Deux serviteurs , homi^e et femme , lavant
des plats dans une grande cuvette.
I . Homme accroupi tenant des sacoches de la main gauche, et comptant ses espèces, de la droite , sur une table ou un escabeau.
Cette miséricorde , dessinée après coup , devrait occuper la première place de la plandie m.
87. 88. — Ces deux dernièrrs sellettes n'appartiennent point aux stalles de la cathédrale de Rouen , et font partie , la première (n* 87 ), des stalles de l'église de Saint-Tau» rin d'Evreuxf la seconde (n" 88)| de celles de Téglise de Bourg-Âchard , arrondissement
de Pont-Audemer. L'auteur avait cm devoir les ajouter ici pour compléter sa dernière
planche, comme un type curieux de Timagination et du caprice des artistes du moyenâge dans notre province.
On est toujours étonné de rencontrer, dans nos temples chrétiens , ces obscena qui, s'ils ne détournaient pas l'attention des iideles ( c'est le moins qu'on puisse accorder ) , ne paraissaient pas du moins les beaucoup scandaliser. Quant au clergé, il est plus extraor* dinaire qu'il en ait toléré la présence dans nos basiliques.
Dans le n" ^7 , on voit un renard en chaire préchant une poule et un canard. La volatile qu'il a déjà dans son capuchon prouve qu'un premier sermon n'a pas été infructueux. Ce sujet, qui a un caractère tout-à-&it épigrammatique^ se retrouve fréquemment dans les miniatures des anciennes heures manuscrites et dans les sculptures de nos édifices religieux.
DË Là CATUÉDRALK D£ aOU£N. i6i
Nous n'avons iait que mentionner en passant^ daDs la nomenclature qu'on vient de lire , sous le n" 9 ( plancLe I ) , un des sujets les plus remarquables retracés sur les miséricordes de nos stalles. Nous n'avons pas voulu distrau*e le lecteur , par Tintercallation d'un trop long récit, de la description sommaire que nous faisions dérouler sous ses yeux de ces quatre* vingt-six singulières représentations : il nous est permis maintenant d'y revenir.
Cette stalle est la neuvième des hautes-formes du côté du midi. Elle offre un sujet bizarre et peu connu. Si ie fond n'en est pas véritablement historique, il est au moins assez moral , comme on le verra tout-à-l'heure.
Cette sculpture représente un homme vieux et barbu se traînant presqu'à plat ventre , et portant bur son dos une jeune femme assise.
Celle-ci ^ coiffée du hennin * , espèce de bonnet a deux cornes assez commun du temps de Charles VI , vêtue d'une robe longue et serrée»
' Ces bonnets i deox cornes plus ou moins pointues se
tuais la gorge fort découverte, selon l'usage des courtisanes de la même époque , parait , dans
maintinrent dans ([iicl(]ues parties de rAllemagne jusqu'à la fin du xviie siècle. II est assez singulier qu'ils se retrouvent atij()iir(Vluii ehez les feiniucs Tchouwaches , paysannes russes , entre la Soma el le > olga. Une partie de nos nnciennes modes semble s'être réfugiée dans le Nord, où la bourg uignote^ ou corne qui sormonie le bonnet de nos Cauchoises , orne encore aujourdliui la téte des dames islandaises*
Le hennin était encore en vogue en France an déclin du x?" râède, lors des prédications du dominicain Gabriel Barlet, dont les sermons fourmillent de quolibets ridicules et de saillies burlesques, coiimir ceux de Michel Menot et d'Olivier Maillard. Dans son sennoij latin De Tentatione diaholi, au milieu d'une sortie violente contre les divers ajustemens du beau sexe , Barlet n'oublie pas de Uù reprocher sa coiffure. « filles portent « des cornes f ditril, et des cheveux toitillés en anneaux ( cru- « delloi ). Dis-moi, femme , à quel signe distinguerait-on de « Macaire, le diable en habit d'ermite? Réponds sans hésiter. « — Aux griffes et aux ongles. — Eh bien ! toi , ce serait à tes « cornes. » Jermo 2; in prim. dominic. Qttadrag.
