‹ Stalky & cie: romanChapitre 17 sur 22 · LE DRAPEAU NATIONAL · texte numérisé non relu

LE DRAPEAU NATIONAL

On se trouvait en. hiver : le malin, le froid était âpre. Si âpre que Stalky et Beetle, — M' Turk, lui, était de ces gens désagréables que rien n'empêche jamais de soigner leur toilette, — sommeillaient jusqu'au dernier moment avant de se lever pour aller répondre à l'appel dans le gymnase où flambait le gaz. Naturellement ils étaient souvent en retard, et comme chaque inexactitude leur valait un mauvais point, comme trois mauvais points en une semaine les condamnaient au peloton de punition, il s'en suivait tout naturellement aussi qu'ils passaient des heures sous la main du sergent Renardeau qui faisait manœuvrer les coupables avec toute la pompe de son ancien champ d'exercices.

« Ne croyez pas que j'y trouve quelque plaisir, » (ses premiers mots étaient toujours les mêmes). « J'aimerais bien mieux être en train de fumer tranquillement une pipe chez moi... mais je vois que nous avons affaire à toute la vieille brigade cet après-midi. Si seulement je vous avais rcgulicre-

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ment, M'sieu Corkran ! » ajouta-t-îl en alignant la ; section.

il H y a presque six semaines que vous me tenez, vieux glouton. Numérotez-vous I »

«Un peu moins vile, je vous prie. C'est moi qui commande ici. Par le flanc gauche... gauche I En ! avant... marche I » Vingt-cinq retardataires, tous récidivistes, entrèrent à la file dans le gymnase. « Prenez sans bruit les haltères qu'il vous faut ; revenez sans bruit à vos places. Numérotez-vous... sans crier. Numéros impairs, un pas en avant ! Les numéros pairs ne bougent pas. Maintenant : flexion du corps en avant, en vous réglant sur moi ! »

Les haltères s'élevaient et s'abaissaient, s'entrechoquaient et revenaient toutes ensemble. Les jeunes garçons avaient l'habitude de cet exercice monotone.

« Fort bien. Je serai fâché le jour où il y en aura qui reprendront leurs habitudes de ponctualité. Remettez sans bruit les haltères à leur place. Nous allons maintenant essayer quelques mouvements simples. » /

« Quelle scie t je les connais ces mouvements simples, »

« Il serait bien honteux que vous ne les connaissiez pas, M'sieu Corkran. Tout de même, iis ne sont pas aussi faciles qu'ils en ont l'air. »

â Renardeau, je vous parie un shelling que je commande la manœuvre aussi bien que vous. »

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« Noua verrons tout à l'heure. Allons : oubliez que vous êtes punis et imaginez- vous que vous êtes un peloton à l'exercice. Moi je suis l'officier qui vous commande. Il n'y a pas de quoi rire. Si vous avez de la chance, la plupart d'entre vous seront à l'exercice la moitié de leur vie. Faites-moi un peu honneur. Dieu sait qu'il y a assez longtemps que vous manœuvrez 1 »

Les jeunes garçons doublèrent les rangs, marchèrent, tournèrent, firent face en arrière. Ils étaient sousjle charme puissant du mouvement réglé. Comme Renardeau le disait, il y avait longtemps qu'ils s'exerçaient.

La porte du gymnase s'ouvrit et l'on aperçut M'Turk qui conduisait un vieux monsieur.

Le sergent, en train de mener un changement de direction, ne vit rien, « Pas si mal que ça, « murmurait-il, a pas mal du tout. L'homme qui est au pivot se contentede marquer le pas,M'sieuSwayne. Voyons, M'sieu Gorkran, vous dites que vous connaissez la théorie ? Faites-moi le plaisir de prendre le commandement et de ramener le peloton à sa première formation en reprenant mes ordres un à un.

« Quoi donc? quoi donc? » cria le visiteur d'un ton autoritaire.

« Nous... nous manœuvrons un peu, Monsieur,»

bégaya Renardeau, sans dire pourquoi on était là.

« Très bien... très bien. Je voudrais seulement les voir plus nombreux, » dit gaiement le nouveau

I bogie

venu." Que je ne vous interrompe pas. Vous alliez passer le commandement à quelqu'un, n'est-ce pas? » Il s'assit; son haleine se condensait dans ï'atr froid.

« Je vais bafouiller, j'en suis sur, » murmura Stalky avec inquiétude. Son malaise s'accrut quand une rumeur venue du second rang lui apprit que le vieux monsieur n'était autre que le général Gollmson, membre du Conseil d'administration <lu collège.

