‹ Stalky & cie: romanChapitre 8 sur 22 · GoO^[c · texte numérisé non relu

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« vous n'allez pas raconter tout ça, n'est-ce pas ? M. Prout et M. King en étaient, voyons ! »

« Ils en étaient, mon petit Renardeau, ils en étaient, c'est triste à dire. Ils en ont empoché plus que vous. Nous avons tout entendu. Après tout vous vous en êtes tirés à bon compte. A la place de Dabnëy je vous aurais fait empoigner tous les trois. Il faudra que je le lui dise demain ! »

« Et le Principal va savoir tout ça, mon Dieu I »

« Il saura tout, mon vieux Sioux,» dîtBeetle en dansant. « Pourquoi pas? nous n'avons rien à nous reprocher, nous. Nous n'avons pas été calomnier de pauvres garçons innocents en disant qu'ils étaient ivres. »

« Je n'ai pas dit cela, » plaida Renardeau, « j'ai.., j'ai dit seulement que vous aviez l'air tout drôle en rapportant ce blaireau. M. Kîng a probablement mal compris. »

« Pour sûr et vous pouvez être certain qu'il rejettera la faute sur vous quand il verra qu'il a eu tort. Vous ne connaissez peut-être pas King,mais nous, nous le connaissons. J'en rougis pour vous. Vous n'êtes pas digne d'être sergent, » dit M'Turk.

« C'est vrai, je n'en suis pas digne quand j'ai trois jeunes démons de votre espèce à conduire. Je suis pincé 1 Vous étiez en embuscade et vous m'avez pris avec armes et bagages. Il ne va plus y avoirmoyen de tenir les petites classes en respect! Et le Principal qui va m'envoyer chez le colonel Dabney avec

un petit mot pour savoir si vous étiez vraime invités !»

h Alors vous ferez mieux d'entrer par la gri celle fois au lieu de chasser vos sacrés élèves... Non ! ça c'est ce qu'il a dit à King, n'est-ce pas ? eli bien, Renardeau ? » Stalky, le menton dans main droite, contemplait malicieusement sa vi lime.

« Ti-ra-la-la-i-tu ! écoutez mon chant de vi toire! » dit M'Turk. « Renardeau a apporté not (hé quand on nous traitait comme des lépreu Renardeau a du cœur. Et puis Renardeau a sen ne l'oublions pas. »

« J'aurais voulu vous avoir dans ma sectio Messieurs, » dit le sergent avec conviction, « vous aurais dressés 1 »

« Silence I le Conseil délibère ! s continua M' Tur « Je suis l'avocat de l'accusé et puis cette hisloi est bien trop bonne pour les autres brutes du c< lège. Ils ne comprendraient pas. Ils jouent au ci cket et ne savent dire que Oui, Monsieur I et A Monsieur} et Non, Monsieur ! »

<i Passons, passons, m dit Stalky.

« Eh bien ! Renardeau est un bon petit boi homme quand il veut bien ne pas se croire tn fort. »

« Ne sortez pas vos chiens les jours de grai venl, » chantonna Stalky. « Laissez-le aller, moi m'en moque. »

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« Moi aussi, » dit Beetle.« Je ne tiens qu'à Piedde-Vache. A Pied-de-Vache et à King. »

« J'ai été forcé de faire ce que j'ai fait, » ajouta le sergent d'une voix plaintive.

« La cause est entendue I... considérant que l'accusé, étant de service, a été entraîné par ses complices... mettez ce que vous voudrez... Renardeau, le Conseil vous acquitte en vous infligeant un blâme. Nous ne dirons rien sur votre compte, » prononça M'Turk. « Nous vous le jurons. Ce serait mauvais pour la discipline du collège, très mauvais. »

« Ma foi, » dit le sergent en ramassant les tasses et les assiettes, « je connais trop ces diab..,, ces Messieurs les collégiens pour ne pas être très heureux de vous entendre dire ça. Mais que vais-je raconter au Principal? »

« Tout ce que vous voudrez, mon petit Renardeau. Nous n'avons rien à nous reprocher, nous ! »

Le Principal s'irrita grandement en voyant après dîner le rapport que le sergent lui apportait.