C'est dans les écrivains eccksiastiques , les conciles , les onvragcs de théologie morale , les sermonaiies et les légendes , qu'on peut puiser plus abondamment qu'ailleurs des notions universelles sur les mœurs publiques et privées , les nsages , les costumes et Tesprit religieux et politique de nos ancêtres. Les immortelles recherches de lIHustre Ducange pronverMit toujours combien de ressources ou pouvait tirer d'un pareil fond.
DE Là CATBÉDRàLë DE ROUEN. m
cet équipage , chevaucher !e vieillai ci el ie conduire au moyen d'une bride dont le mors est fixé dans la bouche de cette vénérable monture.
Far suite de Toubli des traditions et des écrits de nos vieux poètes , on a souvent cru voir, dans ce sujet reproduit dans quelques autres lieux , une allégorie de la patience ou plutôt de l'excessive bonhomie avec laquelle Socrate endurait les mauvais traitemens desaiemme, Tacariatre Xantippe. Il n'a cependant aucun rapport avec cela : il s'agit d'une autre histoire que je pourrais préciser en deux mots , mais que je crois plus à propos de rapporter avec quelques détails. D'ailleurs, je suis, je le confesse, né quelque peuconteur; maiscedéfaut, si c'en est un, m'est au moins commun avec nos pères , qui , dès les xu^et xiii« siècles, reconnaissaient l'hospitalité ou s'en tenaient pour suffisamment indemnisés par une chanson ou le récit d'un conte , usage simple et naïf que je me plais d'autant plus a rappeler, que ce fut en Normandie , lieu de son origine, qu'il t ul spécialement cours , et que
c*e&t encore en Normandie qu'on dut, plus fréquemment qu'ailleurs , payant son hôte en pareille monnaie, le régaler du conte ou fabliau dont le sujet a fourni celui de notre sculpture; ' il est d'Henry d'Andeiy , trouvère renommé du xiiie siècle, et cette production de notre' vieux compatriote se distingue éminemment , par sa délicatesse, de Timinense fatras des poèmes romans f sous le titre de Lqy dArUtole, Je n'en exposerai néanmoins c^u une sorte de sommaire, en traduisant librement le texte , même en le citant littéralement quelquefois.
Nous trouvons, dit Henry , après un ezorde fort grave, qu'Alexandre, roi tk la Grèce, dont tant de potentats éprouvèrent la fureur guer-
' « Usages est en Normeiidie , 0 Que qui hébergiez est , qu'il die « Fable oq chanson lie {Joy^me) à son oate* t Geste coustume pas n'en osie « Sire Jehana li chapelains. »
— Bit du SegtetuiH de Clui^ , par Jean te Chapelain.
Vofez les Fabliaux publiés par Varbuan , <dit. de Héon,
t. lli , préf. , p. IX.