« Heih? qui ça? » demanda Renardeau.

« Côllinson, commandeur de l'Ordre du Bain, » souffla le grand Swayne. « C'est lui qui commandait les PompadoWrs, — l'ancien régiment de mon père. »

« Prenez votre temps, » dit le visiteur. « Je sais ce que c'est. Première fois que vous commandez, hein? »

« Oui, mon général. » Stalky, tout anxfcux, reprit haleine. « Gardeâvous! Adroite... alignement! » L'"écho de sa propre voix lui rendit confiance.

Le peloton fut mis face en arrière, replacé, formé en colonne par quatre et remis en ligne sans une hésitation- L'heure réglementaire de la punition était passée depuis longtemps, mais personne n'y pensait : tout le monde soutenait Stalky qui craignait affreusement que sa voix ne se brisât.

« Il vons fait honneur, sergent, » remarqua le

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visiteur, « Voilà un bon instructeur et un bon peloton. Mais c'est extraordinaire; j'ai déjeuné chez voire Principal et il ne m'a pas raconté que vous aviez un corps de volontaires au collège. »

« Nous n'en avons pas, mon général, » dit le sergent. «Nous ne faisons que manœuvrer un peu.»

« On voit qu'ils aiment ça, pas vrai? » demanda M' Turk, qui parlait pour la première fois, avec un éclair dans ses yeux profonds.

« Et toi, Willy, pourquoi donc n'en es-tu pas? »

« Ohl je ne suis pas assez exact, «répondit M' Turk. a Le sergent ne prend que les meilleurs d'entre nous. »

« Rompez I allez-Tous-en ! » cria Renardeau, craignant «ne explosion dans les rangs, a Mon général, j'au... j'aurais du vous prévenir que... »

« Mais vous devriez avoir un corps de volontaires I » — le général suivait son idée, « et vous en aurez un si le Conseil vent m'écouter. J'ai été plus satisfait aujourd'hui que je ne saurais dire. Des garçons animés d'un esprit semblable au vôtre devraient donner l'exemple à tout le collège. »

« C'est ce qu'ils font, » dit M'Turk.

« Mon Dieu! il est déjà si tard? Voilà une demiheure que ma voiture m'attend, il faut que je me sauve. Rien de tel que de voir les choses par soimême. Par quel bout du bâtiment sort-on ?

conduis-moi, Willy. Quel était ce garçon qui commandait la manœuvre ? »

« Je crois qu'il s'appelle Corkran. »

« Tu devrais le connaître. Voilà le genre de camarade dont il faudrait cultiver l'amitié. Evidemment il sort de l'ordinaire. C'est un spectacle étonnant: vingt-cinq garçons qui préféreraient sans nul; doute jouer au cricket... » (on était en plein hiver, mais les grandes personnes, surtout celles qui ont longtemps vécu aux colonies, commettent de ces petites erreurs, et M'Turk ne dit rien) « ... en train de manœuvrer par goût seulement! Il est honteux de laisser se perdre de si bons éléments, mais je pense que je pourrai faire prévaloir mon avis. »

« Qui donc est ton ami aux favoris blancs ? » demanda Stalky, quand M'Turk rentra à l'étude.

« C'est le général Collinson. 11 vient quelquefois chez nous chasser avec mon père. C'est plutôt un brave homme. Il a dit que je devrais cultiver ta connaissance, Stalky. »

« T'a-t-il donné quelque chose? »

M'Turk montra un beau souverain entier.

« Allons, » dit Stalky en l'empochant, car c'était lui le trésorier, « nous allons avoir un goûter soigné. Tu en as eu de l'aplomb, Turkey, de parler de notre ardeur et de notre ponctualité 1 »

« Le vieux ne savait donc pas que nous étions punis? » demanda Beetle.

« Jamais de la vie. II était venu déjeuner chez le Proto. Je l'ai rencontré ensuite qui visitait la boîte pour son comptée! j'ai eu l'idée de lui montrer vos

grandes manœuvres. Quand j'ai vu qu'il était si content je n'ai pas voulu jeter de l'eau froide sur son enthousiasme; il ne m'aurait peut-être pas donné le souverain I »

« Le vieux Renardeau était heureux, hein ? l'avez-vous vu rougir derrière les oreilles? » dît Beelle. « Ça a été un vrai triomphe pour lui. Nous l'avons soutenu admirablement, pas vrai ? allons chez Keyte acheter du cacao et des saucisses. »

Ils rejoignirent Renardeau qui courait au village raconter son aventure à Keyte. Ce dernier avait été dans son temps maréchal des logis-chef dans un régiment de cavalerie; maintenant, vétéran usé par la guerre, il était à la fois receveur des postes et marchand de comestibles.

