LES IMPRESSIONNISTES
Un samedi soir, les maîtres des quatre maisons étaient réunis chez le Révérend John Gillett. Trois pipes et un cigare y mélangeaient leur fumée, ce qui témoignait de la diplomatie habile de l'aumônier. Celui-ci, à la fois état-tampon et confident de tous, avait travaillé pendant huit jours à réconcilier ses hôtes, car King, depuis l'affaire du chat, croyait toujours qu'on se moquait de lui et se fâchait d'un rien. Le Révérend John était gros, toujours bien rasé, sa.moustache était forte et sa bonne humeur inaltérable. Ceux qui ne l'aimaient pas l'appelaient un Jésuite roublard. 11 souriait de les voir réunis, ces quatre hommes si éprouvés, qui causaient de leurs ennuis sans trop d'amertume.
« Ecoutez, » dit-il au cours de la conversation, « je n'insinue rien, mais chaque fois que l'un de vous est entré en conflit avec les élèves de l'étude n° 5, le résultat eu a été plutôt humiliant pour lui.»
« Je n'admets pas ça, » répondit King, « tous
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les jours je pulvérise l'ineffable Beelle et ses camarades, pour leur bien, »
« Soitt voyons votre affaire d'il y a 'deux aoa. Vous rappelez-vous quand Prout et vous les avez poursuivis? — il s'agissait d'une hutte bâlie en dehors des limites, je crois. Avcz-vous oublié le colonel Dabney? »
On se mit à rire, car King n'aimait guère entendre parler de ses exploits de braconnier,
« Et d'une! Puis, quand vous aviez votre cabinet à côté de chez eux, — je disais bien que c'était se mettre dans la gueule du lion, — vous les mites à la porte de leur étude. »
« A cause des bruits ignobles qu'ils faisaient. Voyons, Gillett, vous n'allez pas me dire..... »
« Je ne dis pas, mais vous les mtles à la porte, et le soir même on démolissait tout chez vous. »
« Mais c'était Crolte-de-Lapin, ivre à en crever: il était d'ailleurs- sur la route, » répondit King, « cela n'a rien à voir avec »
Le Révérend John continua :
« En dernier lieu, ils croient entendre mettre en doute leur propreté personnelle, — à leur â"e on est susceptible sur ce chapitre — très bien. Voyez comme dans chaque affaire le châtiment est approprié à l'offense. Vos élèves leur ont dit qu'ils puaient. Huit jours après, des odeurs nauséabondes emplissent votre maison et l'on trouve un chat mort, juste à l'endroit où cela peut vous incom-
moder le plus. Est-ce encore un effet du hasard ? Récapitulons : tous prétendez un jour qu'ils sont entrés sur les terres d'un voisin. Par je ne sais quel étrange enchaînement de circonstances dont ils tenaient peut-être le fil, c'est Prout et vous qu'on prend pour des intrus. Vous les mettez à la porte de leur étude et l'on saccage votre cabinet. J'ai déjà dressé le bilan de la dernière affaire. Eh bien ? w
« On a trouvé le chat au-dessous du dortoir de White, » répondit King. « Comme le plancher y est double, personne n'aurait pu, même de chez moi, en soulever les lames sans laisser de traces. Quant à Grotte-de-Lapin, il était extraordinairement ivre ce soir-là. a
« Le hasard les sert bîen.Je n'ai jamais dit autre chose. Je les aime j beaucoup pour ma part, et je crois qu'ils ont quelque confiance en moi. J'avoue que cela me fait plaisir d'être appelé Padre. Comme nous sommes en bons termes, ils ne me racontent pas de fausses histoires de vol. »
h Vous pensez à l'affaire de Mason, » dit lourdement Prout, a J'ai toujours trouvé l'histoire particulièrement scandaleuse. Le Principal aurait dû intervenir avec plus d'énergie. Mason peut se tromper, mais c'est un homme consciencieux et sincère. »
« Je ne suis pas de votre avis, Prout, » répondit le Révérend John. « Il a pris au sérieux une histoire fantastique, et, autant que j'en puis juger, il
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a accepté, sans examen, le témoignage d'un élè ve. Franchement il a mérité ce qui lui est arrivé. »
a Ils ont outragé Mason de propos délibéré, » reprit Prout. « Ils n'avaient qu'à me dire un mot et c'était fini, mais ils ont préféré profiter de ce qu'il ignorait leur caractère pour l'attirer dans un piège... »
n Cela se peut, » répondit King. et Maïs si je n'aime pas Mason, c'est justement pour la raison qu'invoque Prout en sa faveur : il est plein de zèle. »
« Le vol n'est pas dans nos traditions..... entre nous du moins, » dit le petit Hartopp.
«Ça, ce n'est pas mal dit pour un maître dont les élèves ont enlevé sept têtes de bétail aux électeurs inoffensifs de Northam, n répondit Macréa.
« Parfaitement, » dit le petit Hartopp sans rougir. « Enlever du bétail, faire la chasse aux faucons sur la falaise, et braconner un peu, voilà ce qui nous sauve, a
« Cela fait beaucoup plus de tort au collège... n commença Prout.
« ... qu'un scandale qu'on pourrait étouffer? Certainement. Notre réputation parmi les fermiers est déplorable. Mais je préfère ces fautes-là à... d'autres. »
« Je ne dis pas, » insista Prout, « mais ils ne sont pas de leur flge, ils ont quelque chose d'anormal et, à mon avis,de gâte. Leurs exploits ont des Cous morales qui les conduiront à des méfaits
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plus graves. Je ne sais que faire ; on pourrait le; séparer. »
« C'est une idée, nrépondit Macréa, « mais efl ne me plaît pas. Depuis six ans ils font toutes leur. classes ensemble. »
« Ils disent toujours nous, comme des journalis tes,» — ditKing tout à coup.« Cela m'agace. — Cor kran, donnez-moi votre thème. — Monsieur, nou ne l'avons pas encore tout à fait fini. Nous allon vous l'apporter dans un instant. — Et ainsi de suite Et les autres font de même. »
« Ce nous renferme bien des choses,» dit le peli Hartopp. « C'est moi qui leur fais la trigonométrie M' Turk comprend peut-être un peu de quoi i s'agit, mais Beelle ressemble aux brutes sans âm dès qu'on parle de sinus et de cosinus. Il copie su Stalky, dont les mathématiques font les délices.
