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vaste et au cœur ouvert, d’un homme qui sans compter dorme le meilleur de lui-même, s’étend toujours plus loin qu’il ne paraît. Elle se ramifie par les œuvres qu’il inspire à ses auditeurs de passage, à ses amis, à ses disciples assidus. Un mot profond dans la conversation, une idée féconde dans une conférence, une direction heureuse dans une discussion scientifique préparent parfois la moisson lointaine et inattendue.
Nous avons donc toujoui’s proclamé et nous proclamerons toujours ce que nous devons à Stanislas Clément En 1878, le 2y novembre, fut prise la délibération suivante : « La Société )) reconnaissante des soins et attentions dont M. Stanislas )) Clément ne cesse de l’entourer, désireuse de rendre un non- » vel hommage à Camille Clément en honorant dans le père )) les nobles et touchantes qualités qu’il avait su inculquer à )) son fils, otïre à M. Stanislas Clément le titre de Président )) Honoraire. »
Lorsqu’il fut nommé Officier d’ Académie au Congrès des Sociétés savantes en 1882, Officier de l’Instruction Publique en 1888, le 5 mai 1895, lorsqu’on inaugura le Muséum, en 1897, à l’occasion du 25® anniversaire de son entrée dans notre Société, nous lui avons apporté l’expression sincère de notre profond attachement. Nous aurions voulu le lui marquer d’une manière plus efficace. Nous avons, à cet effet, pris l’initiative de demander qu’on lui accordât la Croix de la Légion d’Konneur. Elle nous était promise pour lui, elle lui était due. Cette récompense que l’on ne prodigue guère aux savants de province sans relations avec le journalisme et la politique, la mort seule l’en a privé : elle aurait été la juste consécration d’une vie tout entière vouée à la science et au bien. — Nous voudrions encore que son nom fût donné à l’une des rues avoisinant le Musée qui est son œuvre. Nous espérons y réussir. — Enfin, M“a® Clément a bien voulu nous offrir le portrait de celui qui fut pendant de longues et bonnes années notre président honoraire. Ce portrait, nous l’avons placé dans la salle des séances, au-dessus du bureau. Ainsi l’occasion naîtra souvent d’apprendre aux nouveaux membres ce que fut M. Stanislas Clément et les services qu’il a rendus à notre Société et aux sciences de la nature.
Son œuvre principale, celle qui le met hors de pair, c’est la création du Muséum d’Histoire Naturelle. — Elle lui a coûté quinze ans, vingt ans d’un labeur ininterrompu, assidu et
intelligent. Et elle a doté notre cité de richesses scientifiques qui lui permettent de rivaliser avec les plus grandes villes de province. Certes les matériaux ne manquaient pas, mai? ils étaient disséminés, égarés, perdus. Les odyssées des collections primitives, Fhistoire du Musée avant M. Stanislas Clément est lamentable. Elle mérite d’être connue car elle est fertile en enseignements.
Les Sciences naturelles n'avaient pas jadis l’honneur de figurer dans les programmes universitaires. Les hommes distingués, selon la formule classique, connaissaient dans tous ses détails le bouclier d’Achille et pouvaient disserter brillamment sur les armures antiques, mais ils ignoraient la structure de leur propre cerveau. Heureusement, de tout temps il s’est rencontré des savants désintéressés s’adonnant pour leur propre satisfaction à l’étude de la nature. Notre département en a compté un grand nombre et des plus éminents qui ont formé de précieuses collections. 11 y a, en réalité, plus de 180 ans qu’on travaillait au futur Musée. En effet, c'est un legs de Séguier à l’Académie de Nimes 1778, qui a constitué le premier et remarquable fonds du Musée actuel (1). Or, Jean-François Séguier, que Linné appelait son maître, est né en 1703 et il a commencé ses collections à l’êge de 16 ans. Il a réuni de beaux marbres, des gemmes précieuses, des roches et des poissons fossiles recueillis au mont Bolca près de Vérone (Italie). Il a fait un herbier très riche, non seulement des plantes de Vérone, qui lui ont fourni la matière de trois volumes de botanique (1745-1754), maïs encore des environs de Nimes dont il aurait pu faire la flore comme l’y engageait Linné. — Le cabinet de Séguier resta dans son intégralité à la disposition de la Ville, de 1793 à 1816, puis fut dispersé et disparut en divers coins obscurs sous la poussière.
L’abbé Desroches, d’Uzès, laissa à la ville en 1816 de nombreux spécimens conchyliologiques. Ils n’ont pas été retrouvés.
Le docteur Amoreux (2) de Beaucaire (1741-1824), naturaliste distingué, ancien bibliothécaire à la Faculté de médecine de Montpellier, auteur de travaux estimés (entre auti'es Notice des insectes de France réputés oenimeux, Paris 1789), fit à la
(1) Dacier. EJoge de Séguier, prononcé devant l’Académie des Belles- Lettres de Paris, séance du 15 novembre 17S5. — De Batte. Notice historique sur Séguier. {Journal d/histoire naturelle, Paris 1787. p. 32-38).
(2) D’’ Roubieu. Eloge historique du D-' Amoreux. Montpellier, 1825.
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ville un legs consistant en coquilles, en un herbier (?) et en d’autres objets d’histoire naturelle.
