‹ Stanislas Poniatowski et Maurice Glayre; correspondence relative aux partages de la PologneChapitre 49 sur 78 · I. Agent français en Russie · texte numérisé non relu

I. Agent français en Russie

mérite, mais dont le caractère froid ne convient pas pour ce pays. Il m'a répondu : « Il est impossible de changer souvent de ministre d'autant plus qu'on paraît être content de Durand et qu'il a ordre en tout de seconder les vues de Votre Majesté et de se concerter avec elle. »

Le duc m'a demandé derechef:

(( Quels sont vos moyens et vos influences en Russie ? )) J'ai dit que par son attitude, Votre Majesté avait aigri et altéré le crédit qu'elle avait eu auparavant et que tous ceux qui entourent l'impératrice sont des gens payés par le roi de Prusse. Le roi de Pologne ne peut fournir aux dépenses qu'il faudrait faire en pareil cas. J'ai fait sentir à M. le duc comme quoi le roi de France est autant intéressé à la conservation de la Pologne que celle-ci elle-même. 11 assura que l'Angleterre n'avait voulu entendre ni à une invasion des Pays-Bas et du Milanais *, ni à la destruction de la flotte russe dans la Méditerranée. Le roi de France, pas plus que madame du Barry et son parti ne veulent de guerre. L'armée est faible et les finances sont mauvaises.

Dans la première entrevue que j'aurai avec le duc, je m'occuperai de l'afi'aire des subsides. Je saurai s'il convient à la Cour de France d'avoir un ministre à Varsovie et si elle veut contribuer,^ dans la prochaine

I. On sait que les Pays-Bas et le Milanais dépendaient au siècle passé de la maison d'Autriche.

qO STANISLAS PONTATOWSKI RT MAURICE GLAYRE.

Dièle, au changement de la Gonstitulion et à l'accroissement de Tautorité royale *.

Le général de Rieiile à Af. Glayre,

Paris, le i3 décembre 1773.

J'ai ressenti tant de peine à la première entrevue que nous avons eue avec le duc d'Aiguillon, et tout ce qui s'y est passé me paraît si important que je ne puis, mon cher ami, vous en rien déguiser.

Sachez donc que la dépêche du 10 décembre est un chef-d'œuvre de raisonnement, d'élocution et de méthode sur notre première conversation avec le ministre. Nous y avions malheureusement apporté de la prétention et des phrases si sublimes que nous nous y sommes perdus. Les réponses nous l'ayant fait sentir, toute contenance nous abandonna et le déraisonnement a suivi. Ni les propos les plus honnêtes,

I. La fin de la IcUrc est remplacée par ce qui suit dans la minute écrite par Rieiile : « Le duc a parlé assez longuement de la Pologne. Il a dit que la France ne perdrait rien par le démembrement. S'il y avait une seule Cour et un seul souverain qui voulût s'affranchir aux dépens de la Pologne, cela pourrait devenir nuisible ; mais que, puisqu'il y en avait trois, il serait toujours facile de les séparer et que la France en trouverait les moyens. »

La minute de cette lettre fut changée en plusieurs autres points pour adoucir les expressions dont s'était servi le duc d'Aiguillon.

ni les questions les plus précises n*ont pu nous remettre sur la bonne voie. Une fois hors de mesure, il n*a pas été en notre pouvoir d*y rentrer. Il n*y aurait à cela qu'un désavantage personnel si, au travers de tout notre galimatias, le comte Branicki n'eût pas demandé le rappel de M. Durand comme étant un homme propre à la vérité pour négocier en Hollande, en Angleterre ou à Constantinople, mais trop froid pour réussir à Pétersbourg. Cette proposition dont M. le duc nous crut chargés de la part du roi lui donna de l'humeur qu'il fit sentir dans sa réponse, la seule pendant une heure et demie d'entretien où il mit de la vivacité. D n'y a, dit-il, que deux mois que M. Durand est à Pétersbourg. C'est un homme d'esprit, très instruit, que M. de Panin commence à goûter fort, incapable d'ailleurs de trahir son devoir et le vœu de ses instructions, quand même, comme vous le prétendez, il aurait quelque pique (sic) contre le roi de Pologne, ce que je ne crois pas. Si c'est là tout l'objet de votre commission, monsieur, j'ai bien du regret de ne pouvoir me prêter aux fantaisies du roi de Pologne.

