ALCIDON PARLE
piLLis auprès de cest ormeau
Où paissoit son petit troupeauj Estant toute triste & pensive, De son doit escrivoit un jour Sur le sablon de ceste rive: Alcidon est mon seul amour.
Je ne devois pas m'asseurer De voir sa promesse durer, Par ce qu'en chose plus légère Ny plus ressemblante à sa foy, L'ingrate et parjure Bergère Ne pouvoit se promettre à moy.
Un petit vent qui s'eslevoit En mesme temps qu'elle escrivoit Ceste preuve si peu durable, EfiFaça sans plus de longueur Sa promesse dessus le sable Et son amour dedans son cœur.
P>ELLE Armide, à quelle raison
Pour nous tirer en ta prison Uses tu de tant de caresses, Puis qu'abusant de ces apas Tes beaux yeux nous font des promesses Dont ton cœur ne se souvient pas?
Quelle erreur t'a peu faire croire
Qu'on puisse acquérir de la gloire
Avec tant d'infidélité,
Et que l'amour & la constance
Au pris de la légèreté
Soient des idoles sans puissance.
Cesse donc de plus inventer Tant d'attraits pour nous arrester Et pour ravir nostre franchise, Puis qu'au lieu de la retenir Aussy tost que tu l'as conquise Tu ne t'en veux plus souvenir.
Hé! quel honneur peux tu prétendre
De tant de cœurs qu'on te voit prendre,
Que tu quittes de jour en jour
Pour d'autres conquestes nouvelles,
Imaginant plustost l'Amour
Sans des flames que sans des aelles.
Mais helas! ô chère beauté, Je blasme ta légèreté Sans perbser que la douce amorce Dont tu te sers pour m'engager, Me ravit l'envie & la force De me soustraire à ce danger.
Car voyant ma perte évidente Sur une Mer si peu constante Mon cœur semble s'y préparer, Désirant si fort son naufrage Que de peur de s'en retirer Il n'a peur que d'estre trop sage.
Helas ! Raison, pardonne moy Si tu vois qu'enfraignant ta loy, Je fay si peu de résistance Quand on m'oste la liberté, Et si mal-gré son inconstance Je veux mourir pour sa beauté.
Et qui pourroit t'estre fidelle
Aymant une chose si belle?
Ou bien en voyant seulement
Ses beaux yeux, dont la douce flame
Me fait haïr si doucement
Le défaut qu'elle a dedans l'ame?
Je veux donc aymer ma prison, Et croire, pour la guerison De la douleur qui me tourmente, Ou que je pourray l'arrester, Ou que son humeur inconstante Me contraindra de l'imiter.