« Vous nous devez une fière chandelle, » dit Stalky, d'un air significatif.

« Je vous suis très reconnaissant, M'sieu Corkran. J'ai eu à vous contrarier pas mal dans le service, de temps en temps, mais en dehors du service: les limites permises, fumer, et toutes ces histoires-là, — vous êtes le jeune homme sur lequel je puis compter le plus pour me sortir d'un mauvais pas. Vous avez commandé cette manœuvre d'une façon admirable, bien que ce soit moi qui le dise. Maintenant, si vous venez régulièrement à l'avenir... »

« Mais il faudrait qu'il soit en relard trois fois parsemaine,» dit Beelle. « Renardeau, vous ne pou-

vez pas demander à un tvpe d'être aussi inexact, lien que pour vous faire plaisir. »

« C'est vrai... cependant si vous pouviez vous arranger... et vous aussi, M'sieu Beetle..,. 'cela vous donnerait une belle avance quand le corps de volontaires sera formé. Le général va demander sans doute qu'on en crée un. »

Les trois amis pillèrent la boutique de Keyte à peu près à leur fantaisie, car le vieux, qui les connaissait, était plongé dans une conversation avec Renardeau.

« D'après mon calcul nous en avons pour sept shellings six, » cria Stalky à la fin, à travers le comptoir, « mais vous feriezbien de compter vousmême. »

« Non.... non. Je vous croirai toujours sur parole, M'sieu Corkran.... C'est dans les Pompadours qu'il était, n'est-ce pas sergent? nous avons campé un jour avec eux, à Umballa, je crois. »

o Je ne sais pas si ce pot de jambon et de langue coule dix-huit pence ou un shclling quatre ? »

a Mettons un sliellîng quatre, M'sieu Corkran

Bien entendu, sergent, je donnerais volontiers mon temps si cela pouvait servir à quelque chose, mais je suis trop vieux. J'aimerais bien voir faire l'exercice encore une fois. »

« Viens donc, Slalky, » cria M'Turk. « H ne t'écoute pas, laisse-lui l'argent. »

« II faut qu'il me change la pièce, espèce d'idiot I

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Keyte 1 cavalier Keyte I brigadier Keyte I Marrréchaldes-logis-chef Keytel voulez-vous me donner la monnaie d'une livre ? »

« Oui.... oui, bien sur.... Sept shellings six. » Ses yeux se fixèrent distraitement, il poussa les pièces blanches vers Stalky et disparut dans les ténèbres de l'arrière-boa tique. ,

« Ces deux-là vont bavarder maintenant sur la révolte des Indes jusqu'à l'heure du thé,»ditBeetle,

« Le vieux Keyte était à Sobraon, » répliqua Stalky. « Vous devriez l'entendre en parler : il dame joliment le pion à Renardeau. »

Le visage du Principal, impénétrable comme toujours, se penchait au-dessus d'une pile de lettres.

« Qu'en pensez-vous ? » demanda-t-il enfin au Révérend John Gilletl.

» C'est une bonne idée, on ne peut le nier. . . c'est une idée estimable. »

« Admettons. Et puis après ? »

« J'ai meB doutes... voilà tout. Plus j'apprends à connaître nos collégiens et moins je me prétends capable de suivre leur humeur. J'avoue pourtant que je serais bien étonné si le projet réussissait. Ce n'est pas dans le.... le caractère de l'école. Ici nous préparons les gens pour l'armée. »

« Je n'ai en cette affaire qu'à exécuter les vœux du Conseil. 11 demande un corps de volontaires. Nous lui fournirons un corps de volontaires. Cepcn-

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dant j'ai suggéré qu'il était inutile de dépenser de l'argent pour des uniformes avant de savoir faire l'exercice. Le général Collinson nous envoie cinquante armes homicides.... des Sniders raccourcis comme il les appelle.... tous soigneusement mis hors d'usage. »

« Précaution nécessaire dans un collège où l'on tire autant au pistolet de salon I » Le Révérend John souriait.