Un autre sujet sur lequel nous nous sommes expliqués avec une maladresse extrême, c'est la manière d'être du roi avec la Russie et son ministère, en peignant jusqu'à l'exagération leurs ressentiments contre le roi et le peu d'intérêt qu'ils prennent à lui. u Je suis, reprit le duc, très fâché de ce que vous

92 STANISLAS PONIATOWSKÎ ET MAURICE GLAYIIE.

me dites. Je faisais un grand fond sur l'amitié que l'impératrice conservait pour le roi de Pologne. Vous m'assurez du contraire. Cela me fait beaucoup de peine ; vous m'ôtez l'espérance de tout succès. » Le tour malin de celte réponse a été évidemment pour nous faire sentir toute notre gaucherie.

Sans doute la France serait fort aise que nous pussions appuyer d'un grand crédit ses négociations h Pétersbourg, mais il n'est pas moins certain qu'elle sait à quoi s'en tenir à ce sujet et qu'elle compte peu sur notre aide. A ce propos, j'ai pris la parole pour pallier, suppléer, raccommoder, expliquer. Il n'y eut que dans la demande du rappel de Durand que je gardai le silence. J'ai voulu éviter une scène.

J'ai prévenu Monet sur ces deux objets ; le rappel de Durand et notre situation en Russie. Je ne lui ai pas dit toute notre déconvenue. Il est parti pour Versailles d'où j'attends son retour avec impatience. J'ai fait demander une entrevue à Paris à M. le duc d'Aiguillon.

Voici maintenant l'élat des affaires.

(( Intéressés au affaires de la Pologne moins pour nous-mêmes que pour ses propres convenances, nous a dit le ministre, vous ne nous avez jamais été bons à rien. » Il croit être sûr de l'Autriche s'il vient à bout de détacher la Russie. Ses moyens auprès de cette Cour sont l'argent qu'on n'épargnera pas, la proposition d'une paix honorable avec les Turcs et

MISSION DU COMTE BRANIGRI. qS

d'un traité d'alliance tel qu'elle le voudra avec la Suède. Je dois vous faire remarquer qu'un événement très heureux pour nous est la révolution de Suède. M. le duc est persuadé que le maintien de la nouvelle constitution dépend de l'issue des affaires de Pologne et que si nous subissons le sort funeste que Ton nous prépare, le roi de Suède se trouvera exposé à tous les malheurs. Il n'est point dupe du ton adouci des trois Cours à son sujet ; il sent combien, avant d'affirmer hautement les mesures qu'elles préméditent contre la Suède, il leur importe d'assurer leurs usurpations en Pologne. Cela est la cause de la chaleur des négociations de la France à Pétersbourg. Aidez M. Durand de votre pouvoir.

La première entrevue m'a beaucoup peiné, mais il a falKi dissimuler.

Le lendemain, nous avons été présentés au roi et à toute sa famille. Après le dîner, le duc me voyant souffrir me demanda si j'étais malade. Je lui répondis négativement en ajoutant que l'entretien de la veille m'avait fait de la peine.

Sur cela, il me fit entrer dans son cabinet. Je lui dis alors qu'il m'avait parlé sur un ton de Cour, m'avait dit quantité de lieux communs et que cela ne pouvait pas me satisfaire. « Vous ne pouvez pas vous dissimuler, monsieur le duc, lui dis-je, que dans toutes ces affaires, la Cour de Vienne vous a manqué, qu'on a tout fait sans vous, qu'on veut vous

94 STANISLAS I>ONIATOWSKI ET MAURICE GLAYHE.

mettre hors du jeu et que vous ne pouvez pas regarder avec indifférence Tagrandissement de cette Cour ainsi que celle du roi de Prusse. Plus ces Cours deviendront puissantes, moins la France le sera, vous devez naturellement former un système du midi contre celui du nord. » Le duc est alors devenu beaucoup plus doux et m*a dit : « On ne néglige rien ; il est bon que vous soyez ici : il pourra survenir des événements heureux pour vous autres » . Il m'a dit que le ministre de Prusse était inquiet sur mon arrivée. — « Cela prouve, monsieur le duc, que le roi de Pologne n'est pas sans ressources. » — « Cela me paraît aussi, me fut-il répondu ; mais dans ce moment il est impossible de vous aider parce que le roi de Prusse enverra plus de troupes. »

Conclusion : la France voudrait nous aider, mais no peut faire que très peu de chose. L'Angleterre ne veut pas qu'on pénètre dans les Pays-Bas et pour le reste dit qu'elle fera tout ce que la France fera elle-

même.

