Point n'est besoin de négliger nos travaux à cause d'un incident aussi insignifiant. Pourtant je sais que les petites choses plaisent aux petits esprits: il est vrai quej'ai donné des ordres pour que le plancher soit décloué après le déjeuner sous la haute surveillance de Richards. Je crois sans peine que cette opération intéressera vivement des intelligences (si l'on peut dire) tournées d'une certaine façon ; cependant, tout élève de ma maison ou d'une autre qui se laissera surprendre dans l'escalier du dortoir encourra ipso facto un pensum de trois cents lignes. »

Les élèves ne se réunirent pas dans l'escalier, mais la plupart d'entre eux attendirent à la porle de la maison de King. On avait fait promettre à Richards d'annoncer les nouvelles de la fenêtre du grenier et, autant que possible, de montrer le cadavre.

1 34 BTALKY ET c\*

« ("est un chat., un chat mort! » cria Richards en montrant sa face empourprée à la lucarne. Il venait de la chambre fatale où il s'était traîné sur les genoux pendant assez longtemps.

« Un chat? quelle blague 1 » clama M'Turk.

v. C'est unfag mort qu'on a oublié là-haut depuis l'année dernière ; trois hourras pour le fag défunt de Kingl »

On poussa les hourras avec vigueur.

« Montrez-le, montrez-le I nous voulons le voir! » hurlèrent les petits. « Donnez-le aux chasseurs de punaises. » (C'est ainsi qu'on désignait les membres delà Société d'Histoire Naturelle) « Le chat a regardé

le roi il en est mort. Aïe I Husch ! Miaou I »

les cris les plus variés se croisaient.

Richards se montra de nouveau.

« Il est » il s'arrêta brusquement, «... il est

mort depuis longtemps. »

Tout le monde se tordit.

« Allons, venez vous promener, » dit Stalky après une pause savante. « Tout ça est dégoûtant et j'espère que ces lépreux ne recommenceront pas. »

« Recommenceront quoi ? » cria un élève de King avec colère.

« A tuer un pauvre petit chat qui n'a rien fait chaque fois que vous voudrez vous dispenser de vous laver. Il est déjà bien difficile de savoir qui pue le plus. Je préfère le chat, je vous assure. Son

parfum est moins violent. Qu'esl-ce que tu vas faire, Beetle? »

o Je vais rigoler, je vais rigoler tout l'aprèsmidi. Jamais je n'ai rigolé comme je rigolerai aujourd'hui.Nous allons nous terrer dans notre trou. »

En bas, dans l'office, à la lumière du gaz et à coté des souliers alignés, Richards, entouré de ses boîtes à cirage, discourait, devant Oke, de la chambre des maîtres, Gumbly des réfectoires, et la belle Lena, de la blanchisserie.

n Oui, que je vous dis, il était dans un étal dégoûtant. J'en ai presque été malade, mais je l'ai sorti tout de même et j'ai tout arrangé. Ce qu'il puait I on aurait dit de l'eau sale à- fond de cale. »

« C'est en cherchant des souris qu'elle est mc?te, la pauvre bêle, » dit Lena.

« Alors ce chat courait après les souris autrement que tous les autres chais. J'enlève le plancher et je le vois couché sur le dos. Je le [retourne avec mon manche à balai et je m'aperçois qu'il a le dos couvert de plâtre. C'est comme je vous le dis. Sous la tête il avait comme qui dirait un petit oreiller de plâtre qui s'était amassé devant lui quand il a glissé sur le dos. Jamais un chat n'a couru après les souris en glissant sur le dos, Lena. Quelqu'un l'a poussé sous le plancher, aussi loin qu'il a pu. Les chats ne se font pas d'oreiller pour y mourir. On l'a poussé quand il était déjà refroidi. »

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« Vous êtes trop malin pour vivre longtemps, mon gros, » dit Lena qui était fiancée à Gumblv. « II va falloir voua marier. »

« J'ai appris quelques petites choses avant que des filles que je connais fussent nées. J'ai été dans la marine de la Reine, où l'on vous apprend à vous servir de vos yeux. Vous feriez mieux de vous mêler de vos affaires, Lena. »

« C'est-il vrai ce que vous venez de nous raconter? » demanda Oke.

« Ne me posez pas de questions et je ne vous dirai pas de mensonges. II a reçu une balle à travers le corpsqui luia cassé deux côtes, net, comme des brins d'osiers... J'ai vu tout ça en le retournant. Ils sont malins, oh, ils sont malins! mais ils ne sont pas plus malins que le vieux Richards! j'étais tout prêt aie raconter, mais... King a dit que nous ne nous lavions pas, hein? il a laissé ses sacrés garnements crier que ça puait chez nous, pas vrai? il n'a eu que ce qu'il méritait, que je dis ! »

Richards cracha sur un autre soulier et se remit au travail en riant à part lui.

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