« Pourquoi le permettez-vous ? » demand Prout.
h Tout se compense aux examens. Beelle ne reme pas de copie et compte sur son anglais pour 1 sauver. Il doit passer presque tout le temps de m classe à faire des vers. »
« Plût au cîel qu'il me ftt des vers latins ave autant de zèle,» ditKingen se redressant vivemenl « Il fabrique, avec la seule exception de Slalkv les hexamètres les plus barbares que j'aie jamai vus. »
« Chez eux le travail esl organisé, » dit l'aumô
nier. « Stalky fait les mathématiques, M' Turfc le latin et Beetle se charge de l'anglais et du français. Du moins, lorsqu'il était à l'infirmerie, il y a un
« En train de carotter, » interrompit Proul.
« C'est très possible. Eh bien Ij'ai constaté qu'ils traduisaient infiniment moins bien leur Roman d'un JeuneHomme Pauvre. »
« Je trouve cela profondément immoral, a dit Prout. J'ai toujours été contre ce système d'études
« II n'y a pas d'étude où l'on ne s'entr'aîde, mais au n° 5 la chose a été réduite en système. Du reste ils font presque tout méthodiquement, m
« Ils ne s'en cachent pas, » dit le Révérend John. « J'ai vu Beetle et Stalky, qui voulaient aller s'exercer au football, donner la chasse à M' Turk dans l'escalier pour lui faire mettre en vers latins l'élégie de Gray. »
« C'est de la tricherie organisée, » dit Prout d'une voix de plus en plus profonde.
« Allons donc, » répliqua le petit Harlopp. « On ne peut apprendre à une vache à jouer du violon. »
« Ils savent que c'est tricher. »
« Dites donc, » s'écria le Révérend John, « nous avons parlé sous le sceau du secret, n'est-ce pas? »
e Cependant, Gillett, » insista Prout, « vous nous dites que vous les avez entendus se partager ainsi leur travail. »
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BTALKY ET c'" 1,'|3
« Juste Ciel I mon cher ami, je ne veux pas être pris pour témoin â charge. Hartopp vous en a parlé aussi. S'ils apprennent jamais que je les ai trahis, nos bons rapports en souffriraient. Cela me ferait de la peine. »
h Je trouve que vous montrez en ceci un peu de faiblesse, » dit Prou!, regardant autour de lui pour voir si on l'approuvait. « Il vaudrait mieux les géparer,poar quelque temps au moins. Ne le croyezvous pas? »
« C'est ça, séparez-les, » dit Macréa, « et nous verrons si Gilletl a raison. »
« Soyez prudent, Prout. Laissez-les tranquilles ou il vous arrivera malheur, et, chose bien plus importante, ils m'en voudront. J'aime trop mes aises, hélas I pour me laisser, tourmenter par ces espiègles. Où allez-vous donc? » .
« Jamais de la viel Ils n'oseraient pas,... mais je m'en vais réfléchir à tout cela,» répondit Prout. « Cela demande de la réflexion. Us savaient quec'étatl copier et il faut que je songe à mon devoir. »
h II est capable de leur demander leur parole d'honneur. C'est moi qui suis un imbécile. »
Le Révérend John regardait ses collègues d'un air piteux. « Je n'oublierai jamais plus qu'un maître n'est pas un homme. Croyez-moi, » ajouta l'aumônier, a il y aura du grabuge I »
Mais près du Tibre jaune, Le tumulte régnait.
Comme un éclair dans un ciel bleu, (car on était encore dans l'ivresse delà victoire), M. Prout partit dans l'étude n° 5, fit à nos amis un sermon sur l'indignité de leurs procédés et leur annonça qu'ils retourneraient le lundi suivant à l'étude commune. Le dimanche se passa tout entier en un concert do récriminations où il ne manquait ni soli ni chœurs. Les trois camarades n'avaient péché en effet qu'en suivant l'usage plus on moins admis dans toutes les éludes.
<i Aquoi bon rager? «finit par dire Stalky. «Nous sommes tous logés à la même enseigne. 11 faudra aller vivre avec les autres. Nous aurons droit à un casier dans la salle commune et, pendant l'étude, à une place au n" 12. » Il regarda avec regret la pièce confortable que M' Turk, leur chef en matière d'art, avait ornée d'une boiserie, de patrons et de tentures en cretonne.
« C'est ça! à tout instant Pied-de-Vache viendra comme un vieux chien mal peigné voir ce que nous faisons. Par le temps qui court il ne vous laisse jamais tranquille, » dit M' Turk. « Ah oui I ce sera du propre t »
a Pourquoi n'èles-vous pas au cricket? j'aime les garçons sains de corps et d'esprit. Il ne faut p;:s rester enfermés comme ça. Occupez-vous de I'hou-
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neur de volrc maison, » dit Beelle en citant les paroles du maître, — « et allez donc I a
« Mais oui, c'est ça! pourquoi pas ? Noos allons nous en occuper de noire maison, nous en occuper sans relâche. Il y a un an qu'il ne nous a pas vus dans les salles communes. Nous avons appris bien des choses depuis ce temps-là. Nous en ferons une maison é-pa-tante, vous verrez I Vous rappelez-vous AansErie ou Saint- Winifred ce type qui s'appelle Bélial quelque chose ? C'est moi qui vais faire Bélial, » dit Stalky avec un sourire charmant.
« Très bien ! » dit Beelle. « Moi je ferai Mammon. Je ferai de l'usure.... on en fait dans tous les collèges à en croire le B. 0. P. (i). Deux sous par semaine et par sheliing : voilà de quoi troubler la faible intelligence de Pied-de-Vache. Toi, Turkey, lu seras Lucifer. »
« Que faudra-t-il faire ? » demanda M'Turk en souriant aussi.
< Des complots, des cabales.... des boycottages. Livre-toi à ces intrigues ténébreuses dont Piedde-Vache parle toujours. Allons-y! »
Leurs camarades leur témoignèrent à l'occasion de leur chute celle sympathie blagueuse qu'on accordait toujours aux élèves privés de leur étude. On s'intéressa d'autant plus à eux qu'on savait qu'ils restaient volontiers à l'écart.
(i) Boys' Own Paper, — journal destine à la jeunesse, 1res lu en Angleterre. (N. D. T.)
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« Ça rappelle ie bon vieux temps, pas vrai ? » dit Stalky, en choisissant un casier où il jeta ses livres. « Nous allons rigoler un peu avec vous, mes jeunes amis, car notre maître bîen-aimé nous a chassés de notre trou. »
a C'est bien fait, « s'écria Orrin, « cela vous apprendra à copier I »
n Ça, ça ne peut pas aller, s dit Stalky. « Nous ne pourrons jamais conserver notre beau prestige, mon cher Orrin, si nous te laissons dire des choses pareilles. »
Les trois amis entourèrent le jeune garçon de leurs bras, le poussèrent vers la fenêtre à guillotine et baissèrent le châssis jusque sur sa nuque. Ils lui attachèrent vivement avec une ficelle les pouces derrière le dos et, comme il lançait force ruades, jls lui enlevèrent ses souliers.