BE LA CATHÉDRALE DE ROUEN. m
yiére, méprisait Tor et les richesses^ Causant
consister ses trésoi's dans sa chevalerie seule» 11 s'empara de tout pour tout donner ; il sema tout pour tout recueillir , et c'était en semblant mettre tout hors de sa puissance, qu*il travaillait à lui donner une étendue sans bornes. Mais Je veuiif dit Tauteur^ repairer à mon affaire. Ce roi de la Grèce et de l'Lgypte avait soumis à sa domination jusqu'aux vastes états de l'Inde ! C'est dans ces derniers climats qu'il se complut long-temps à résider; si vous me demandez pourquoi y je vous le dirai voioutiers : c'est
« Qu'autant a amors sor un roy « De droit pooir , ce est la somme ^ « Comme sor tout le plus pourc home « Qui soit en Cbampaigne n'en France , « Tant est sa seiisnorie franche. »
Or, le ûer Macédonien, après avoir courbé le nioiide entier sous le joug, soupirait dans tes fers d'une jeune Indienne que nature avait , il est vrai, comblée des charmes les plus ravissans. Le belliqueux monarque ne peut s'arracher de ses bras, ne voit, ne vit plus que par
1«6 STALLKS
elle et pour elle j pour elle il oublie tout , jusqu'au soin de sa propre gloire. £nfin , le vainqueur des rois, le maître du monde, est devenu l'esclave idolâtre d'une simple et faible fille sortie d'un sang barbare. L'armée entière s'indigne et murmure sourdement; mais si tous se taisent encore devant le héros d'Arbelles , il n'est personne au moins qui ne le blâme en se* cret. Aristote, que le poète normand suppose à la suite du conquérant, Aristote enfin s'alarme pour la renommée de son élève , et lui reproche avec iiidij^iiation de la sacrifier à uue misérable étrangère. £n vain le passionné monarque veut plaider contre le sage en laveur de son amour ;
« Je cuit ( je crois ) que vem ne vén goûte ,
« Roi , dir Aristole son meslre :
«< Ur vous pucl-oii bien mener pestre
« Tout issi comme besle en pré. »
Ce compliuienty qui , soit dit en passant , ne respirait pas la politesse attique et ne ferait pas fortune aujourd'hui près des grands , produisit cependant , à l'appui de quelques autres arguuieus, son effet sur Tesprit du fils de Philippe.
DE l\ CAÎllllDftÂLE DE ROUEN. 167
Aussi, dès ce jour uiètne, témoigne -t-ll , au moins en apparence , quelque refroidissement à sa inie. Vax belle Indienne s'alaiine, pleure, se désole et se tait ; mais son silence est celui du désespoir. Ait xaiiili e ne peut soutenir le spectacle de sa douleur : son cœur s^amoUit , et le héros redevient amant. 11 s'excuse sur Aristote , dont il révèle Taustère mercuriale ; et la belle , essuyant ses larmes, jure de les faire payer à celui qui les lui fit répandre. « Sire roi, dit-elle, si Dieu me sauve et me maintient vive jusqu'à demain heure de none, vous [)ourrez, à votre tour , vous moquer de votre maître, de ce vieux, bourra chauve et pâle, dont , j*en suis certaine, la dialectique et la clergie ne tiendront pas contre moi. Postez-vous seulement en secret , dès Taube du jour , aux fenêtres de cette tour. »
Le lendemain , Alexandre se glisse au lieu du rende^vous^ et bientôt la jeune fille, n'ayant, pour couvrir ses charmes , que sa blanche chemise et un manteau bleu, voltige d'un pied léger , plus fraîche que l'aurore , sur le gazon
168 ST\IXëS fleuri du verger voisin. C'est près de là qu'est l'étude d'Aristote, et déjà le philosophe est enfoncé dans ses méditations. L'aimable sjrène erre autour de sa retraite. Sa douce voix se marie au gazouillement des oiseaux qui saluent le retour de la lumière ; elle répète les chansons les plus tendres, et, dans sa feinte insouciance, elle tresse une couronne de menthe et de fleurs dont elle orne son front plus clair que cristal , et Tor de sa longue chevelure. Le sage distrait prête l'oreille, s'émeut, abandonne son livre, et s'interroge, épouvanté de son trouble, sur le sentiment qui l'occasionne. D'une voix plus touchante encore , Taimable étrangère fait entendre cette nouvelle chanson :