« Corkran, M'Turk el C ie , encorel limites dépassées comme d'habitude. Tiens! qu'est-ce que cela? ils sont soupçonnés d'avoir bu? Qui les accuse? »

« C'est M. King, Monsieur le Principal. Je les ai attrapés hors des limites, Monsieur le Principal ; au moins c'est ce que je croyais. Mais je ne savais pas tout, Monsieur le Principal. » Le sergent avait l'air troublé.

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ii Continuez, » dit le Principal, <t racontez-moi ce que vous savez. »

Il connaissait le sergent depuis sept ans et n'ignorait pas que les rapports de M. King dépendaient surtout de l'humeur de ce maître.

« Je croyais qu'ils avaient dépassé les limites sur la falaise, » dit le sergent, « mais il parait qu'il n'en était rien. Je les vis entrer dans le bois du colonel Dabney et M. King arriva avec M. Prout... le fait est, Monsieur, que les gens du colonel Dabney nous ont pris pour des braconniers :

M. King, M. Prout et moi. Il y a eu une petite dispute, on s'est échauffé un peu des deux côtés. M. Corkran et ses amis sont revenus ici sans être vus ; ils avaient l'air très gai. Le colonel Dabney

lui-môme a pris M. King pour un le colonel

Dabney est très strict. Alors ces Messieurs ont demandé à vous voira cause de ce que de ce que

M. King a pu dire de leur conduite lorsqu'ils sont rentrés, dans le cabinet de M. Prout. J'avais seulement dit qu'ils étaient très gais , ils riaient, ils avaient l'air unpeu excité. Ils m'ont raconté depuis, en plaisantant. Monsieur lePrincipal.que le colonel Dabney les avait invités à venir dans ses bois. »

« Parfaitement. Ils n'ont pas dit cela à leur maître, n'est-ce pas ? »

« Ils ont interrompu M. King pour demander à vous voir dès que celui-ci s'est mis à parler de leurs de leurs habitudes. Ils l'ont interrompu

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tout de suite et ont demandé à être envoyés à leur dortoir en attendant que tous les fissiez appeler. Depuis ils ont plaisanté avec moi et j'ai cru comprendre qu'ils n'avaient pas perdu un mot de tout ce que le colonel Dabney a dit à M. King et à M. Prout quand il les a pris pour des braconniers. J'aurais dû me douter qu'ils s'étaient réservé une ligne de retraite quand ils m'ont entraîné si loin. On s'est moqué de nous, Monsieur le Principal, si vous voulez me permettre de vous dire mon opinion, et ils en rient comme des fous au dortoir. »

Le Principal comprit l'histoire, il la comprit tout entière. Un sourire lui plissa un peu les lèvres sous la moustache.

« Allez me les chercher, » commanda-t-il au sergent, c On peut régler cetlejtfïaire-là tout de suite.»

« Bonsoir, » dit-il quand Stalky et ses amis apparurent, escortés de Renardeau. « Je vous prie de m'écouter avec attention pendant quelques minutes. Vous me connaissez depuis cinq ans et moi je vous

connais depuis mettons vingt-cinq ans. Je crois

que nous nous comprenons très bien et c'est pourquoi je vais maintenant vous faire un grand compliment. (La brune, sergent, s'il vous plaft. Merci. Vous pouvez vous retirer.) Je vais vous exécuter, sans rime, Beetle, ni raison. Je sais que vous êtes allés chez le colonel Dabney parce qu'il vous avait invités. Je ne prendrai même pas la peine d'envoyer vérifier le lait par le sergent parce que je sais