Le duc d'Aiguillon esl plus occupé de conserver sa place que des affaires. Tout mon but sera de vous procurer de l'argent. J'ai vu madame du Barry ; elle m'a fort bien reçu.

Quant aux Confédérés, ils confèrent à Landshut. M. le duc d'Aiguillon dit que c'est un préalable nécessaire de les unir à Votre Majesté. Repnin et beaucoup de Russes sont ici. Il m'a demandé ce que

MISSION DU COMTE BRANÏCKI. qS

je faisais à Parîs. Je lui ai répondu que rhonneur et le devoir m'y avaient conduit ; il a fort approuvé cette démarche et m'a paru sincère dans ce moment.

La disgrâce d'Orloflf n'est qu'un jeu. 11 est à Tsarkoë-Selo où il vit en souverain de la caisse impériale ; il a été à Moscou et y a beaucoup intrigué. Ses frères sont avec lui...

Durand doit s'occuper de la Suède plus que de la Pologne. L'article de l'argent ne sera pas aisé. J'ai glissé cet article sans compromettre Votre Majesté. On m'a toujours répondu que l'argent se trouve, mais pour un objet déterminé. Je mettrai madame du Barry dans mes intérêts et je me servirai de tous les moyens.

Maurice Glayre au général de Rieule.

Varsovie, 16 décembre 1772.

Des avis multipliés et uniformes ont donné la dernière certitude au roi de l'inutilité et du danger d'une plus longue résistance.

Le prince de Rohan lui-même a répondu à l'empereur qui lui demandait quel conseil il donnerait au roi de Pologne : « Si le roi de Pologne veut paraître grand homme, il périra au pied de son trône en défendant ses droits. S'il veut l'être, il sacrifiera une partie pour sauver le reste » .

gC STANISLAS PONIATOWSKI ET MAURICE GLAYRE.

Les discours de l'empereur et des deux impératrices, ceux de leurs ministres, promettent des dédommagements, des traités favorables pour le sel et pour le commerce, quelques améliorations dans le gouvernement, le tout conditionnel à la convocation de la Diète.

L'annonce de la convocation du grand Conseil du Sénat est la première gradation de la déférence du roi à leurs vues.

Nous manquons de nouvelles de votre part.

Dantzig est toujours persécutée par le roi de Prusse. Il fait courir le bruit qu'il est à la veille de l'attaquer.

L'impératrice-reine doit avoir dit que s'il exécute ce projet, contraire à la convention, elle s'y opposera les armes à la main.

Il n'y a, du reste, rien à ajouter à l'esprit de vos instructions : promptitude dans vos manœuvres ; clarté et précision dans les réponses que vous demandez.

Du comte Branicki au roi de Pologne,

Paris, le 19 décembre 1772.

La France ne peut pas se dissimuler que la Cour de Vienne la dupe depuis quelque temps et qu'elle lui a manqué essentiellement. Les belles paroles qu'on a dites à Oginski ne sont que de l'eau bénite de cour ; la France a le plan d'après lequel on doit organiser le

reste de la malheureuse Pologne. On doit laisser trois millions de revenu et le pays sous le Libérant veto *, soit dans une complète anarchie.

La copie que j*ai donnée de votre circulaire pour le Conseil du Sénat à M. le duc Ta choqué furieusement. Il m'a dit : « Est-ce une pièce que le roi doit présenter à nous ? Il s'est engagé à pardonner dès que le roi de France s'intéressera pour les Confédérés. Est-ce un pardon que d'attacher l'infamie à celui qui est pardonné.^... »

. . . Monet m'a dit que le duc croyait que vous avez un crédit immédiat en Russie; par votre moyen, la France se flatte de détacher la Russie des autres puissances voisines. Je lui ai dit qu'apparemment je me suis mal expliqué ou qu'il ne m'a pas compris. J'ai dit dans ma première entrevue, en présence de Rieule, que vous avez l'amitié de l'impératrice ; que vous êtes sûr qu'elle vous aidera envers et contre tous dès qu'il s'agira de vous personnellement, mais que, dans la question du partage, elle était engagée et entraînée; que les fréquentes oppositions de Votre Majesté avaient aigri l'impératrice, qu'on vous croyait d'intelligence avec la France et que, cependant, vous ne négligeriez aucune occasion et serviriez la France par tous les moyens. Pour négocier avec succès en Russie, ai-je

I . C'est en vertu du Liberum veto que toutes les décisions de la Diète devaient être prises à Tunanimitu.

ajouté, il faut dépenser beaucoup d'argent, parce que la Prusse en distribue beaucoup et donne des pensions. La situation de Votre Majesté vous empoche de faire de même.