« Par conséquent il n'y aura pas de dépenses, en dehors du temps du sergent. »

« Maïs s'il ne réussit pas, c'est vous qui serez blâmé. »

« Oh 1 assurément. Cet après-midi je vais afficher un avis dans le corridor et... »

« J'attends ie résultat. »

« Veuillez ne pas toucher au nouveau râtelier d'armes l »

Dans le gymnase, Renardeau luttait avec une foule turbulente. « Non, M'sieu Swayne, ça ne fait pas de bien à un Snider, même réformé, que de jouer sans cesse avec la culasse. Oui, les uniformes viendront plus tard, quand nous serons plus avancés. Pour le moment, nous nous bornerons à faire l'exercice. Je suis ici pour prendre les noms de ceux qui veulent se faire inscrire. — Laissez ce Snider, M'sieu Hogan 1 »

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STALKÏ ET Ci« 25g

« Qu'est-ce que tu vas faire, Beetle? » demanda quelqu'un.

« Moi ? j'ai eu tout l'exercice qu'il me faut, merci. »

« Comment 1 après tout ce que tu as appris ?

viens donc, ne sois pas un crétin. Tu seras caporal ou bout de huit jours, » cria Stalky.

« Je ne me destine pas à l'armée, » Beetle toucha ses lunettes.

« Un instant, Renardeau, » dit Hogan. « Où allez-vous nous faire manœuvrer ?»

« Ici, au gymnase, jusqu'à ce que vous soyez assez forts pour qu'on vous fasse sortir sur la route. » Le sergent fit bomber sa poilrine.

« Pour que tous les croquants de Northam viennent nous regarder? pas de ça, Renardeau! »

a Eh bien ! nous n'insisterons pas là-dessus. Apprenez d'abord à manœuvrer, nous verrons ensuite . »

(i Dites donc, » demanda Ansell, de chez Macréa, en se frayant un chemin à travers la foule. « Qu'est-ce que c'est que celte histoire de volontaires ? »

« Ça vous fera gagner des masses de temps à Sandhurst, » répliqua promplement le sergent. « Vous serez bientôt quittes de vos classes si vous arrivez là-bas bien préparés. »

« Hum 1 je veux bien apprendre la manœuvre, mais je n'irai pas faire l'idiot dans le pays avec un

fcocglc

afio STALKï ït et*

snider d'enfant. Que comptes-tu faire, Pérowne? Hogan se fait inscrire. »

a Je ne sais pas si j'ai le temps, » dit Pérowne. « J'ai déjà je ne sais combien de leçons supplémentaires. »

a Eh bien, appelle ça une leçon supplémentaire, » répliqua Ansell. « Une nous faudra pas longtemps pour nous entonner la théorie, u .

« Passe encore pour ça, mais manœuvrer en public? » dit Hogan. — II ne prévoyait pas que trois : ans plus tard il mourrait sous les rayons du soleil ' de Birmanie, devant le fort de Minhla.

ci Tu as peur que l'uniforme n'aille pas à ton | teint pétri de lis? » demanda M'Turk, avec un mauvais rire.

« Ferme ça, Turkey, Tu ne le destines pas à l'armée. *»

n Non, mais je vais vous envoyer un remplaçant. Holà ! Morrell et Wake ! les deux fags près du râtelier d'armes! il faut vous enrôler, »

Les petits rougirent profondément en se glissant vers le sergent, — ils avaient été trop timides pour aller se faire inscrire plus tôt.

a Mais je ne veux pas des petits, au début du moins, »ditlesergentd'unair maussade. « Je veux... j'aimerais avoir quelques-uns des habitués de la vieille brigade, — les punis, pour encadrer les autres. »

c Sergent, ne soyez pas ingrat, lis sont presque

afli

aussi grands que ceux qu'on vous donne dans l'armée à l'heure qu'il est. a M' Turk lisait les journaux à cette époque, il était généralement bien informé, et en profitait pour cingler ceux qu'il voulait. Cependant il ne savait pas que le petit Wake serait bimhaschî dans l'armée égyptienne avant d'avoir trente ans.

Hogan, Swayne, Slalky, Pérowne et Ansell étaient plongés dans un conciliabule près du cheval. Stalky menait, comme d'habitude. Le sergent les guettait d'un air anxieux, car il savait que beaucoup d'élèves se laisseraient guider par leur décision.

« Renardeau n'aime pas mes recrues, » dit M' Turk à Beetle d'un ton chagrin. « Trouve-lui-en quelquesunes. M

Plein de bonne volonté, Beetle se saisit, de deux autres fags, chacun pas plus haut qu'une carabine.