La collection minéralogiquB donnée en 1824 par M. Villiers du Terrage, préfet du Gard, fut égarée comme la précédente, comme tant d’autres.
En 1858, M. Philippe Mingaud (né à Vauvert 1819), pharmacien à St-Jean-du-Gard,donna à Nirries ses collections : herbier général, droguier médicinal, roches, minéraux et minerais provenant de ses découvertes dans les Gévennes et toute une série d’autres objets d’histoire naturelle Elles furent délaissées dans leur emballage pendant 22 ans. Regardées comme colis encombrants, elles gisaient dans divers locaux sous des amoncellements de vieux papiers. On les croyait perdues. Elles furent retrouvées par M. Clément en 1880, dans le poste des sapeurs-pompiers. Cependant quelques-unes des 33 caisses primitives manquaient, c Un jour, qu’elles embar- » Tassaient, a raconté M. Ch. Liotard, alors secrétaire général » de la Maille de Nimes, on en ouvrit plusieurs dans la cour. )) Les gens qui étaient là en emportèrent tous quelque chose.» Le portrait de Ph. Mingaud, par Jalabert, qui se trouvait avec les collections a disparu et n’a jamais été retrouvé.
Jean Grespon (1), de Nimes (1797-1857) avait depuis 1827 réuni d’importantes pièces zoologiques et surtout ornithologiques. La ville les reçut en 1865 et elles furent visibles pour le public dans un local situé au jardin de la Fontaine. En 1872 on les déménagea pour laisser libre leur emplacement sur lequel on dressa la statue de Jean Reboul. Elles furent transportées à l’entrée de la Fontaine.
La ville a acquis encore : V En 1866 la collection des coléoptères de M. Ecoffet (1795-1866; (2), ancien directeur des contribution indirectes du département, ainsi que des papillons arrangés en tableaux suivant les procédés de la lépidochromie et 2°, en 1870 la collection conchyliologique de M. Faïsse, d’Arles.
M. Thomas Fontayne fit don, en 1876, d’une collection de coquilles provenant de Madagascar.
Toutes ces collections privées de soins se détérioraient. Méprisées, repoussées elles allaient au hasard de déménagements imprévus à FHôtel-de Ville, à la Bibliothèque, à l’ancien Hôpital, à la rue des Ghassaintes. On pense qu’elles ne gagnaient pas à errer de la sorte et elles n’auraient pas tardé
(1) E. Jœglé. Notice biographique sur Jean Crespon. Paris 1857.
(2) « Notice sur M. Ecoffet. » {Ann. Soc. Entom. de France, 186G p. 439-440).
GAL ET xMINGAUD.
à être complètement détruites, lî faut dire cependant que M. Adolphe Aubanel (1804-1886), officier de santé, pharmacien à Nimes, collectionneur ù ses heures et non sans mérite, avait été chargé depuis 1865 de l’entretien du Musée Grespon et des collections Ecoffet. — C’est donc grâce à lui que cette partie du moins du Musée actuel fut d’abord conservée.
Cependant notre Société fondée en 1871, avait répandu le goût des Sciences naturelles, raconté et déploré l’abandon coupable d’anciennes et riches collections, et jusqu’à un certain point agité l’opinion publique* .c. Stanislas Clément était l’âme de celte propagande qui finit par émouvoir la mumcipalité en 1880. Le maire d’alors, M. Margarot, disons-le â sa louange, fut gagné à la cause du Muséum et en décida la création. M. Stanislas Clément justement désigné par tous comme le plus apte accepta la lourde charge qu’on lui offrait et l’accepta à titre purement bénévole, du moins au début. Sa nominat on de Conservateur du Muséum fut officiellement confirmée par arrêté municipal en date du 9 avril 1883.
De 1880 â 1886 il consacra à cette œuvre tous ses moments de loisir. En 1886 ayant pris sa retraite comme chef Je bureau de la construction au P. -L.-M., il a alors plus de temps et l’emploie sans ménagement. Il fallait une foi robuste, il fallait être animé du feu sacré pour entreprendre un pareil tra- '^ail : le chaos, le désordre partout. Il faut d’abord retrouver les collections perdues, faire appel aux souvenirs de chacun, compulser des documents pour avoir quelques renseignements sur le sort probable des divers échantillons, fouiller les greniers, les soupentes, soulever une poussière séculaire. — Puis en possession des spécimens, tout reprendre, tout nettoyer, tout restaurer et souvent tout déterminer.
N’oublions pas cependant de dire, ce que M. Clément était 'le premier â proclamer, qu’il fut aidé par d’éminents naturalistes tels que MM. Torcapel, Lombard-Dumas et Pellet (1) et la Commission municipale d’histoire naturelle prise parmi les membres de notre Société qui mirent à sa disposition sinon leur compétence du moins leur bonne volonté.
Malgré ces quelques secours, Stanislas Clément, dût être tour â tour classificateur et préparateur, peintre ou modeleur, menuisier ou serrurier appelant la science et l’art â son aide. 11 est parvenu à sauver de la ruine et à rétablir la presque totalité de nombreux sujets de tous genres. En outre par
(1) G Mingaud. Noiice biographique sur Scipion Pellet. (Bull. 1901).