STANCES A SA SILVIE
7/ permet à sa Dame d'en aimer d'autres que tuy, pourveu qu'il n'en sçache rien
^oGNOissANT vostrc humcur, je veux bien, ma Silvic, ^^ Que passant vostre temps
Avec tous les Amans dont vous estes servie Voua les rendiez contents.
La mode de la Cour m'estant si bien cognuc,
Pourrois-je avoir douté Qu'on peut vivre en ce temps plus chaste et retenue
Avec tant de beauté ?
J'aprouve vos plaisirs & qu'il vous soit loisible
D'en jouyr bien à point, Car donnant tant d'amour il seroit impossible
Que vous n'en eussiez point.
Mais puisque ce péché point de blasme n'apporte
Quand on le cache bien, Je voudrois seulement que vous fissiez en sorte
Que je n'en sçusse rien.
Celle qui fait du mal se peut dire innocente
En le tenant caché Mais quand on fait du mal & qu'après on s'en vante
On fait double péché.
Ne vous vantez donc plus de ce qu'il faudroit taire De peur d'un mauvais bruit,
Descouvrant en plein jour ce que vous n'osez faire Sinon qu'en pleine nuict.
En le disant ainsi vous serez diffamée
Des contes de la Cour, Au lieu qu'en le taisant vous seriez estimée
De bien faire l'amour.
Faites qu'en vos façons on puisse recognestrc
Un plus chaste entretien.
L'apparence y suffit, il faut feindre de l'estrc,
Et puis n'en faire rien.
Recevez tous les jours ce plaisir ordinaire
De quelque Amant discret, Et cessant de le dire & non pas de le faire,
Tenez le plus secret.
STilkNGES DS JEAN DE LINOENDES 37
A tous sales discours que vos lèvres soient closes,
Et par un geste feint, S'il en faut escouter faites changer en roses
Les lis de vostre teint.
Un autre lieu requiert de ne pas faire conte
Des rapports d'un jaloux, Et quittant cet honneur chasser encor' la honte
Bien loin d'auprès de vous.
Sous les rideaux tirés ces paroles lassives,
Ces ris délicieux.
Ces contes afFctez, & ces façons naïfves
Vous siéront beaucoup mieux.
Qu'alors autour de vous la chambre retantisse
De souspirs amoureux, Goustant ce que l'Amour en ce doux exercice
A de plus savoureux.
Qu'en serrant un Amant d'une amoureuse estreinte
Sur vostre sein collé, D'un mignard tremblement on voye à chaque atteinte
Vostre lict csbranlé.
Pour le moins, ma Silvie, en quittant vostre couche
Gardez que ce péché En vos libres discours par vostre propre bouche
Ne vous soit reproché.
Pourveu qu'on ne le sçache & que la renommée
Ne vous aille blasmant, Soyez, si vous voulez, tout le jour enfermée
Seule avec un Amant.
Mais faignez d'estre chaste & ne faites pas gloire
De me sçavoir trahir, Me déclarant un mal que je ne veux pas croire
De peur de vous hayr.
Car j'enrage de voir qu'un page vous apporte
Si souvent le bon-jour, Pendant qu'un autre encore attent à vostre porte
De vous voir à son tour.
D'un despit bien ardent, il faut que je l'avoue,
Je me sens embrazer, Voyant tous les matins encor' sur vostre joue
L'emprainte d'un baiser.
Vostre lict plus foulé qu'il ne devroit paroistre
Pour n'avoir que dormy Et vostre poil meslé me font trop recognoistre
Le jeu d'un autre Amy.
Lors voyant loin de vous la honte cstre bannie,
Je deviens si jaloux Que je voudrois mourir, mais pour vous voir punii
Ne mourir qu'avec vous.
Couvrez bien vos amours, sans craindre que j'estime
Qu'on se doive fascher, Ny que l'on puisse encor' vous reprocher un crime
Que vous pourrez cacher.
Que si je vous surprens me faisant ceste injure
Un jour à l'impourveu, Soustenez qu'il est faux jusqu'à tant que je jure
De n'en avoir rien veu.
Car alors reputant pour des songes frivoles
Tout ce qui sera faict, Et démentant mes yeux pour croire à vos paroles
Je seray satisfaict.