Des modifications dans la forme de notre gouvernement
Comme il sera nécessaire de donner une exposition détaillée des deux derniers points, afin que les Cours qui voudront s'intéresser à nous aient des objets déterminés à proposer et que ceci demande une discussion plus réfléchie que ne le comportent l'étendue et le temps à donner à une dépêche, je ferai écrire les sages du pays et ce sera d'après la connaissance de leurs idées que je rédigerai les miennes. En attendant, vous êtes en état de préparer les esprits à ces choses qui devront un jour leur être présentées en un corps de système.
Dans sa dernière lettre du i5 novembre, Monet me demande de la part de M. le duc d'Aiguillon si je suis bien ou mal avec la Russie, si je puis compter sur quelques dispositions favorables de l'impératrice. C'est à cette question que nous avons prévue qu'ils réduisent maintenant toutes celles qu'ils m'ont faites depuis si longtemps sous une autre forme lorsqu'ils me demandaient quelle était la nature de mes engagements avec la Russie. Toutes ces variations ont un air de chicane et de mauvaise volonté qui ne me fait rien espérer de bon de ces gens-là. Mais la fin de cette lettre m'a réellement blessé.
Monet me dit que ma résistance et toutes mes
démarches sont comparées en France à la fanfaronnade de ce gouverneur de place quî disait à l'ennemi : « Tirez-moi des coups de canon afin que je me rende avec honneur, » Il y a tant d'indécence et d'inconséquence dans ce propos que pour ne pas le faire sentir trop durement à Monet, je ne répondrai point à sa lettre, mais je vous en charge expressément si votre arrivée n'a pas produit de changement dans de semblables manières d'apprécier ma conduite. Il y a la bizarrerie la plus marquée à me solliciter sans cesse à la résistance et ensuite à la ridiculiser.
Vous comprenez du reste que votre séjour à Paris est accompagné de grands inconvénients et qu'il ne doit se prolonger que le temps qu'il vous faudra pour savoir ce qu'on veut faire ou qu'on ne veut rien faire. Ainsi ne perdez pas un jour, pas une heure inutilement.
On me mande que les trois Cours- veulent s'assurer de plusieurs Confédérés et notamment de Radziwil * et qu'à défaut de Diète, elles méditent une Confédération de tous les scélérats qu'elles pourront rassembler. Elles travaillent même à former dans chaque province des concours séditieux pareils à celui qui a Sulkowski ^ pour chef. Jugez, mon ami, à quel point de malheur
I. Voir plus haut sur le prince Gh. Radzîwil la note jointe à la lettre du g septembre 1772.
a. Voir plus haut la note de la lettre du a8 octobre 177a.
nous touchons. On me dit aussi que la Cour de Vienne doit envoyer à Léopol une quantité de fausse monnaie telle qu'en frappe le roi de Prusse.
Le comte Branicki au roi de Pologne,
Paris, le 10 décembre 1772.
Sire,
Dès que ma santé me l'a permis, je suis allé auprès de M. le duc d'Aiguillon. C'est le 7 de ce mois que je l'ai vu. Il paraissait 1res convaincu dans son for intérieur que je lui apportais un plan que Votre Majesté aurait arrangé avec la Cour de Russie, tant sur les affaires de Pologne que sur celles de la Suède *.
On nous a reçu fort bien, Rieule et moi. Le roi a dit qu'il nous recevrait aussi.
Le premier compliment fait de part et d'autre, j'ai commencé à peindre la triste situation de ma patrie et celle de Votre Majesté avec des couleurs très vives. Le duc, impatient de savoir la fin et de voir le plan projeté, me donnait à peine le temps de parler en me disant qu'il savait cela et que le roi de France en était très touché. Il me demandait si j'avais apporlé quelque plan avec moi. Je lui dis que la Pologne,
I. On voit par ce passage que le duc d* Aiguillon croyait toujours à Falliance du roi de Pologne et de Catherine IL II attribuait ainsi à Stanislas-Auguste une puissance et des ressources qu'il ne possédait pas en réalité.
dans la situation où elle se trouvait, n'était pas capable d'en fournir un qui soit précis.
(( Si elle en avait un fondé sur la probabilité du succès, lui dis-je, elle prierait votre Cour, comme une Cour garante, d'y accéder. Le roi de Pologne vous offre sa bonne volonté entière et celle de toute sa nation. Les calamités publiques ont étouffé toute haine particulière et toute division. Pourvu qu'on nous aide, la Pologne est plus ensemble que jamais. »
Le duc me dit :
(( Que voulez-vous qu'on fasse pour vous autres? Vous ne pouvez rien par vous-mêmes, le roi de France est fort éloigné ; il faut détacher la Russie et c'est ce que le roi de Pologne doit faire par ses influences. »
Je lui ai répondu que Votre Majesté n'a négligé aucune occasion de représenter à l'impératrice de Russie que le démembrement de la Pologne est contre ses intérêts. L'agrandissement de la Prusse et de l'Autriche ne l'avance pas et elle ne se mêlera plus des affaires de l'Europe. L'impératrice a de bons sentiments pour Votre Majesté. Mais elle a ses engagements à tenir. Il faut faire voir à la Russie son propre intérêt, la flatter, avoir un homme habile et beaucoup d'argent pour négocier. J'ai glissé, sachant que Durand * est votre ennemi personnel, homme de