Voir plus loin le texte de cette circulaire
2 . Saint-Pol était un agent de la Confédération de Bar comme Wielhorski.
3. Voir sur Wielhorski la note de la lettre du roi à Monet, du 22 août 1772.
78 STANISLAS POMATOWSKI ET MAURICE GLATRE.
l'a chargé pour moi en partant pour la Bavière. Vous venez de voir l'esprit des réponses à faire par vous à toute proposition des Confédérés. Pour Saint-Pol, je le renvoie entièrement à vous. Tachez de le déterrer dans Paris et, quelque fois, vous pourrez vous en servir comme de Boscamps* ici. Mais ne paraissez pas en faire grand cas devant Monet qui, aisément, pourrait en devenir jaloux, et en général n'employez pas trop Saint-Pol surtout dans ce moment où je ne suis pas en état de payer ses services.
']^ Outre ce que Marie-Thérèse a dit h Oginskî, j*ai d'autres indices qui me font croire qu'en effet l'impératrice de Russie, pour sa personne, commence à penser sur la Pologne à peu près de la même manière que Marie-Thérèse. Panin, au contraire, d'après toutes mes notions, est plus aveuglément prussien que personne. Cela étant, si vous aperceviez jamais en France quelque tentation d'opérer une révolution en Russie, travaillez à faire comprendre qu'il nous importe beaucoup de conserver la personne de Catherine II sur ce trône, puisqu'elle est plus susceptible d'impressions favorables à nous que tout autre dans son pays^.
1. Boscamps fut employé à diverses reprises par le roi de Pologne qui Tenvoya surtout en mission à Gonstantinople.
2. Il est bon de se rappeler toujours que Stanislas- Auguste conservait la plus grande affection pour la personne de Catherine II,
8® Le grand chancelier de France* m*a fait dire par la Lullier de fort belles protestations qui probablement n'étaient que des compliments de Cour. Cependant, comme il ne faut rien négliger, voyez adroitement à tirer parti de cela aussi. La Lullier ^ (qu'à Paris vous ne nommerez que madame du Pujet) écrit à son oncle, l'abbé de Rostignac, pour qu'il vous aide chez le chancelier auprès duquel il est bien. Mais évitez devant Monet et d'Aiguillon de paraître trop rechercher le chancelier dont le ministre est un peu jaloux.
Circulaire pour la convocation du Conseil du Sénat.
(Après avoir rappelé ses espérances personnelles, les malheurs de son règne et une première assemblée des sénateurs présents à Varsovie, Stanislas-Auguste s'exprime de la manière suivante.)
Et comme en même temps les sénateurs alors présents au Conseil, nous ont demandé que tous les membres qui composent le corps du Sénat soient appelés à discuter et décider l'ultérieur des résolutions à prendre pour le salut de l'État, nous nous rendons volontiers
1. Le grand chancelier était alors le fameux Maupeou si connu par sa lutte contre les parlements.
2. Cette personne dont il est souvent parlé dans la correspondance était très connue à la Cour de Varsovie, et y jouissait d'une certaine influence. Ce nom reviendra souvent dans la suite.
8o STANISLAS PONIATOWSKI ET MAURICE GLAYRE.
à un avis si conforme aux circonstances et indiquons le grand Conseil du Sénat pour le i®^ du mois de mars prochain, en désirant qu'à la réception de notre présente circulaire, vous vous rendiez ici auprès de nous, au terme susdit marqué conmie suffisant pour que tous les sénateurs puissent être instruits de notre appel et y obtempérer.
Vous viendrez pourvoir aux intérêts de TÉtat sous les auspices d'un roi que la main du Tout-Puissant s*est plu à raffermir sur le trône où elle Ta placé, en sauvant ses jours par une espèce de miracle, des mains parricides auxquelles, déjà, il ne paraissait plus au pouvoir humain de le soustraire.
Vos yeux auront des preuves qui vous convaincront qu'aucun soin, aucun moyen n'a été par nous négligé pour obvier aux malheurs dont le poids a fait gémir cette nation principalement depuis que la perversité des calomniateurs a osé attribuer ses propres démarches, à celui dont le rang seul irritait ses fureurs jalouses, depuis que par un enchaînement monstrueux d'écarts, elle s'est portée jusqu'à publier l'interrègne, jusqu'à ordonner le régicide.
Tous les cœurs vertueux ont frémi, tout bon citoyen a pleuré sur la tache imprimée à l'honneur de la nation, souillée du sang innocent de son propre roi.
Plût au Ciel que, dans l'amertume de nos chagrins, nous eussions pu nous dire qu'aucun sénateur au moins, en entrant dans la ligue illégale, contraire à
MISSION DU COMTE BRANICKI. 8l
notre dignité et à notre personne, ne s'est volontairement exclu de notre présence et de nos conseils.
Mais notre but est de guérir et non pas d'ulcérer les plaies de l'État. Nous témoignons donc que tout sénateur participant à la soi-disant Confédération, qui y renoncera par un recès authentique porté à notre connaissance avec les témoignages clairs et positifs de la fidélité qui nous est due, peut être certain, non seulement que nous lui remettrons son offense, mais qu'il jouira d'une pleine sûreté dans sa patrie et nommément au lieu du conseil.
