XXVIII INTRODUCTION
Dans ces circonstances, le roi manda Glayre auprès de lui et lui dit : « Vingt ans de probité ne sont donc pas toujours perdus. Tous les partis vous demandent pour diriger l'interrogatoire des diverses personnes impliquées dans cette malheureuse affaire. L'ambassadeur de Russie en a eu la première idée ; le grand maréchal de Mniszeck vous prie de vous en charger et moi je vous l'ordonne. »
Glayre sentit tous les inconvénients de cette commission. Elle allait changer pour lui une existence paisible dont il sentait tout le prix. « Cet état de paix est si doux, lit-on dans une brochure du temps, qu'il n'est pas possible de ne pas le regretter lorsqu'on se voit prct à le perdre; Glayre comprit que ce moment était venu. Chargé d'un rôle dans une affaire d'éclat où les acteurs étaient agités par les plus grands intérêts, obligé par la nature des choses à influer sur elle par son opinion, il vit bien que l'état de guerre allait commencer et qu'il ne lui restait plus que le choix de ses ennemis. Sa résolution fut bientôt prise et fut de n'en point avoir dans le parti où serait la justice*. »
Glayre commença aussitôt les interrogatoires et cette cause importante put être terminée déjà le i5 mars par un jugement du tribunal du grand maréchal Mniszeck, déclarant Ryx et Komarzewski innocents, et la femme Ogrumoff coupable d'avoir, sous divers noms empruntés, a commis plusieurs actes de faux, volé,
I . Observations sur un libelle qui a pour titre : Premier et second éclaircissements réels sur le procès du prince général de Podolie, Adam Czartoryski. Écrites par Glayre.
IXTRODCCTION. X\IX
faussement, malignement et calomnieusonicnt accuse des personnes les plus distinguées do co {vivs. do trames et de conspiration contre la vie du roi. oiUiu d'avoir faussement et calomnieusement accuse. |xir uuo déposition écrite, le général Komarzcwski et le sieur Ryx d'un complot d'empoisonnement du prince Ailiuu Czartoryski. » Elle devait, en conséquence, être mise au pilori, marquée d'un fer rouge et, enfin, emprisonnée à perpétuité. Ainsi se termina un procès dans lequel, comme on vient de le voir, le roi lui-ni(?nie avait été impliqué dans une certaine mesure.
La confiance dont Maurice Glayro jouissait en Pologne ne rem}>ecliait pas d'avoir sur la i)olili(|uo de ce pays des idées bien opposées i celles do certaines personnes influentes. La corresj)oiîdance ([u'il entretint avec le comle do Monct, (lei)uis son retour de Paris, peut nous renseigner à co sujeL Une il(».s choses qu'il réprouvait le plus était le lihcnun vclo, ainsi que le lecteur pourra le voir dans la loliro du i4 octobre 1780.
« Vous paraissez vous étonner, lui écrivail-il l'année suivante, du peu de notices que vous recevez do co pays-ci. Je vous avoue, mon cher général, quo je no me porte jamais sans ordre à vous en donner, parce qu'il n'est pour moi rien de si odieux que d'ôtro l'historien des absurdités du gouvernement polonais et de leurs résultats. Voilà mon secret, ne mo trahissez pas*. »