« Dans un verger , auprès d'une fontaine , la fille d'un
« roi s'asseoit , la téte inclinée sur sa main ; en soupirant , « elle appelle son doux ami Ahi ! comte Guy , dit-elle , « votre amour m'enlève mon repos et mes plaisirs. »
Enfin le charme opère : le philosophe n'y tient plus; il parait, déclare à la belle Indienne^
DE U CATBÉDRALE DE ROUEN. m
qui feint un mouvement de surprise, la passion dont il est embrasé, et la hupplie de lui accorder le (ion d* amoureuse mercy, — « Ah ! Seigneur ^ dit-elle, des puis quaituiestque vous tant marnez. £h bien ! soit, j*y consens, mais veuillez au moins mériter mes bonnes grâces par une légère complaisance. Je ne puis , je vous Tavoue , résister à la fantaisie de vous cbevaiicher un peu dans ce verger, votre dos chargé de la selle d'un palefroy, pour être plus lionnes lement assise. » A quoi ne contraint pas l'amour ? 'Dans sou transport, Aristote se prête à tout, et le voilà chargé de son gracieux fardeau , cheminant à quatre pattes sur le gazon humide de rosée. On se doute aisément que sa malicieuse cavalière le dirige vers la tour ou son amant se tient aux aguets. Fièrede sa victoire , elle chante ces paroles d*une voix élevée :
«I Ainsi va qui amors maine « Pocelle pti» blanche que laine ; « Mestre mosars me soustient , « Ainsi va qui amors maine « Et ainsi qui tes maintient. »
i70 STALLES
Alexandre, riant de ce plaisant spectacle, — eh ! qui n'en eut pas ri ! — se montre soudain à la fenêtre de la tour. « Maître, s*écrie-t-il , que rois-je ? Est-ce bien tous qui vous laissez con* duire ainsi , oubliant à ce point votre sermon d'hier , et vous abaissant le premier à la condi* tion des brutes ? »
Aristote lève la téte et s'arrête stupéfoit , mais, malgré son trouble , tire de sa confusion même une nouvelle leçon pour son fougueux élève : «c Sire, dit-il, vous dites vrai; jugez donc maintenant si j'avais raison de vous prémunir contre les écarts de votre bouillante jeunesse , quand , malgré la glace des ans , je n'ai pu me défendre des égaremens de l'amour , de cette passion fatale contre laquelle viennent d'échouer en un instant , et mes lumières et ma longue sagesse. » C'est ainsi , dit le poète andelien, que
" Moult s'est resKîous [s'est tiré) et bel et gent « Aristote de son mesehief. »
Henry n'en convient pas moins avec. Caton, que : turpe est doc ton mm cfiipa redargidtipsum^
DE LA CATRfiDIKALE DE RODEN. 171
et conclut enfin son poème par cette prédiction
plus certaine que celles de maître Matliieu Laensberg :
« Veritez est , et je le di ,
« Qu^aokors vainc tout et tout vaincra
« Tant corn cis BÎècle durera. »
Tel est le fond du Lay d'Aristote ^ production
gothique dont il serait dillicile tle faii'e passer, dans notre langage moderne , la grâce et la sim-
plicité.
La Cathédrale de Rouen n*est pas la seule dans les décorations de laquelle ce sujet ait eu Thonneur d'être admis. Nous citerons seulement , pour abréger, et ne pas sortir de la Normandie, celle de Saint-Pierre de Caen, où il occupe le chapiteau d'un des derniers piliers du côté gauche de la nef ^ partie de Tédifice qui fîit construite vers Tau 1 3o8. M. l'abbé De la Rue, qui fournit ce renseignement dans ses Essais historiques sur la ville de Caen^ donne, dans le même ouvrage , une esquisse de ce bas-relief. <
• les chapiteaux de cette même église offrent plusieurs autres sculptures dans lesquelles M. Tabbé De la Rue a recomra de»
i79 STALLES