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que celle fois au moins vous avez dil l'exacte vérilé. Je sais aussi que vous n'avez pas bu. (Quittez cet air vertueux, M'Turk, ou je croirai que voua ne me comprenez pas.) Votre conduite a été irréprochable et voilà pourquoi je vais commettre une abominable injustice. On vous a calomniés, n'est-ce pas? On vous a insultés devant tout le collège? Vous tenez particulièrement à l'honneur devotre maison, n' estil pas vrai? Eh bien, je m'en vais vous corriger, moi. »

Là-dessus ils reçurent chacun six coups de canne.

v Et voilà je crois la question réglée, u dit le Principal en remettant la canne à sa place et en jetant au panier le rapport de M. Prout. « Quand vous serez en face d'une situation s' écartant de la normale, — ceci pourra vous être utile plus tard — agissez toujours d'une façon anormale. Et à propos : il y a là sur ces rayons un tas de romans brochés. Vous pourrez les prendre à condition de les remettre en place. Je ne pense pas qu'ils courront grand risque à être lus en plein air. Ils sentent plutôt le tabac. Vous irez à l'étude ce soir comme à l'ordinaire. Bonsoir, » ajouta cet homme étonnant.

a Bonsoir, merci, Monsieur: »

« Je vous jure que je prierai pour le Proto ce soir, »dit Beetle.J'aià peine senti les deux derniers coups qu'il m'a donnés. J'ai vu Monte-Cristo sur le rayon du bas, ça sera pour la prochaine fois que nous irons & la grotte enchantée. »

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« Quel brave homme! » dit M'Turk. « Pas de retenue. Pas de pensums. Pas de questions absurdes. Tout est arrangé. Tiens, voilà Prout et King! qu'est-ce qu'ils vont faire chez lui ? »

Les trois amis ne surent pas ce que le Principal dit à King et à Prout ce soir-là, mais il est certain que ses paroles ne calmèrent pas l'irritation des deux maîtres. Lorsqu'ils sortirent, trois paires d'yeux remarquèrent que la figure de l'un était rouge et bleue jusqu'au bout du nez, tandis que le front de l'autre était inondé de sueur. Ce spectacle dédommagea bien Stalky et ses camarades du discours en plusieurs points qu'ils eurent à subir. Ils apprirent — personne n'en fut plus étonné qu'eux — qu'ils avaient passé sous silence des faits essentiels et qu'ils étaient coupables à la fois de suppres L sio veri et de suggestio falsi (divinités bien connues qu'ils offensaient souvent). On les informa en outre que leur nature était mauvaise, leur conduite très sujette à caution, leur exemple pernicieux et révolutionnaire, leur caractère, enfin, livré aux démons de l'entêtement, de la vanité et de l'orgueil le plus intolérable. En neuvième et dernier lieu les deux maîtres exaspérés leur conseillèrent de faire attention et de prendre garde à eux. Ils prirent garde à eux en effet comme des collégiens seuls savent le faire quand ils veulent jouer un tour à quelqu'un. Ils attendirent huit jours pleins que Prout et King se fussent remis complè-

tentent d'une alarme aussi chaude. Ils attendirent un après-midi où devait se jouer un grand match — un match qui intéressait leur maison — et auquel Prout devait prendre part. Ils attendirent que ce mettre eût bouclé ses jambières dans le pavillon et fût prêt à commencer le jeu. King était en train de marquer des points, près de la fenêtre, et les trois amis étaient assis sur un banc à la porte.

Stalky se tourna vers Beetle : « Dis-moi, Beetle, Quis custodiet ipsos custodes ? »

« Veuillez ne pas m'adresser la parole, » répondit Beetle. « Je ne veux rien avoir de particulier avec vous. Soyez aussi particulier que vous voudrez de l'autre côté du banc je vous souhaite

bien le bonsoir. »

M* Turk bâilla:

« Vous auriez dû venir me trouver comme des chrétiens, au lieu de chasser vos...,, gamins sur mes terres. Je trouve ces matchs complètement idiots. Allons voir chez le colonel Dabney s'il a pincé d'autres braconniers. »

Cet après-midi-là on rit bien dans la grotte enchantée.

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