« Voilà, Renardeau. Voilà de la chair à canon. Marchez pour votre foyer et vos compagnes, jeunes brutes... et plus vite queçal »

« Et malgré tout Renardeau n'est pas content I » dit M' Turk :

•i Car notre façon de traiter l'armée, Noire façon de Iraîler la marine... »

Ici Beetle fit chorus. Ils avaient trouvé ces vers dans un vieux volume du Punch et ils leur semblaient convenir à la situation.

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s Nous ont très mal réussi ; Personne ne peut le nier 1 »

a Tenez-vous tranquilles, Messieurs. Si vous ne pouvez nous aider, ne nous gênez pas. » Renardeau ne quittait pas des yeux le conseil assemblé près du cheval. Carier, White etTyrrel,qui avaient tous de l'influence, étaient venus y prendre part. Les autres jouaient avec les fusils d'un air irrésolu.

n Un instant, » cria Slalky. « Nous laissera-t-on flanquer ces farceurs à la porte, avant de nous mettre au travail ? »

« Certainement, h dit Renardeau. « Tous ceux qui désirent s'enrôler vont rester ici. Les autres sortiront en fermant doucement la porte derrière eux.»

Quelques-uns des plus sérieux coururent sus aux badauds qui eurent juste le temps de se sauver dans le corridor.

« Pourquoi donc ne te fais-tu pas inscrire ? » demanda Beetle en rajustant son col.

« Et toi 1 »

« A quoi bon? nous ne nous destinons pas à l'armée. Et puis je sais la manœuvre, sauf le maniement d'armes bien entendu. Je me demande ce qu'ils fabriquent là-dedans ? »

« Ils sont en train de traiter avec Renardeau. Tu n'as pas entendu Stalky qui disait : — Voilà ce que nous allons faire... et si cela ne leur plaît pas, tant pis! — ils vont se faire préparer par Renardeau. Tu

ne vois donc rien, espèce d'idiot? Ils se présentent à Sandhurst ou à la Boutique (i) dans quelques mois. Ils vont apprendre la théorie, et puis un beau matin, ils lâcheront tout. Penses-tu que des types qui ont déjà tant de travail supplémentaire vont se mettre à faire les volontaires pour s'amuser? w

« Ma foi, je n'en sais rien. J'avais l'idée d'écrire une poésie là-dessus... je les aurais blagués, tu sais... quelque chose comme la Ballade des Chasseurs de Chiens, hein? »

a Tu ne pourras pas faire ça, je pense, parce que King- va se laisser tomber sur la compagnie comme une charretée de briques. On ne l'a pas consulté. Le voilà qui rôde, nez au vent, autour du cadre aux affiches. Allons le faire parler. » Ils s'approchèrent, en flânant, du maître, l'air aussi innocent que possible.

« Comment ? » dit King, teignant d'être violemment surpris, « je pensais que vous étiez en train d'apprendre à combattre pour votre patrie. »

« Je crois que la compagnie est au complet, Monsieur, » répondit M'Turk.

« C'estbiendommage ! » soupira Beetle.

« Alors nousavons quarante vaillants défenseurs n'esl-ce pas ? c'est beau Iquel dévouement I je suppose qu'un désir d'échapper à leurs devoirs ordinaires se trouve peut-être au fond de ce zèle.

(i) Vécole de Woolwich (N. D. T.),

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Sans doute on leur accordera des privilèges spéciaux, comme au Chœur et à la Société d'Histoire Naturelle... ne disons pas les Chasseurs de punaises. »

« Probablement, Monsieur, » dit gaiement M' Turk. « Le Principal n'en a pas encore parlé, mais il n'y manquera pas bien sûr. »

n Ohl c'est certain.»

h II est tout juste possible, mon cher Beetle, » — K.ing se tourna vers son deuxième interlocuteur, — <r que les directeurs... rouages nécessaires, mais un peu négligés dans l'humble mécanisme de notre existence... aient un mot à dire sur la question. Pour la jeunesse tout au moins; la vie n'est pas qu'armes et munitions de guerre. Al'ocoasion, nous nous occupons aussi d'éducation. »

« Comme cet animal-là est d'accord avec luimême 1 » murmura M'Turk quand King ne put plus les entendre. « On sait toujours comment l'avoir. As-tu vu comme il a mordu quand on a parlé du Principal et des privilèges spéciaux? i>

a Le diable l'emporte 1 il aurait bien dû approuver le corps de volontaires. J'aurais pu faire une si jolie ballade pour le ridiculiser 1 et maintenant me voilà forcé d'être un enthousiaste féroce. Ça ne nous empêchera pas de faire enrager Stalky à l'étude, pas vrai? »

« Pour sûr, mais dans le collège il faudra êlre philo-volontaires comme tout. Ne peux-tu faire une épigramme soignée, à la Catulle, sur l'opposi-

StÀLKY ET d« a6?

tion de King?» — Beelle était occupé à cette nob'e tâche quand Stalky revint, encore tout échauffé de sa première manœuvre.