Sur un ancien dyptique d'ivoire publié par MontÉaucon , et représentant le même sujet , la figure d'Aristote est bestialisée par des pattes d'animal qui lui tiennent lieu de bras; derrière
sujets relatifs aux aventures de inessire Yvains , de Tristan de LëoQois et de Lanoelot da Lac, chevaliers de la labie-Boode. On y en trouve encore un non moins remarquable qui représente tm homme enfoncé dans une corbeille qu'une femme attire à elle au moyen d'un cordage ; il est relatif au fait suivant: La superstition et la crédulité du moyen-âge taxèrent beaucoup de grands homiiu s de magie et de sorcellerie. Virgile était un des plus renommés à cet égard. OneUiucs éciiviiiiis de ces siècles d'erreur rapportent que cet illustre poète ayant demandé nn rendez-vous à ime courtbane romaine , ne Tobtint qu'à condition qu'il n'entrerait chez elle que de nuit, et de la manière représentée dans le bas-relief* Le chantre d'Énée n*était , malgré son esprit et sa sorcellerie, ni défiant, ni devin. Âu milieu de son ascension , la maUcieuse conrtfaane fixe la corde et le laisse suspendu dans sa corbeille. Au point du jour , les Romains accoururent , et c'e<*t à qui raiUi'ra l enchanteur sur sa mystification. Mais, patience, rira bien qui rira le dernier. Voilà qu'en effet , pour se venger des goguenards , Yi< gile s'avise, quel désappointement pour les gastronomes et les frileux I de faire éteindre simultanément tous les feux de Rome ; il déclare en même temps qu'on ne pourra les rallumer qu'en en clicrchant le principe chez sa moqueuse méme^ àant certain lieu qu'il assure être toujours brûlant. La i>auvre femme dut
DE LA GATflÏDRUE DE ROUEN. 179
le philosophe est une tour carrée , de la plate-
fornie de laquelle il est observé par Alexandre accompagné d'Héphestion. *
Je n'abaudoiiuerai pas ce sujet sans avancer quelques conjectures revêtues d'une forte probabilité sur la personne de l'auteur du Lay d'Aristote. Ce poète , dont peut véritablement s'honoi'er la Noriuaiidie, et particulièrement les Ândelys , est également auteur du curieux fabliau de la Bataille des Vitis^ et d'un autre
se trouver horriblement occupée > puisque ce feu ne pouvant se communiquer d'un voisin à Tautre, chaenn était obligé d^en aller chercher pour sou propre compte. Symphorien , Cham-
picr et Albert fie KibjKirleMt l)caiiconp (lessorlilt'gcs do Virgile, ainsi que G-iln iel XiiiKlc d u- - ni .l/xtiogh' des y rands hommes accusés de magie , et Graticn Du Toat , dans ses Controverses duêeœe féminin et masculin, ouvrage en vers français, imprimé à Toulouse en 1594 , rapporte le conte précédent comme une preuve de la méchanceté des femmes. Cette extravagante conception figurait dans Notre-Dame de Rouen, à côté du Lay d^Aristote , comme dans Saint-Pierre de Caen , parmi nos stalles supprimées.
' yfntiquité expliquée , tome 5 , 2« partie , pl. cxciv, à la
ôoG" page.
poème intitulé la Bataiiie dts Sepl-Arts, ^ Je ne sache pas cependant (jue son nom soit seulement cité dans l'important ouvrage de mon savant confrère , M. Au^uia, sur les poètes ii ançais du moyen-âge ; et » quant aux autres modernes, particulièrement Legrand-d'Aussy, qui ont £Edt quelque mention des productions de notre trouvère, ils n'ont pu se procurer apparemment aucuns renseignemens biographiques sur sa personne. Ai-je été plus iieureux qu'eux à cet égard ?Dans le cartulaire du chapitre de Notre- Dame de Rouen, on trouvait, sous la date de laia, et dans une charte de Tarchevéque Robert Poulain , sous celle de 1 207 , un Henry d'Andely désigné comme chantre de la Cathédrale. * Je ne balancerais presque pas à croire
■ On lui doit encore le iHcIte du chmMvt PktUffpe* ( Voir Eêêai8 iur ka TYauvèrn , de M. De la Rue , t. m , p. 59-40.) A.D.
