Lettre du 18 juillet
XLMII INTRODUCTION.
Six ans après la mort de Stanislas Poniatowski, Glayre était encore sous l'influence de Témotion et de la douleur que lui avaient causé la disparition d'un État auquel il s'était attaché, et la triste fin d'un souverain injustement malheureux. « Il est mort dans les fers de son ambitieuse amie, écrivait-il en i8o4, et moi je ne cesserai de verser des larmes sur ses malheureuses destinées et de détester les crimes dont il fut la victime. »
On vient de voir quel fut le rôle honorable joué par Maurice Glayre en Pologne. Mon but est atteint, et je pourrais maintenant laisser la parole aux documents qui constituent la partie essentielle de ce volume. Je désire cependant auparavant indiquer en quelques mots quelle fut l'activité de cet homme comme citoyen suisse.
Le pays de Vaud, sa patrie, fut, jusqu'en 1798, sous la dépendance de Leurs Excellences de Berne. Quoique Glayre n'eût jamais fait opposition au gouvernement bernois, il se décida cependant à prendre part à la révolution qui éclata au mois de janvier de cette année-là. Son but fut dès l'abord de maintenir ce mouvement dans les limites de la modération et de
INTRODUCTION. XUX
s'opposer aux mesures violentes qui étaient désirées par un certain nombre de personnes. Dans les premiers mois de Tindépendance vaudoise, il fut placé à la tête de Tadmînistration nouvelle à cause de la probité et de l'expérience qu'on lui connaissait.
Quand Berne fut tombée entre les mains des Français et que le régime unitaire fut introduit en Suisse par l'influence du gouvernement de la « grande nation » , Glayre fut appelé à faire partie du Directoire helvétique, première autorité du pays. Se rappelant alors les maux que l'influence toute-puissante de la Russie avait causés à la Pologne, il chercha à éviter par tous les moyens, que la Suisse se trouvât dans la même situation à l'égard de la France. Dans ce but, il ne cessa de protester contre les abus de pouvoir dont se rendirent coupables à diverses reprises les représentants du Directoire français et de demander toutes les fois qu'il en eut l'occasion, que son pays fût placé de nouveau au bénéfice de la neutralité. A l'intérieur, il combattit les mesures violentes qui ne devaient avoir pour conséquence, selon lui, que d'éloigner toujours plus du nouveau régime les populations de beaucoup de régions importantes de la Suisse. C'est ainsi qu'il s'opposa en vain à la guerre qui désola les petits cantons en 1798 ; c'est ainsi encore qu'il repoussa plusieurs fois les propositions de son compatriote Frédéric César de la Harpe.
La maladie, qui l'avait épargné depuis quelque temps, le força d'abandonner ses fonctions au printemps 1799. Quelques mois plus tard cependant, quand