I. Les États confédérés
respectives, afin que les trois Cours, nos voisines, ne soient pas juges et parties dans leur propre cause et que la République de Pologne soit à Tabri des lésions que de telles circonstances entraînent à leur suite.
Réponse uniforme des minisires de Vienne, Péicrsboiirr/ et Berlin, donnée le 6 mai 1773 à la note du ministère du roi de Pologne, en date du 5 mai 1773.
Le soussigné, ministre plénipotentiaire de Leurs Majestés Impériales et Royales, a reçu, par MM. les chanceliers de la République, une note datée du 5 de ce mois, dont le commencement se trouve, à la vérité, adressé à lui ; quant à la voix qui s'élève ensuite dans cette pièce au nom de la République, pour parler directement aux Cours, afin de les requérir de consentir à une intervention, tandis qu'elles ont déjà fait remettre au ministère polonais l'exposé de leurs droits fondés sur des preuves irréfragables et rendues plus incontestables, même par la réplique insuffisante qui y a été faite de la part de la Pologne.
Le soussigné ne saurait lui assigner d'autre réponse que le contenu de difl*érentes déclarations des trois Cours voisines, et nommément celle du 2 février, dans laquelle elles ont fixé une alternative assez remarquable pour la Pologne, savoir l'arrangement définitif au 7 de juin ou l'extension de leurs prétentions. Malgré ce langage décisif et irrévocable, le
Diclc des dangers de Tacte en question et je leur en proposai un autre où, en donnant aux malheurs du temps ce que je jugeais impossible de leur refuser, je maintenais, autant qu'il était en mon pouvoir, les Etats dans leur dignité et dans leurs droits. J'énonçais dans le |)réaml)ule, en termes clairs et précis, par quelles gradations de moyens et d'oppression les trois Cours avaient préparé le moment où, notre résistance devenue inulile et dangereuse, nous étions réduits à souffrir le mal par crainte du pire. Les délégués y étaient autorisés à traiter définitivement de la cession des provinces déjà usurpées, mais ils ne l)Ouvaient rien conclure dans la réforme de la Constitution qu'avec le consentement et sous l'approbation des Etats. De plus, vingt-six points d'instructions devaient les guider dans tout leur ouvrage et ils demeuraient responsables devant la nation de leur fidélité à s'y conformer.
Une grande pluralité rejeta le projet du maréchal et se déclara à grands cris pour le mien. Malheureusement, nos formes veulent que tout projet demeure trois jours sur le bureau avant d'être accepté ou rejeté. Les ministres des trois Cours se portèrent, dans cet intervalle, à des menaces et à des démarches propres à inspirer de la terreur. Ils firent approcher de la capitale des troupes qu'ils avaient aux environs. Ils firent inscrire par des officiers, sur les portes de chaque maison, le nombre de soldats qui devaient y
vivre, dès le lendemain, à discrétion. Ils annoncèrent des contributions immenses, le pillage ; en un mot, un traitement pareil à celui qu'éprouvèrent, à Leipzig dans la dernière guerre, les habitants de cette ville. L'évêque de Luceovie, Turski, qui avait parlé avec la plus louable fermeté de mon projet, eut, dès l'aprèsmidi, douze hussards prussiens dans sa chambre à coucher, où ils ont commis, jour et nuit, les désordres les plus extravagants, se faisant donner des vivres et de l'argent. Enfin, le i4, jour où le sort des deux projets aurait dû être décidé, la séance s'ouvrit par la lecture d'une déclaration des trois Cours. Ceux qui ne seraient pas favorables au projet du maréchal y étaient déclarés ennemis des Cours et de leur patrie. Le moment approchait où tout ce qu'il y avait de braves gens dans les Chambres allait être perdu sans fruit et sans retour. Je me déterminai donc à demander aux États qu'avant d'aller aux voix sur le projet même du maréchal, on votât premièrement sur la question de savoir s'il convenait de délibérer sur ledit projet. Mon intention était, en changeant ainsi en apparence l'état de la question, de voir, sans risquer la vie et la liberté de personne, si réellement la pluralité était encore pour moi, malgré les nouvelles menaces, et j'étais fermement résolu d'aller en avant si je trouvais mon parti supérieur, bien sûr que quiconque était assez courageux pour demander le iurnum voulait se déclarer en ma faveur. Soixante-quatre voix
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opinèrent pour le turnum et soixante-neuf contre, c'est-à-dire que l'honneur et la vertu auraient trouvé soixante-quatre victimes volontaires dans cent trentetrois Polonais. C'est de cette manière que le projet du maréchal de la Diète est censé avoir été accepté. Ce parti, le mieux appuyé, a prévalu. La pluralité était pour lui parce qu'elle avait refusé de voler contre un point.