« Eh bien, vieil avaleur de sabres, » commença M' Turk. « Où est donc le chien que tu viens de tirer? vous armez-vous pour nous défendre ou pour défier le monde? »

« Nous le défions! a dit St.alky, en sautant sur son camarade. « Ecoute, Turkey, il ne faut pas blaguer notre peloton. Nous avons tout organisé admirablement. Renardeau a juré qu'il ne nous feraît'pas manœuvrer en plein air avant que nous lui ayons dit que nous sommes prêts à sortir. »

« Exposition indécente d'enfants en bas âge singeant les idiosyncrasies de leurs afnés.Humpht» n Tu as fait parler King, Beelle? » demanda Stalky, pendant une pause du combat.

a Pas tout à fait, mais c'est bien là son style charmant. »

« Eh bien, écoutez votre oncle Stalky... qui est un grand homme. Conséquemmenl et subséquemment, Renardeau va nouslaissercommanderla manœuvre chacun à notre tour, privatim et seriatim, de sorte que nous saurons tous au moins manier un peloton. Ergo et propler hoc, quand nous arriverons à la Boutique nous serons vite débarrassés de nos classes. C'est ainsi, mes chers auditeurs, que nous rendrons instructif un amusement salutaire, »

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a66 STALKY ET C'»

h Je savais bien que tu en ferais une sorte de travail supplémentaire, espèce de brute égoïste, » dit M' Turk. « Tu n'as donc pas envie de mourir pour la vieille patrie? »

» Pas si je peux faire autrement, pour sûr! ainsi ne va pas blaguer notre peloton. »

« Voilà des années que nous nous sommes entendus là-dessus, » ditBeetle avec dédain. « C'est King qui va se charger de vous blaguer. »

« Alors, mon vieux poète, il faudra blaguer King. Compose-nous un refrain eu traînant, à la Limerick, que tu feras chanter par les fags. »

« Dis donc, occupe-toi de tes volontaires, et ne remue pas la table. »

« Du reste, il n'aura rien à blaguer, » ajouta Slalky, d'un air qui voulait dire bien des choses.

Les amis ne surent pas ce que cette phrase signifiait, mais, à quelques jours de là, ils voulurent aller voir la manœuvre. Ils trouvèrent la porte du gymnase fermée à clef et un fag qui montait la garde.

« En voilà du toupet ! » s'écria M' Turk en se baissant.

« Défense de regarder par le trou delà serrure, » dit la sentinelle.

n Elle est bonne celle-là. Wake, petit animal que tu es, c'est moi qui t'ai fait un volontaire, h

« Pas ma faute. J'ai reçu l'ordre de ne permettre à personne de regarder. »

HTALKY BT C^ 867

« Et si nous regardions quand même? e dit M' Turk. « Et si nous le démolissions ? »

c J'ai reçu l'ordre de signaler quiconque me gênera dans l'exercice de mes fonctions. Les volontaires lui régleront son compte après l'exercice, conformément à la loi militaire. »

« Quelle brute, ce Stalky! » dit Beetle. Les deux amis n'avaient pas hésité un instant ; t ila savaient bien qui avait inventé ce plan.

« Tu te crois un fameux centurion, hein ? »

demanda Beetle, en écoutant le cliquetis des armes et le bruit des crosses qui retombaient sur le sol, à l'intérieur du gymnase.

« On m'a défendu de parler autrement que pour expliquer mes ordres. Je recevrai une volée, si je désobéis. »

M' Turk et Beetle se regardèrent; puis, secouant la tête, ils s'en allèrent.

« Ma foi, Stalky est vraiment un grand homme, » dit Beetle, après un long silence. « Notre consolation est que ça fera rager King de les voir poser ainsi à la société secrète.

Bien d'autres que King étaient intrigués, mais les volontaires restaient plus muets que des carpes. Renardeau, qu'aucun serment ne retenait, alla conter ses ennuis à Keyte.

« De ma vie je n'ai vu folie semblable. Ils ont couvert tout le bâtiment ; ils placent un poste et

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