» Plus ancicimcmeut , des 1198, apparaît le uouuie Ilcnry d'Aîiclcly sur une charte que p<i^^»Mln la l5il)liollit*que publique de NeuichAleUn Nonnandie : « Teslii>us.... Uenrico de Andeli, « canonic'is Tothomagensibus.... anno M* C« XC« Virr«. »
DE U CATHÉDRALE DE ROUEN. m
que ce dignitaire ne soit le même homme que
l'on n'a jusc^u alors connu t^u'en sa simple qualité de poète.
D'abord, je considère Tidentité de temps, de nom et de surnom » et le peu d'importance de ta patrie du chantre et du rimeur , dont la faible population , surtout à une époque encore à demi barbare , ne pouvait , que par un bien singulier hasard, produire deux contemporains homonymes, l'un et l'autre d'un mérite remarquable. Mais j^établis mon opinion sur une base plus solide encore : c'est la chasteté d'expression qui règne dans les écrits de notre poète , réserve sur laquelle il u soin d'appeler lui-même l'attention du lecteur. « Je veux , dit-il , en par^ « lant de son Lay djristotcj mettre sans diifécc rer cette nouvelle en vers, mais avec décence; c( car tout œuvre où règne l'impureté ne peut et être produit à la cour , puisqu'une honteuse <t licence en détruit le mérite, en affadit la saveur. «Aussi me garderai-je bien d'en composer de « semblables, et même d'employer un seul mot
i76 STALLES
« dont je puisse rougir ; je ne le fis de ma vie , « et jamais je ne le ferai. » Qui sait si ce respect de lui-même ne tenait pas autant k des considérations particulières que Tauteur ne nous fait pas connaître, qu'à sa pudeur naturelle? Cette délicatesse est , dans tous les cas, d'autant plus extraordinaire , que les écrits des poètes contemporains d'Henry d'Andely fourmillent de traits fort libres ( quelquefois même dans des sujets pieux) y et souvent de Tobscénité la plus effrontée. Les goûts de cet anglo-normand , qui florissait du temps de Philippe-Auguste , avaient du cepeiuiaiit se développer sous l'influence des Plantagenet ses premiers souverains , dont aucun , tant s'en faut , ne s'était jamais piqué d'édifier ses sujets par la pureté de ses mœurs. Joignons à cela qu'apparteiiuul, comme nous venons de le dire , à l'époque la plus signalée par les turpitudes des trouvères , époque qui comprend 9 dans sa durée , chose digne de remarque, le règne du pudique Louis VI II et celui de saint Louis , l'honorable exception
D£ LA CATHÉDttALË DE ROUEN. 177
qu Henry d'Andely sut établir en sa faveur, parait assez concluante quant à l'identité de ce personnage avec celui que les titres précités revêtent du caractère religieux et de la dignité de chantre de Tégiise métropolitaine de Rouen.
Cependant, je conviens ici de bonne foi que j depuis la rédaction de cet ouvrage, j'ai remarqué , dans un autre poème d'Henry d'Andely , une ou deux expressions qui, transportées dans notre langage actuel , paraîtraient peu d'accord avec un scrupule tel que celui dont se piquait notre vieux, riiueur. J'observerai ucaïunoiub qu'elles ne devaient avoir rien de choquant sous sa plume, puisque long-temps après elles furent employées par Monstrelet et par d'autres graves écrivains, postérieurs mémo à cet historien.
M. Langlois se proposait de doiiiici', sous forme irappeiulice à son ouvrage sur les Stalles, comme formant son complément naturel , les notes suivantes , que mes redherdies dans Tanden chartrier de la Cathédrale de Ronen m'avaient mis à même de recueillir , et que je m'étais empressé de lui couimuuiqiicr. i:n les plaçant ici, telles que je les lui avais transmises, sans y rien changer, je ne fais qn*obéir à IHntentbn qufl avait luimême manifestée.
Ces notes sont extraites des registres capitulaires et des comptes manuscrits de la Fabrique.
A. Detille.