Les pleins pouvoirs sont absolus, sans clauses ni conditions. La Diète est limitée jusqu'au i5 septembre. Les instructions seront données aux délégués, mais seulement pour la forme. Les ministres des trois Cours ont choisi eux-mêmes les membres de la Délégation, pris dans l'ordre équestre. Le Sénat entier avec les ministres la composeront avec eux. EJle est formée dans sa pluraUtc des sujets les plus corrompus de la Rcpubli(juc et pour la plupart mes ennemis. Ainsi, je ne me promets que du mal de tout l'ouvrage qui leur est confié*.
I . Ensuite des travaux de la Délégation, de Tinfluence des États voisins et des délibérations de la Diète, qui continuèrent jusqu'en 1776, voici quelles furent les décisions principales concernant la Constitution du pays. Les dissidents conservèrent le libre exercice de leur religion sans obtenir TégaUté politique complète. Un Conseil permanent fut chargé du pouvoir exécutif. Le roi perdit, au profit de ce Conseil, le droit do distribuer les starosties. On rendit aux grands généraux leurs anciennes attributions et même le commandement du régiment des Gardes, que les Pacto conventa donnaient au roi. L'impératrice de Russie se réserva l'influence exclusive dans les afiuiros do Pologne et, seule, garantit sa Cons-
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Da roi an comte de Monel.
Varsovie, 11 juin 1774.
J'ai reçu toutes vos lettres. Le triste événement dont elles m'ont entretenu a fait sur moi une impression profonde. J'ai regretté dans Louis XV les sentiments qu'il donnait à la Pologne et à ses malheurs. 11 eût sans doute trouvé l'occasion et les moyens de la secourir. Tout ce qui nous est annoncé de son successeur promet dans peu, à la France, le pouvoir d'influer puissamment dans les afl'aircs de l'Europe. Il n'est rien de si désirable et de si désiré par nous que de voir, dans le ministère de Louis XVI, des personnes qui puissent et qui veuillent diriger cette influence d'une manière analogue à nos intérêts, et rien n'est plus consolant, à cet égard, que les nouvelles que vous me donnez de la conservation de M. le duc d'Aiguillon.
Ici, tout va avec une lenteur affectée. La Délégation est à la veille d'être limitée pour six semaines. Quelque triste que soit la situation où ces délais me laissent, rien n'étant encore arrangé sur mes revenus et ne devant l'être, suivant ce qui m'a été déclaré par les
iitution, ci son ambassadeur exigea qu'on Tinstruisit directement de toutes les délibérations des Diètes et du Conseil permanent. Ces conditions équivalaient, pour la Pologne, à la perte d*une partie de sou indépendance.
l33 STANISLAS PONIATOWSKI ET MAURICE GLATRE.
trois ministres, qu*à la fin de tout, cependant Tespérance de voir naître du temps quelque événement favorable me la fait supporter patiemment.
Da roi au comte de Monet.
Varsovie, 29 juin 177^.
Depuis ma dernière lettre, j*ai reçu votre n** 42. Sur tout ce que vous m'y mandez, en confirmation des espérances brillantes que donne à la France le nouveau règne, je me livre de plus en plus à Tidéc consolante que, comme la longue stagnation de T influence française au dehors a permis la formation et l'exécution du plan des puissances spoliatrices, l'activité et la sagesse du nouveau roi réprimeront cette politique barbare dont la Pologne est la victime et lui fixeront des bornes qu'elles n'oseront désormais plus franchir. Une des choses que je désire le plus fortement, parce que j'ai payé bien cher les conséquences du contraire, c'est qu'on reçoive désormais en France, avec une attention plus scrupuleuse, les rapports, les aAis et les déclamations de difl'érenls Polonais qui y vont porter le poison de la calomnie contre ma personne et proposer des systèmes aussi peu propres à remédier aux malheurs présents, que favorables aux petites passions particulières qui les animent. Il m'est affreux de penser qu'au moment où ma nation peut
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recevoir de la France des secours aussi nécessaires que puissants, au moment où je ne désire rien tant que la conlîancer de Louis XVI, son estime et son amitié, les Polonais qui se sont montrés mes plus grands ennemis, aient à sa cour un accès distingué et l'oreille de ses ministres. Que produit d'utile à la Pologne et d'honorable à la France ce prétendu ministre Wielhorski? 11 serait en vérité bien temps de lui interdire son rôle. L'acharnement avec lequel je sais qu'il répand le venin et le blâme sur toutes mes actions, dans le moment même où je viens de sauver ses biens de la confiscation en m'interposant auprès de la Confédération actuelle, au moment où j'ai consenti qu'il remît à son fils une starostie d'environ trois mille ducats de revenu, au moment, enfin, où il sollicite de moi une nouvelle grâce, la permission de vendre sa charge, son acharnement, dis-je, à me déchirer décèle bien la dépravation de son cœur.
Du roi au comte de Mortel.
Varsovie, 32 octobre 1774.
*.. M. le comte de Vergennes* vous a fait connaître que les affaires de Pologne ne lui sont pas indifférentes. Je vous charge de lui en témoigner mon contentement. Rappelez-lui toutes les tentatives que j'ai faites en