C'est ainsi que M. Prout le trouva quelques instants après, guillotiné et réduit à l'impuissance. U était entouré d'un groupe de camarades qui se tordaient de rîre au lieu de lui porter secours.
Stalky avait réuni, en prévision d'une vengeance,' tous ses amis dans une salle en haut. Orrin y monta bientôt à la tête d'une colonne d'assaut et là salle s'emplit d'un nuage de poussière au milieu duquel les combattants luttaient en ébranlant le plancher et en poussant des cris sauvages. Un pupitre disparut dans la mêlée, un groupe de guerriers brisa dans sa chute le panneau d'une porte, des.
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vitres furent cassées et un bec de gaz se i Au milieu de la confusion, les trois amis s rent dans le corridor où leurs appels atti nouveaux combattants qu'ils envoyèrent part à la lutte.
« A la rescousse King ! King 1 King 1 Se A la rescousse, Prout ! Prout I A la rescoi créa ! A la rescousse Hartopp 1 »
Les plus jeunes élèves sortirent co abeilles d'une ruche, montèrent bruyamr calier et, sans faire de questions, allèrent ter le tumulte.
« Ce n'est pas mal pour la première soi Slalky en rajustant son col. « C'est Proui vexél II faudrait nous créer un alibi, m IIî rent donc l'heure de l'étude, juchés sur le la maison de King.
« Vous voyez, » dit Stalky, comme il geaient lentement vers l'étude en même t la vile multitude, « si l'on met aux prises I des différentes maisons, il est à parier trouvera un imbécile pour faire du grab de bon. Tiens t Orrin. Tu as l'air tout cho
« C'est de ta faute, sale animal ! c'est vo qui avez commencé. Nous avons deux cei chacun, et Pied-de- Vache vous cherche. ^ ment celte brute de Malpas m'a arrangé 1
« Comment ! c'est nous qui avons con Qui donc nous a reproché d'avoir copié ?
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intelligence ne sait donc pas rapporter un effet à sa cause ? Un de ces jours tu finiras par comprendre qu'il ne faut pas plaisanter avec l'étude n" 5. »
a Et mon shelling, quand me le rendras-tu ? h dit tout à coup Beelle.
Bien que Stalky ne vît pas Prout derrière eux, il donna la réplique sans hésiter.
« Je ne te dois quedix-huitsous, vieil usurier I »
« Tu oublies les intérêts, » dit M' Turk. « Un sou par semaine et par shelling, c'est le tarif de Beetle. Tu dois être salement riche, Beetle. »
« Voyons, Beetle m'a prêté douze sous. » Stalky s'arrêta court et lit semblant de compter sur ses doigts. « C'était le rg, pas vrai? »
« Oui, mais tu n'avais pas payé les intérêts du shelling que je t'avaisprêté l'autre fois. »
« Mais tu as pris ma montre comme gage. » Le jeu se développait presque automatiquement.
« Ça ne fait rien, je veux mes intérêts, ou tu auras à payer les intérêts des intérêts. Rappelletoi que j'ai un billet de toi, » s'écria Beetle.
« Tu n'es qu'un Juif sans entrailles, » répondit piteusement Stalky.
« Chut ! » dit M' Turk trèshaut et en tressaillant au moment où M. Prout les rejoignait.
« Je ne vous ai pas vus dans le désordre de tout à l'heure, » dit ce maître.
« Quel désordre, Monsieur ? Nous venons de chez M. King, » répondit Slalky. « Dites, Monsieur,
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que faut-il que je fasse? On a cassé le pupitre que vous m'aviez dit de prendre, et le banc est inondé d'encre. »
« Prenez une autre place.... une autre place. Me prenez-vous pour votre bonne d'enfant? Mais je veux savoir, Beetle, si vous avez l'habitude de prêter à la petite semaine, w
« Non, Monsieur, pas en général. »
a Ce sontlà des agissements très répréliensibles. J'aurais cru que mes élèves au moins ne feraient pas cela. Malgré l'opinion que j'ai de vous, je ne croyais pas que ce fût là un de vos défauts. »
« Il n'j a pas de mal à prêter de l'argent, n'estce pas, Monsieur ? »
« Je n'ai pas à discuter ces questions avec vous. Combien avez-vous prêté àCorkran ? »
« Je... je ne sais pas au juste, m dit Beetle. Il est difficile d'improviser en un instant toute une entreprise.
« Vous aviez pourtant l'air de la savoir à l'instant. »
« C'est deux shellings quatre, je crois, » dît M' Turk, en lançant un regard de mépris à Beelle.
Les finances de nos amis étaient terriblement embrouillées et il y avait une somme de deux shellings quatre que Beetle et M'Turk revendiquaient tous les deux, comme leur part sur le produit de la mise en gage d'un des pantalons de Stalky. Celuici soutenait cependant, depuis six mois, que les
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deux shellings quatre lui étaient dus comme commission pour avoir négocié le prêt. Bien entendu il avait dépensé l'argent en mangeailles pour les trois amis.
« Ecoulez-moi bien. Il faudra cesser vos opérations usuraires. Vous disiez donc deux shellings quatre, Corkran? »
Slalkyquin'avaitrîen dit continua de se taire.
« La mauvaise influence que vous exercez sur vos camarades est bien assez forte déjà, sans que vous les teniez encore dans votre dépendance, h Il chercha dans ses poches et en sortit (oh joie !) deux shellings et quatre pence, « Apportez-moi ce que vous appelez le billet de Corkran et soyez heureux que je ne pousse pas les choses plus loin. Corkran, je retiendrai cette somme sur votre argent de poche. Tout de suite le billet, n'est-ce pas? »
Peu leur importait ! Deux shellings quatre en une fois valent toujours mieux que six fois douze sous.
« Je voudrais bien savoir, par exemple, ce que c'est qu'un billet, » demanda Beetle. « J'ai simplement vu ce mot-là dans un livre. »
« Eh bien! maintenant il faut que tu en fabriques un, » dit Stalky. « Mais notre encre ne devient noire que le lendemain (i). Il pourrait remarquer ça?»