Le duc m'a répondu :

« Quelle amitié est-ce que cela ? Le roi de Pologne sera roi de Varsovie avec trois millions et le reste sera dans la même anarchie qu'auparavant. La Pologne n'intéresse pas la France; elle ne peut lui être utile. Si la France s'occupe de la Pologne, c'est par pure générosité, voyant un prince malheureux et une nation libre opprimée. »

Je lui ai répondu que le roi de Pologne sentait la position de son état et celui de sa patrie et ne pouvait mieux témoigner la confiance qu'il avait pour la Cour de France qu'en m'envoyant auprès d'elle pour offrir sa bonne volonté et celle de sa nation. S'il avait des plans, il les communiquerait. Quant à l'article de l'intérêt que la Pologne peut avoir pour la France, j'ai marqué à M. le duc mon étonnement et ma sensibilité et j'ai dit que, si le roi de Pologne eût pu prévoir que l'on vît les choses sous ce point de vue, il ne m'aurait pas envoyé en France. Les particuliers se conduisent d'après leurs sentiments et les Etats d'après un système politique. La Pologne rentre certainement dans un système général et M. le duc ne peut pas se dissimuler que l'agrandissement de l'Autriche et de la Prusse recule la France ainsi que la

Russie et on n*est jamais grand quand on ne Test que chez soi. Il n'y a rien de sûr maintenant. Le droit des gens est détruit, il n'y a que la force qui décide. La décadence de la Pologne sera suivie de celle de la Suède. Les Russes s'empareront de la Finlande et le roi de Prusse de la Poméranie suédoise, etc. ^

Sur cela, M. le duc a baissé de ton et m'a dit : (( Mais qu'est-ce qu'on peut faire pour la Pologne ? » Je lui ai demandé de faire voir les moyens puisque alors on pourrait arranger un plan. Ceux de la Pologne sont petits, mais la bonne volonté y est entière. Le désordre naturellement amène l'ordre, et les calamités publiques ont étouffé toutes les divisions. Il m'a demandé quels sont les partisans du roi. Je lui ai dit : « Monsieur, si ce n'est pas toute la nation, c'est au moins la plus grande partie et de meilleure espèce que tout ce qui s'est adressé à vous, car sur le total, vous n'en aviez qu'une couple, des intrigants et le reste des gueux ou des bêtes. »

Nous nous sommes séparés cordialement. Il m'a dit de ne désespérer de rien et que les événements pouvaient amener des circonstances favorables.

I. On sait que cela est en effet arrivé plus tard. Le démembrement de la Pologne, malgré ce qu'il avait de monstrueux, devait en amener d'autres.

« Ce système spoliateur, disait M. Glayre en i8o4, a servi de prétexte et d'excuse aux envahissements modernes ». Lettre à l'historien suisse Zschokke,

lOO STAMSLAS POM\TOWSKI ET MAURICE GLAYRE.

Je dois dire à Votre Majesté que le duc est haï par le roi et soutenu par madame du Barry. Il se trouve dans un poste glissant et ne pense qu'à se maintenir *.

Du roi au comte de Monet,

Varso>ie, le i3 janvier 1773.

Diverses circonstances m*ayant fait pressentir les inconvénients du séjour de M. Branicki à Paris, je lui ai ordonné d'en partir. Je vous charge de marquer de ma part à M. le duc d'Aiguillon la peine que j'ai ressentie du peu de succès de l'envoi de M. Branicki. Outre toutes les raisons déjà connues qui m'y avaient décidé, je m'étais fait un plaisir de donner une marque publique et non équivoque de ma confiance dans la Cour de Versa ille.5 et de ma haute opinion de sa puissance et de sa générosité. Il paraît, par l'événement, que je n'ai pas même été assez heureux pour que ma demande ait été vue du côté favorable. Je dois en ceci, comme en bien d'autres choses, me plaindre de ma destinée et en sentir toute l'injustice.

