‹ Stances. Précédées d'une noticeChapitre 5 sur 19 · ALCIDON PARLE · texte numérisé non relu

ALCIDON PARLE

piLLis auprès de cest ormeau

Où paissoit son petit troupeauj Estant toute triste & pensive, De son doit escrivoit un jour Sur le sablon de ceste rive: Alcidon est mon seul amour.

Je ne devois pas m'asseurer De voir sa promesse durer, Par ce qu'en chose plus légère Ny plus ressemblante à sa foy, L'ingrate et parjure Bergère Ne pouvoit se promettre à moy.

Un petit vent qui s'eslevoit En mesme temps qu'elle escrivoit Ceste preuve si peu durable, EfiFaça sans plus de longueur Sa promesse dessus le sable Et son amour dedans son cœur.

P>ELLE Armide, à quelle raison

Pour nous tirer en ta prison Uses tu de tant de caresses, Puis qu'abusant de ces apas Tes beaux yeux nous font des promesses Dont ton cœur ne se souvient pas?

Quelle erreur t'a peu faire croire

Qu'on puisse acquérir de la gloire

Avec tant d'infidélité,

Et que l'amour & la constance

Au pris de la légèreté

Soient des idoles sans puissance.

Cesse donc de plus inventer Tant d'attraits pour nous arrester Et pour ravir nostre franchise, Puis qu'au lieu de la retenir Aussy tost que tu l'as conquise Tu ne t'en veux plus souvenir.

Hé! quel honneur peux tu prétendre

De tant de cœurs qu'on te voit prendre,

Que tu quittes de jour en jour

Pour d'autres conquestes nouvelles,

Imaginant plustost l'Amour

Sans des flames que sans des aelles.

Mais helas! ô chère beauté, Je blasme ta légèreté Sans perbser que la douce amorce Dont tu te sers pour m'engager, Me ravit l'envie & la force De me soustraire à ce danger.

Car voyant ma perte évidente Sur une Mer si peu constante Mon cœur semble s'y préparer, Désirant si fort son naufrage Que de peur de s'en retirer Il n'a peur que d'estre trop sage.

Helas ! Raison, pardonne moy Si tu vois qu'enfraignant ta loy, Je fay si peu de résistance Quand on m'oste la liberté, Et si mal-gré son inconstance Je veux mourir pour sa beauté.

Et qui pourroit t'estre fidelle

Aymant une chose si belle?

Ou bien en voyant seulement

Ses beaux yeux, dont la douce flame

Me fait haïr si doucement

Le défaut qu'elle a dedans l'ame?

Je veux donc aymer ma prison, Et croire, pour la guerison De la douleur qui me tourmente, Ou que je pourray l'arrester, Ou que son humeur inconstante Me contraindra de l'imiter.

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