•t beaucoup d'une encra bleue qui
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« Pas de danger. Il a d'autres chats à fouetter, » dit M'Turk; « signe ton nom sur un bout de papier, Stalky, et écris : Je te dois deux shellings et quatre pence. Hein I est-ce malin d'avoir tiré ça de Prout? Stalky n'aurait jamais payé..,. Qu'est-ce que tu fais, imbécile ? »
Beetle venait de donner machinalement l'argent À Stalky, le trésorier de l'association. Les vieilles habitudes sont difficiles à vaincre.
En recevant le billet, Prout expliqua à Beetle que l'usure était une chose vile, qu'elle semait la cor ruption dans les collèges (comme tout du reste, sauf le cricket obligatoire), qu'elle détruisait toute bonne camaraderie, qu'elle rendait la jeunesse froide et égoïste, et qu'elle ouvrait la porte à tous les maux. Enfin Beetle connaissait-il d'autres affaires de ce genre? S'il en connaissait, son devoir était de le dire à son maître et de témoigner ainsi de son repentir. On ne lui demandait pas de citer de noms.
Beetle ne savait pas.. .du moins, il n'était pastrès sûr. Pouvait-il accuser sescamaradesîOn ne faisait peut-être que ça dans la maison. 11 feignit une anxieuse délicatesse. Il ne pouvait rien dire. Il n'avait pas trouvé dans son métier de concurrents déclarés, mais si M. Proutpensait que cette affaire touchait à l'honneur de la maison (M. Prout était de cet avis), il vaudrait peut-être mieux que les moniteurs... »
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Il fit durer ainsi l'interrogatoire pendant la moitié de l'étude.
Le Shylock amateur revint à la salle d'étude et se laissa choira côté de Stalky. « Si Prout, » lui dit-îl, « n'est pas convaincu à cette heure que la maison est pourrie d'usure, je ne suis qu'un Hollandais.... voilà tout.... — Au maître : — Je viens ducabinet de M. Prout, Monsieur. Il m'a dit de me mettre où je voudrais..;. — Ce qu'il était ému ! il ruisselle de sueur I... — Oui, Monsieur, je demandais seulement à Corkran de me laisser prendre de son encre. »
Comme nos amis se dirigeaient vers le dortoir, après la prière, Harrison et Craye, premiers moniteurs de la maison et fort zélés dans l'exercice de leurs fonctions, les abordèrent très en colère.
« Dis donc, Beetle? Qu'est-ce que tu as encore fait à Pîed-de- Vache ? Il nous a sermonnés toute la soirée. »
« Et pourquoi donc Sa Transparence Sérénissime vous a-t-elle contrariés ? » demanda M' Turk.
« Au sujet de l'argent que Beetle a prêté a Stalky. Beetle est allé dire à Prout qu'il y avait beaucoup d'usuriers dans la maison. »
« Non, mon vieux, » dit Beetle, s'asseyant sur un panier où l'on mettait les souliers, « voilà justement ce que je ne lui ai pas dit : j'ai dit la simple vérité. Il m'a demandé s'il y avait beaucoup d'usuriers dans la maison et jelui ai répondu quejen'en savais rien.»
« Pour lui, vous êtes une bande de sale looks, » dit M' Turk. « C'est encore heureu vous qu'il ne vous prenne pas pour des v Une fois que cet homme consciencieux a ui en tête, elle n'en sort plus, vous le savez hier « C'estun homme animédesmeilleuresinte Il a tout fait pour le mieux, » dit Stalky en tillant avec grâce autour de la rampe. « trouvé la tête dans un tuyau, une confession de lui dans le soulier gauche. Mais pour l'h de la maison, c'est très... »
a Ferme ça, » dit Harrison. « On dirait U que c'est vous qui êtes les moniteurs quan des observations à vous faire, »
« Vous avez trop de toupet, » dit Craye.
« Je ne vois pas qui a du toupet ici.except
Pourquoi donc vous mêlez-vous d'une affaire
entre Beelle et moi et que Prout a déjà arra
Slalky cligna gaiement de l'œil à ses amis.
« Voilà l'ennui des petits prodiges,» dit ï en regardant le bec de gaz. « Ils deviennent teurs avant d'avoir du tact et viennent e ceux qui pourraient les aider à veiller sui neur de la maison. »
« Nous ne vous donnerons pas celte peitt dit Craye exaspéré.
h Pourquoi donc nous agacez-vous, alors manda Beetle. |o D'après ce que vous dite niâmes, vous avez été tellement négligen
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votre surveillance que Prout croit la maison pleine de prêteurs à la petite semaine. Je lui ai dit que j'avais prêté de l'argent à Stalky et à personne autre. Je ne sais s'il m'a cru, mais cela ne me regarde pas, c'est votre affaire. »
« Il paraît, » dit Stalky en haussant la voix, « qu'il y a un coup monté dans la maison tout entière. 11 se peut que les fags empruntent des sommes considérables les uns aux autres. Nous n'en sommes pas responsables. Nous ne sommes pas gradés, nous autres 1 »
« Et vous vous étonnez que nous ne tenions pas à fréquenter nos camarades I a dit M'Turkavec dignité, m Nous sommes restés à l'écart dans notre étude jusqu'à ce que l'on nous ait mis à la porte de chez nous, et nous voilà maintenant mêlés à toutes ces histoires: c'est absolument honteux 1 »
« Puis vous tombez sur nous dans l'escalier, » dit Stalky, « à propos d'affaires qui ne regardent que vous. Vous savez bien que nous ne sommes pas moniteurs. »
« Et voilà que vous nous menacez d'une correction, » dit Beelle, qui se mit à inventer de toutes pièces en voyant l'étonnement se peindre sur le: visage de ses adversaires.
« Et si vous vous figurez que ces façons-là vous serviront à quelque chose, vous vous mettez le doigt dans l'œil. Voilà tout. Bonsoir. »
Ils montèrent bruyamment l'escalier. Leurs dos
se redressaient sous l'outrage offert à leur vertu.
« Mais que diable leur avons-nous fait ? » demanda Harrison à Craye avec stupéfaction.
« Je n'en sais rien, mais c'est toujours comme ça dès qu'on a affaire à eux. Ils ont toujours réponse à tout. »
M. Prout fit venir de nouveau ses bons élèves et parvint à plonger ces âmes candides dans un trouble encore dix fois plus profond. Il leur parla de l'attitude et des mesures à prendre, du niveau moral de la maison, de la loyauté qui devait régner parmi les élèves et que les moniteurs devaient observer eux aussi. Enfin, H les engagea à faire preuve de tact dans cette aventure.
Les moniteurs demandèrent donc à Beetle s'il était en relation d'affaires avec quelque autre personne. Beetle alla promptement se plaindre à Prout de ce que Harrisson et Craye se mêlaient d'une histoire que le maître avait déjà réglée. Personne ne savait mieux que Beetle jouer l'innocence outragée.