Que ceux que l'effet malheureux des erreurs passées à éloignés de leurs emplois, de leur patrie et de leur maître reviennent à la voix d'un roi et d'un père qui ne veut plus connaître de coupables là où il voit le repentir des fautes avouées et qui, au contraire, tend les bras à quiconque reconnaît que, les dissensions domestiques ayant été la source de tous nos désastres, il n'est pas d'autre moyen raisonnable et juste et dont on puisse se promettre quelque succès pour servir la religion, la patrie et la liberté, qu'en s'unissant au roi, si sincèrement attaché à ces objets sacrés.
Telles sont nos vues constantes, tel est le but essentiel du grand Conseil, auquel vous êtes appelé, et auquel vous assisterez pour remplir le devoir de votre emploi et mériter nos grâces royales. Et sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Varsovie, le 28 novembre 1772.
8a STANISLAS PONIATOWSKI ET MAURIGÏS 6LATRE.
Le général de Rieule à Glayre,
Paris, le 6 décembre 1772.
Nous allons demain à Versailles où le duc d'Aiguillon nous recevra entre quatre et cinq heures. M. de Noyon * m*a dit ce matin que le roi de France ne voulait absolument pas de guerre et que madame du Barry ^ et sou parti étaient plus sûrs de gouverner dans le calme et maintenaient leur maître dans ce système de paix. Les négociations et Targent seront probablement les offres que Ton vous fera. On répandrait volontiers de l'argent à Pétersbourg si Ton pouvait s'en promettre du succès.
Repnin ^ est ici, mais oisif jusqu'à maintenant.
1. M. de Broglie, évoque de Noyon, connu sous le nom d'abbé de Broglie. Il faillit devenir cardinal lorsque, en 1777, Stanislas- Auguste eut à en désigner un. On lui préféra le duc de Rohan dont on a parlé dans une note précédente.
2. Chacun connaît le rôle important joué par cette personne à la Cour de France dans les dernières années du règne de Louis XV.
3. Le prince Repnin, général russe, fut envoyé par Catherine II en Pologne après la mort d'Auguste III pour faire nommer Stanislas Poniatowskî. Il y resta pendant quatre ans, excitant un mécontentement général par son orgueil, ses excès, ses violences et ses efforts pour exciter les partis. Il fut ensuite ambassadeur à Gonstantinople, força les Turcs en 1791 à signer le traité de Jassy. Il avait fait élire Stanislas- Auguste en 1764; c'est aussi lui qui reçut son abdication en 1795.
Varsovie, le 9 décembre 1773.
Mon cher Branickî,
J'ai reçu du roi d'Angleterre la réponse à ma lettre du i3 septembre. Elle est conçue en des termes très obligeants pour ma personne, mais absolument négatifs quant aux secours demandés. Cette réponse me prépare à celles que me destinent les autres souverains. Toutes mes notions m'annoncent d'ailleurs l'abandon général de l'Europe.
D'un autre côté, la volonté des trois Cours, loin de se ralentir, continue à s'expliquer avec une insistance accompagnée de procédés qui ne me laissent pas de doute sur la rigueur de ceux qui suivraient la constance de ma conduite. Ce ne doit plus être l'espérance de me concilier l'opinion publique, car que je cède ou que je résiste, je serai également blâmé. Dans le premier cas, on me reprochera ma faiblesse ; dans le second, on mettra sur le compte de ma témérité l'accroissement du mal qui en résultera. Aussi le moment est venu de suivre les directions d'une conscience droite et éclairée. Sur ce principe, et après les déclarations des ministres des trois Cours, j'ai pris mon parti et j'ai avancé l'époque du grand Conseil du Sénat au 8 de février.
Privés des secours qui auraient pu nous garantir du démembrement, il reste à nous en ménager qui
nous procurent tous les dédommagements dont notre situation est susceptible. C'était Tesprit de vos instructions.
Je pense que vous devez tout naturellement demander à M. le duc d'Aiguillon si sa Cour a des moyens par lesquels elle puisse influer sur les arrangements que les trois puissances comptent mettre dans nos aflaires à la future Diète. Dans ce cas, vous lui exposerez que nous aurons besoin de ses bons oflices pour obtenir des règlements qui nous procurent .ces trois avantages :
I® Sûreté pour la conservation de ce qui restera à la République, ce qui suppose la sortie des troupes étrangères, des précautions pour les empêcher d'y rentrer ; une démarcation de limites faite avec précision ; des mesures prises contre les inondations de la fausse monnaie * ; le renouvellement du traité de Carlowilz ^ ; l'abolition de la garantie de 17G5, le sort des dissidents fixé et non égalé aux catholiques ; des conventions avec la Prusse et l'Autriche pour le sel ; la garantie de l'Angleterre, delà France et de la Suède;
1. Monnaie fondue en Prusse à un taux inférieur h celui des pièces frappées en Pologne depuis le commencement du règne de Stanislas- Auguste .
2. Le traité de Carlo witz avait mis fin en 1697, à' la guerre des Turcs contre TAllemagne, guerre marquée surtout par le siège de Vienne et la délivrance de cette ville par les armées impériales unies à celles de Jean Sobieski, roi de Pologne.
2^ L'immunité dans notre commerce, la liberté de la navigation sur toutes les rivières jusqu'à la mer ;