I. Le roi de Pologne voyant rinsuccès complet de la mission du comte Branicki lui envoya dès le 6 janvier Tordre de quitter la France. Branicki resta cependant encore pendant quelques mois dans ce pays sous divers prétextes.

Da roi au général de Monet.

Varsovie, le 6 février 1778.

Depuis votre lettre du 28 décembre, je n*ai point eu de vos nouvelles.

Je vous envoie la déclaration uniforme remise par les ministres des Cours alliées. Elles s'expliquent avec une précision qui ne me laisse plus le maître des délais. Au reste, je dois les regarder aujourd'hui comme superflus. Si ceux dont j'ai usé à tout risque jusqu'à présent n'ont pu décider aucuns secours étrangers dans un temps où Tinjustice de l'usurpation devait aflecter avec toute la force d'un événement nouveau et imprévu, d'autres délais ultérieurs seront doublement inutiles maintenant que la plupart des puissances de l'Europe se sont mutuellement tâtées et se sont jugées trop faibles contre les ennemis que leurs intérêts et leurs jalousies auraient dû combattre ; aussi vois-je bien clair le parti qui me reste à prendre, et je l'ai pris.

Le Conseil du Sénat s'assemblera lundi prochain. Le roi de Prusse en a interdit l'entrée à tous les sénateurs des districts qu'il a usurpés. La Russie et l'Autriche procèdent à peu de chose près de même. La dernière a fait défendre au Palatin de Russie * de se trouver à ce Conseil.

I . Le Palatin de Russie était alors un oncle du roi, le prince Gzartoryski.

Les troupes prussiennes sont à quelques milles de Varsovie et se sont saisies d'une grande quantité de moulins, ce qui nous expose h manquer bientôt de pain. Les Russes sont sortis de Cracovie et les Autrichiens ont pris leur place...

Du roi au comte Branicki,

Varsovie, 20 février 1773.

. . . Pendant l'intervalle qui doit s'écouler d'ici à la saison des eaux (dont je vous recommande de saisir les premiers instants *), voici les notions qui doivent servir de règle à votre conduite.

Dès votre premier entretien avec M. le duc d'Aiguillon, la Cour de France a été jugée par moi, et ma confiance, dans ses bons offices, perdue ou peu s'en faut. Ses principes d'aujourd'hui sont un résultat bizarre du souvenir de ce qu'elle a été et du sentiment de ce qu'elle est, c'est-à-dire de hauteur et de timidité. Par orgueil et par goût, elle tend au rôle actif, mais sa faiblesse la ramène bientôt à l'inaction. Elle sent sa situation, craint d'être démasquée et fait tous ses efforts pour la cacher ; de là les chicanes, les mécontentements afiectés, les inculpations et les autres jeux de sa politique que vous connaissez par votre propre expérience.

I • Branicki était tombé malade pendant son séjour à Paris.

MISSION DU COMTE BRANIGRI. Io3

Il est bon de savoir pénétrer les hommes et les Cours, mais il faut aussi savoir leur cacher la véritable place qu'ils tiennent dans votre opinion et dans votre estime. C'est la maxime que vous avez à observer. Vous devez admettre comme raison suffisante ce qui ne sera, au fond, qu'une défaite, paraître convaincu que la France veut et peut m'être utile ; en un mot, la ménager beaucoup plus pour le mal que pour le bien qu'elle pourrait me faire.

... Je vous envoie la traduction de mon universal pour la Diète. La censure injuste qu'on a faite en France de ma circulaire pour le Conseil du Sénat doit vous prescrire de ne faire qu'avec prudence communication de cette pièce et seulement en tant que vous en verrez le besoin et l'à-propos.

Enfin, voici ma réponse aux déclarations uniformes du 2 février *. Vous y verrez que la Diète est fixée précisément au jour demandé par les trois Cours.

Si on m'accuse de trop de complaisance, voici les considérations qui la justifient :

I. Les maux présents, les pillages, les vexations des troupes étrangères, Cracovie occupée par les Autrichiens, le progrès des usurpations des Prussiens dont il y a déjà des petites bandes logées dans les faubourgs de Varsovie ; tout cela aggravé et multiplié sous le prétexte de ma résistance et de mes délais.

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