Prout pensa alors qu'il avait été peut-être injuste envers le coupable qui n'avait cherché ni à cachernï à pallier sa faute, 11 appela Harrison et Craye et leur reprocha doucement le ton qu'ils avaient pris envers uu pécheur qui se repentait. Les moniteurs revinrent absolument désespérés à leur étude. Ils se lancèrent dans une enquête générale, rendant les fag$ à moitié fous, et mettant à jour avec grande pompe et ostentation tous les petits prèls naturels et iné-
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vitables que les écoliers de cet âge ont l'habitude de se faire entre eux.
« Vois-tu, Harrison, le petit Thornlon m'a prêté deux sous samedi dernier parce que j'avais une amende à payer pour avoir cassé un carreau. Je les ai dépensés chez Key te. Je ne savais pas que c'était détendu. Et puis quand mon oncle m'a envoyé un mandat de cinq shellings que j'ai touché chezKeyte, ie grand Wray m'a emprunté quatre sous, mais il me les rendra avant les vacances. Nous ne savions pas qu'il y avait du mal à ça. n
Les deux moniteurs passèrent ainsi des heures entières, mais sans trouver d'usure ni rien qui ressemblât aux intérêts exorbitants de Beetle. Comme les élèves, en dehors desjeux obligatoires, n'étaient tenus par aucune tradition à montrer du respect aux moniteurs, les plus grands les invitèrent brièvement à se mêler de leurspropres affaires. Personne ne voulut rien dire à aucun prix. Harrison était un idiot, Crayc en était un autre, et le plus grand de tous était le maître de la maison.
Une fois qu'on a jeté le trouble dans une maison, on voit les élèves, même quand ils n'ont rien à se reprocher, former des groupes et des coteries, se réunir à la tombée de la nuit, tenir des assemblées dans les chambres de débarras et s'attrouper dans les corridors. Et quand trois espiègles se glissent d'un groupe à l'autre, en affectant un air mystérieux, en criant : « Cave! » quand il n'y a
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rien à craindre, et en murmurant : « ne le répète pas » à la fin d'un conte fantastique qu'Us viennent d'inventer à l'instant même, tout cela suffit pour donner un air de complot et d'intrigue à une maison.
Au bout de quelques jours Prout finit par s'apercevoir qu'il vivait au milieu d'embûches de toutes sortes. Des mystères l'enveloppaient de tous côtés, des cris d'avertissement précédaient sa marche lente et, derrière son dos, il pouvait entendre murmurer des mots de passe. M'Turk et Stalky inventèrent des phrases absurdes qui ne voulaient rien dire... des mots qui se répandaient dans la maison comme le feu dans du chaume. L'enquête sur l'usure n'eut pour résultat que de donner lieu à une plaisanterie délicieuse. Un élève n'avait qu'à dire à no de ses camarades avec une gravité effrayante : « Crois-tu qu'il y en ait beaucoup chez nous? » et l'autre de répondre : « On ne sait jamais, ma foi ! » On peut se figurer l'effet produit par ce manège sur un maître humain et bien intentionné. D'ailleurs, un homme qui a cherché vraiment à gagner l'estimé de ses disciples n'aime pas à s'entendre appeler Prout le Populaire, par un Celte à l'aspect ténébreux, aux cheveux noirs, à la langue bien pendue. Un homme tel que Prout est ému quand il apprend qu'un élève dont il se méfie raconte, entre chien et loup, des histoires extraordinaires dans les études. Même la politesse tendre
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etrafûnée dont Stalky enveloppait Prout, celte politesse que les grandes personnes avisées montrent à un enfant effaré, ne parvenait pas à rendre au maître sa tranquillité d'esprit.
« Il me semble que le niveau moral de la maison n'est plus le même : il a baissé, n'esl-ce pas? » dit Prout à Harrison et à Craye. « Je n'insinue pas le moins du monde que... »
Il n'insinuait jamais rien, mais, d'un autre côté, il ne faisait jamais que ça, et avec les meilleures intentions du monde il avait mis les deux moniteurs dans un état qui, pour des garçons bien portants comme eux, touchait presque à la nervosité. Chose encore pire, ils se demandaient parfois si Stalky et C iB n'avaient pas raison d'appeler Prout un âne triste.
« Vous savez bien que je ne suis pas un homme à me laisser émouvoir par des riens. Je suis d'avis qu'il faut laisser les élèves travailler à leur propre salut, tout en tenant les rênes d'une main ferme et légère. Mais on voit le respect s'en aller; le niveau moral, dans tout ce qui touche à l'honneur de la maison, a baissé, les cœurs se sont comme endurcis. »
Oh Prout est un seigneur, un seigneur, un seigneur I Pied d'vach' est un seigneur I II travaille beaucoup Sa popularité...
Sa po-pu-la-ri-té. ., Dont il est si jaloui 1
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La porte du cabinet de Prout était entrebâillée, et l'on entendait au loin une vingtaine de voix fraîches qui chantaient dans une salle d'étude. Les paroles étaient de Beetle,et le refrain plaisait assez
a Un homme de bon sens ne trouvera jamais à redire à ça, » dit Prout avec un sourire embarrassé, « mais un fétu de paille peut montrer de quel côté vient le vent. Attribuez-vous ce trouble à des influences quelconques? Je vous parle en ce moment comme aux premiers de ma maison. »
« II n'y a pas le moindre doute à avoir, » répondit Harrison avec véhémence. « Je sais ce que vous voulez dire. Tout cela a commencé le jour où Slalky et les autres sont revenus dans les salles communes. Inutile de vouloir fermer les yeux, Craye. Tu le sais aussi bien que moi. »
u Parfois, » dit Craye, « ils nous rendent notre tâche difficile, par leurs manières plutôt qu'autre ment, c'est là l'idée d'Harrison. »
« Vous gênent-ils donc dans l'exercice de vos fonctions ? »
o Pas exactement, Monsieur. lisse contentent de nous regarder faire, de rire et de se moquer de nous. »
« C'est bien ça, » dit Prout, plein de sympathie-
« Monsieur, » dit Craye, entrant en plein dans son sujet, « je crois qu'il serait préférable de les renvoyer à leur élude, — cela vaudrait mieux pour
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tout le monde. Ils ne sont plus d'un âge à traîner dans les salles communes. »
« Ils sont plus jeunes qu'Orrin ou Flint ou une dizaine d'autres que je pourrais nommer. »
« Certainement, Monsieur, mais ce n'est pas la même chose. Ils ont une certaine influence. Ils ont le don de tout bouleverser sans qu'on puisse rien leur dire. Du moins si l'on dit quelque chose... m
n Vous pensez donc qu'il vaudrait mieux leur rendre leur étude ? »
Tel était en effet l'avis des deux moniteurs. Harrison dit à Craye plus lard : « Ils ont affaibli notre autorité. Ils [sont trop grands pour qu'on les corrige ; ils se sont payé notre tête avec cette histoire d'usure, et nous voilà la risée de tout le collège : je me présente(à Sandhurst sous-entendu) dans six mois, et ils m'ont déjà fait perdre la moitié de mon temps avec leurs insanités. S'ils rentrent dans leur étude ils nous laisseront peut-être tranquilles. »
« Tiens 1 Harrison, » dit M' Turk apparaissant tout à coup et toujours prêt à saisir l'occasion. « Case maintient-il, mon vieux? Tant mieux. Ça passera, mon ami, ça passera I »
n Que veux-tu dire ? »
« Tu as l'air un peu soucieux, » reprit M' Turk. Quel métier fatigant que de veiller à l'honneur de la maison, pas vrai? A propos, combien avez-vous trouvé de criminels? »
« Ecoute, » dit Harrison, espérant qu'on lui en
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saurait gré. « Nous avons proposé à ProuL de tous rendre votre étude. »
« Nom d'un nom ! et qui donc êtes-vous, par tous les diables pour vous mêler de nos affaires ? Par mon saint patron! vous nous mettez à l'épreuve vous autres... et rudement encore. On ne peut pas savoir, il est vrai, jusqu'à quel point vous profitez de voire position pour nous faire du tort auprès de M. Prout, mais voilà que vous m'arrêtez au passage de propos délibéré pour me direque vous vous êtes entendus avec lui à notre sujet sans nous consulter... je... je ne sais pas ce que nous devons faire. »
n Ça, c'est salement injuste 1 » s'écria Grave.
« Je te croîs ! » M' Turk prît un air de gravité effrayante qui allait bien à son long visage maigre. « Saperlipopette I Un moniteur et un pion ça fait deux, mais vous m'avez l'air d'être l'un et ['autre. Vous proposez ceci, vous proposez cela. C'est vous qui décidez quand et comment nous rentrerons dans notre élude I »
« Mais... mais, Turkey.... nous pensions que cela vous ferait plaisir,... nous le croyions vraiment. Vous savez que vons serez bien mieux chez tous, » ditHarrison, presque en larmoyant.
M' Turk les quitta brusquement, comme pour cacher les émotions qui l'agitaient.
v Ils sont à boul! » Il alla trouver Stalky et Bcetle dans une chambre de débarras. « Us en ont
assez 1 Ils viennent d'implorer Pied-de-Vache de nous laisser rentrer au n° 5. Les pauvres ! les pauvres petits I »
n Ils nous tendent le rameau d'olivier, » remarqua Stalky. « C'est le drapeau blanc, il n'y a pas d'erreur! Tu penses! nous les avons matagrabolisés ! »
Le jour même, M. Prout les fit venir après le thé pour leur dire que s'il leur plaisait de négliger leur travail et de ruiner ainsi leur avenir, cela ne regardait qu'eux. Il voulait seulement les avertir qu'on ne pourrait plus tolérer leur présence dans les salles communes, ne fût-ce qu'une heure. Quant à lui, il préférait ne pas songer au temps qu'il lui faudrait consacrer à éliminer les traces déplorables qu'ils laissaient derrière eux. II saurait plus tard à quel point Beetle avait exploité les mauvais penchants de ces jeunes imaginations. Beetle d'ailleurs pouvait étresûrquesîM. Prout constatait ces effets pernicieux...
a Des effets de quoi? » demanda Beetle qui cette fois n'y comprenait plus rien. M' Turk lui allongea un coup de pied à la dérobée, pour lui apprendre à se laisser entraîner à répondre à Prout.
Beetle, continua le maître, savait très bien de quoi il s'agissait. Les carrières des trois camarades ■' s'étaient déroulées sous les yeux de Prout; elles avaient été courtes et déplorables ; et comme le maître se trouvait in loco parentis à l'égard de ceux qu'ils n'avaient pas réussi encore à corrompre, il
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était de son devoir de prendre des précautions. A la fin de son sermon il leur rendit la clef de leur étude.
« Mais,» demanda Beelle dans l'escalier, « qu'estce que cette histoire d' imaginations corrompues? m
« Je n'ai jamais ru quelqu'un d'aussi bête que toi, » dit M* Turk. « Pourquoi veux-tu toujours te justifier ? J'espère que je t'ai bien écorché la cheville. Tout le monde réussit à te faire monter à l'échelle. »
« Je m'en fiche t j'ai dû le loucher au bon endroit sans le savoir. Si j'avais deviné ça plus tôt, j'auraisjpu appuyer un peu plus fort. Il est trop tard maintenant. Quel dommage ! Imaginations corrompues, que voulait-il dire par là? » .
« Peu importe, » dit Stalky.« Je savais que nous ferions le bonheur de la maison. Vous vous rappelez que je l'ai dît., mais, parole d'honneur ! Je né pensais pas que nous irions si vite. »
« Non, «disait Prout avec énergie dans la salle des maîtres. « Je maintiens que Gillett a tort. Il est vrai que je les ai laissés rentrer dans leur étude. »
« Malgré vos opinions bien connues au sujet des élèves qui copient ? » demanda doucement le petit Hartopp. « Quelle honteuse compromission I a
<< Un instant, » dit le Révérend John, h Nous gardons depuis dix jours un silence désespérant,'
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mais maintenant il faut que nous sachions tout. Avouez que vous n'avez pas connu un seul instant de tranquillité depuis que... »
« J'avoue que non,» répondit Prout, « du moins en ce qui concerne ma maison. Mais votre opinion sur ces trois garçons-là n'en est pas moins absolument erronée. Mon devoir envers les autres... envers moi-même... »
« Ah 1 j'ai dit que nous en viendrions là, » murmura le Révérend John.
«... m'aobligé de les renvoyer à leur étude. L'influence qu'ils exerçaient sur leurs camarades était extraordinaire... absolument extraordinaire. »
Petit à petit il raconta l'histoire, depuis les opérations usuraires de Beetle jusqu'à la plainte des deux moniteurs.
« Je ne connaissais pas encore Beetle dans le rôle de Shylock, » dit King en se mordant les lèvres, « J'ai bien entendu quelques vagues rumeurs... »
« Avant I » dit Prout.
« Non, après que vous avezeu affaire à eux ; mais je pris bien soin de ne rien demander. Je n'interviens jamais... »
h Quant à moi, » dit le petitHartopp,« je donnerais volontiers cinq shellings à Beetle s'il me faisait le moindre calcul d'intérêts composés sans trois erreurs graves. »
« Mais... maïs... mais I » Mason, le professeur de mathématiques, bégayait et dans ses yeux b'ril-
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lait une joie féroce. « Us vous ont mis dedans.... tout comme moi I »
« Ainsi vous avez fait une enquête ?» la voix du petit Hartopp couvrit celle de Mason avant que Prout eût saisi le sens de la phrase.
« Beelle lui-même, » répondit Prout, « a laissé entendre qu'on se prêtait pas mal d'argent dans la maison. »
« Il est passé maître dans l'art d'insinuer, » dît l'aumônier. « Mais quant à l'honneur de la maison.... »
« Il s'est trouvé diminué en huit jours. Depuis des années je m'efforce de le rehausser. Mes moniteurs... et vous savez que les élèves n'aimentpas à se plaindre de leurs camarades... m'ont supplié de les en débarrasser. Vous dites, Gillett, que vous avez leur confiance; ils vous raconteront peut-être l'affaire autrement. Pour moi qu'ils aillent au diable, s'ils veulent. J'en ai par-dessus la tête, » dit Prout avec amertume.
Ce futle Révérend John, à la physionomie rieuse, qui se rendit chez le diable. Au n*> 5, on venait déranger les assiettes, aprèsavoir faithonneurà un bon petit festin (ci ; deux shellings quatre) et l'on allait se mettre au travail quand l'aumônier parut. « Entrez donc, Padrél «dit Stalky en lui offrant la plus bellechaise. « Depuisdix jours nous n'avons avec vous que des rapports officiels. »
« Vous étiez condamnés, » répondit le Révérend
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John, « Je ne fréquente pas les malfaiteurs. »
« Mais nous voici réhabilités, » dit M' Turk. « M. Prout s'est radouci. »
<i Notre réputation est maintenant sans tache, » dit Beetle. « Cette affaire nous a été bien pénible, Padré, terriblement pénible. »
« Et maintenant, mes enfants, réfléchissez un instant et tâchez de comprendre. C'est de votre réputation que je veux vous parler ce soir. Pour me servir de votre langage : que diantre avez-vous fait dans la maison de M. Prout ? Il n'y a pas de quoi rire. M. Prout dit que vous avez tellement abaissé le niveau moral de la maison qu'il a dû vous renvoyer à votre étude. Est-ce vrai? »
o C'est la vérité même, Padré. »
« Ne me répondez pas comme ça, Turkey.
Ecoutez-moi bien. Je vous ai dit bien souvent qu'aucun élève ne pouvait faire plus que vous autres pour le bien ou pour le mal. Vous savez que je n'ai pas l'habitude de vous faire de la morale : je ne crois pas que le petit de cet animal qu'on appelle homme comprenne ce genre de discours avant qu'un certain nombre d'années aient passé sur sa tête. J'aime à croire cependant que vous n'avez pas cherché à pervertir vos jeunes camarades. N'interrompez pas, Beetle. Ecoutezmoi. L'idée de M. Prout est que vous avez corrompu vos compagnons d'une façon ou d'une autre. »
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« M. Prout a tant d'idées, voyez-vous, Beetle avec ennui. « Laquelle est-ce ? »
« Eh bien t il me dit qu'il vous a ente tombée de la nuit, raconter à mi-voix un dans une classe. Au moment où il ouvrai Orrin disait : — tais-toi Beetle; c'est trt tant. — Eh bien? »
« Vous rappelez-vous la Ville ass M me Oliphant, que vous m'avez prêtée mois? » demanda Beelle.
Le Padré fit signe que oui.
« C'est là quej'ai pris mon idée. Seuh place de la ville j'ai mis le collège dans lard. Les spectres des élèves morts l'as viennent tirer par les pieds leurs canif dorment dans les dortoirs. Je n'ai pris qu noms d'élèves. On raconte ça à voix 1 avec les noms. Orrin n'aimait pas ça du sonne ne m'a jamais laissé achever. A devient horrible. »
« Mais dites-moi pourquoi vous n'avez que cela à M. Prout, au lieu de le laisser pression que... »
« Padré Sahib,»dit M'Turk,« ça ne i d'expliquer quelque chose à M. Prout.
d'une impression il est sûr d'en avoir un
« Du reste ses intentions sont les mei monde. Il se trouve in loco parentis, »
doucement Slalky.
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h Quels jeunes démons ! » s'écria le Révérend John. « Faut-il entendre par là que cette histoire d'usure était aussi une des impressions de M. Prout? »
« Pas tout à fait. Nous y avons contribué un peu, » répondit Stalky. « Je devais deux shellings quatre à Beetle, c'est vrai... du moins Beetle le dit, mais je n'avais jamais l'intention de le payer. Nous nous sommes mis à discuter dans l'escalier et... et... M. Prout est survenu à ['improviste. Voilà comme ça s'est passé, Padré. Il m'a payé à l'instant même, comme un milord (ce qui ne l'a pas empêché du reste de retenir la somme sur ma semaine). Beetle lui a donné le billet que j'avais signé, bien en règle. Voilà tout ce que je sais. »
« J'ai été tropscrupuleux, » dit Beetle, « comme toujours, du reste. Vous voyez, Padré, M. Prout avait une impression, et j'aurais du peut-être lui faire voir clair. Mais, je vous le demande, pouvais-jeêtre sûr qu'il n'y avait pas un tas d'usuriers dans sa maison? Je pensais que les moniteurs en sauraient plus long que moi. Ça les regarde. Les moniteurs, c'est le vrai palladium des écoles publiques. »
« Ils ont fini par en savoir plus long que toi, » dit M'Turk. « Impossible, Padré, de trouver deux garçons plus consciencieux, animés de meilleures intentions, d'un caractère plus droit, à l'âme plus candide. Har ri son et Craye ont bouleversé toute la
maison avec les meilleures intentions du mon « C'est ce qu'ils disaient :
Leur voix sonnait très haute et claire.
Leur ton n'était pas ordinaire. »
déclama Stalky.
« Mon impression à moi, » dit le Révérend 3 « c'est que vous serez sûrement pendus tou trois. »
« Comment? Nous n'avons rien tait, nouf trcs, a répondit M' Turk. « Tout est ven M. Proul. Avez-vouslu un livre qui parle de !a japonaise? Mon oncle le marin me l'a donné bien joli livre. »
« Turkey,. pas de faux-fuyants l »
« Je n'en cherche pas, Monsieur. C'est un e:
pie quejevousprésente comme font les prédicat' Ces lutteurs ont un truc. Ils laissent l'adversai démener, puis ils donnent une petite secouss l'autre tombe tout seul. On appelle ça shibbaw, ou fo/conoma ou quelque chose comme ça. M. E se laisse prendre au shibbawichee. Ce n'est pas i faute. «
« Vous vous figuriez donc que nous pas:
notre temps à corrompre l'esprit àesfags?
Beetle. « D'abord ils n'en ont pas, et quand n ils en auraient, il y a longtemps qu'il est perv J'ai èléfag moi-même, Padré. »
« Ma foi, je croyais connaître toute l'étendi
vos iniquités, mais puisque vous vous donnez tant de mal pour accumuler des charges contre tous, n'accusez personne si... »
« Nous n'accusons personne, Padré. Nous n'avons pas dit un seul mot contre M. Prout, n'est-ce pas? » dit Slalky, en regardant les deux autres. « Nous l'aimons bien. Il ne sait pas combien nous l'aimons! »
« Hum! vous savez cacher votre affection pour lui. Tout d'abord, vous êtes-vous jamais demandé qui vous avait fait mettre à iaportede votreélude?.»
« C'estM. Prout, » répondit Slalky d'un ton significatif?
« Non, c'est moi : sans le vouloir. Quelques paroles que j'avais laissées tomber ont donnéà M, Proul l'impression que. . . »
Les élèves du n° 5 éclatèrent de rire. '
« Vous voyez, Padré, c'est toujours la même chose, » dît M'Turk. M. Prout est prompt à gagner une impression : pas vrai? Mais il ne faudrait pas croire que nous ne l'aimons pas : ce serait faux. Il n'a pas pour deux sous de vice. »
On frappa deux coups à la porte. « Les élèves du n° 5 au cabinet de M. le Principal, tout de suite, » dit Renardeau, le sergent du collège.
« Aïe! » s'écria le Révérend John. « II me semble que ça va mal pour certaines gens. »
« Ma foi! » dit Stalky, « M. Prout est allé se plaindre -au Proto. C'est un sournois. Ce n'est pas
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juste de faire intervenir le Principal d< affaire d'intérieur. »
« Une bonne précaution serait de pli cahier à un endroit... à un endroit tout ini dit le Révérend John d'un ton détaché.
« Pas la peinel il tape sur les épaules ferait un potin du diable, » dit Beetle. « I Padré: notre compte est bon. »
Ils se trouvèrent de nouveau en prési Principal, — Biilial, Mammon et Lucifer, avaient affaire à un homme plus fin M. Prout pendant une demi-heure lui avi des discours longs et tristes, et le Princip vu tout ce que le maître ne voyait pas.
« Vous avez agacé M. Prout, » dit-il, à pensif. « Les maîtres ne sont pas ici pou les agace plus qu'il n'est nécessaire. Moi r je n'aime pas être agacé plus que de ra n'aime pas être agacé par des histoires p Vous m'agacez. C'est là une faute grave. > comprenez î »
« Ouï, Monsieur. »
« Voilà pourquoi je vais vous agacer à n pour des raisons personnelles et privée m'avez fait perdre mon temps. Vous êtes b grands pour être battus, n'est-ce pas? I donc que je vous marque mon déplaisi autre façon. Voyons, mille lignes chaci jours de consigne et quelques autres chost
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genre. Trop grands pour être battus, hein? »
a Oh non, Monsieur, » dît Stalky en souriant. On n'aime pas être consigné huit jours en été.
h Soit. On fera de son mieux. Vous devriez bien me laisser tranquille. »
Le Principal frappaitjuste,avec fermeté et régularité, un peu lentement peut-être. Ce qui parut injuste aux trois amis' fut sa faconde causer tout en procédant aux exécutions.
« Si nous appartenions... aux classes populaires, je m'exposerais en ce moment... à des poursuites correctionnelles. Vous ne vous rendez pas assez compte... de vos privilèges. Au delà d'une certaine limite... à votre tour, Bec-Ile,... il est dangereux de satisfaire ses rancunes privées, car... ne bougez pas... on finit tôt ou tard par entrer en conflit avec les autorités qui connaissent fort bien les êtres auxquels elles ont affaire. Et ego... M' Turk, s'il vous plaît... in Arcadia vixi. 11 y a une certaine injustice criante dans ma façon d'agir qui doit vous plaire... à vous. Et voilà! vous direz à votre maître que vous venez d'être punis par moi. »
« Ma parole, » s'écria M' Turk en se frottant les
épaulestoutlelongducorridor.w C'était sérieux cette
fois, il a le coup d'œil juste, ce prussien de Baies. »
« Pas bête, hein, d'avoir choisi les coups au lieu
des pensums?» dit Stalky.
« Quelle blague! notre compte était bon dès le
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début, u répondit Beetle. « J'ai vu ça tout de suite à l'œil du vieux. J'ai été bien près de pleurnicher. »
a Ma foi, je n'étais pas à la noce non plus,» avoua Stalky.
« Descendons aux lavabos et voyons les dégâts. L'un de nous tiendra le miroir et les autres pourront loucher. »
C'est ce qu'ils firent pendant dix minutes. Les coups avaient laissé des traces fort rouges et très égales qui se ressemblaient toutes : elles étaient parfaitement régulières et se détachaient bien, avec cette netteté de lignes qui marque le travail du véritable artiste.
« Que faites-vous là? a demanda M. Prout du haut de l'escalier. II avait entendu le bruit de l'eau qui coulait.
« Le Principal vient de nous battre, Monsieur, et nous sommes en train de laver le sang. Il nous a commandé de vous dire qu'il nous avait, punis. Nous allions aller à votre cabinet. — Pied-de- Vache peut marquer un point, » ajouta-t-il à voix basse.
« Ma foi, c'est bien son tour, pauvre diable! » dit M'Turk, en passant sa chemise, a Nous l'avons fait suer, va ! cette aventure lui a fait perdre plus de vingt livres. »
a Dites donc, pourquoi n'en voulons-nous pas au Proîo ? » demanda Beetle. « Il a dit lui-même qu'il commettait une injustice flagrante. El c'est vrai! »
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« Le cher homme ! » dit M' Turk pour toute réponse.
Stalky cependant se mit à rire si bien qu'il dut se cramponner au lavabo.
« Quel âne tu fais ! » dit Beetle. « Pourquoi rigoles-tu comme ça? »
« Je... je pense à cette injustice flagrante. »
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