‹ Stanislas Poniatowski et Maurice Glayre; correspondence relative aux partages de la PologneChapitre 55 sur 78 · Voir la note suivante · texte numérisé non relu

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sienne. Ainsi passe la gloire de Tambitieux. Après avoir osé porter le nom de grand, il ne tarde pas à servir de preuve qu'il n'est rien de tel sur la terre. Vous verrez que Joseph aura dans son temps son épithète qui passera ensuite à quelque Frédéric ou à quelque Louis et toute cette belle succession de titres et de surnoms coûtera la vie à trois ou quatre cent mille hommes et la liberté à tout le reste.

Du roi au comte de Monet,

Varsovie, 18 avril 1778.

Les mouvements et les apprêts de guerre entre l'empereur et le roi de Prusse * se multiplient à un tel point qu'à chaque instant il faut s'attendre à la nouvelle des premières hostilités. Le i3 courant, le résident du roi de Prusse m'a demandé, par une note, passage par les domaines de la République pour vingt-sept bataillons et trente escadrons des troupes de son maître qui vont de Prusse en Silésie. N'étant pas en état de nous y opposer et craignant d'autre part de l'autoriser par une réponse positive, nous avons pris le parti de la décliner en disant qu'une telle permission est, dans les circonstances présentes, un acte du pouvoir que la nation a réservé à la Diète.

1 n s'agit de la guerre de la succession de Bavière qui se termina sans bataille par le traité de Teschen, le i3 mai 1779*

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Les troupes n'en ont pas moins passé et je croîs qu'elles avaient déjà atteint les frontières de la Silésie au moment où nous délibérions sur notre réponse. Je n'ai pas encore de nouvelles de la manière dont elles se sont conduites à leur passage, si elles ont payé ou mangé gratis ; je ne sais presque lequel des deux est préférable. La mauvaise monnaie est un fléau si cruel et le roi de Prusse en a été si souvent le dispensateur que nous devons nous alarmer dès qu'il s'offre une circonstance qui lui fournit les moyens de la répandre. Voici un trait qui, d'un autre côté, semble présager quelque amendement dans le système d'injustice du roi de Prusse. Comme une réparation de tort de sa part est un événement presque inouï, il faut le consigner dans nos annales. Un de ses généraux avait fait enlever avec une violence atroce cent cinquante habitants du territoire de Dantzig comme recrues. Avant que notre plainte ait pu seulement parvenir au roi de Prusse, la réparation était faite et les hommes restitués.

Du roi au général de Monet.

Varsovie, 25 avril 1778.

Je vous ai mandé que, le 1 5 du courant, je savais que les troupes du roi de Prusse étaient déjà entrées en Pologne. Avant-hier, j'ai eu avis qu'après que les fourriers et autres employés et après eux un détache-

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ment de cent chevaux de troupes légères eurent passé efifectivement, lorsque les colonnes étaient sur le point d'entrer en Pologne, elles ont reçu de nouveaux ordres qui les ont arrêtées sur nos frontières. Vous saurez probablement déjà mieux que moi les vraies raisons de ce changement, car je ne sais jusqu'ici que ce que disent des bruits vagues sur des démarches de la Cour de Saxe à Ratisbonne qui tendraient aune conciliation. . . . Dans ce moment, je reçois l'avis que le général Stutterheim, commandant du corps prussien (qu'il dit lui-même être fort de trente mille hommes) était sur les terres de Pologne le 20 courant à midi et devait le lendemain se trouver déjà à Posen,

Du roi au général de Monet,

Varsovie, 9 mai 1778.

... J'ai déjà fait savoir à M. de Vergennes qu'il se répandait le bruit que l'empereur renoue une correspondance directe et personnelle avec le roi de Prusse et que, pour rester tranquille possesseur de ce que l'Autriche a pris en Bavière, il propose au roi de Prusse de prendre pour lui toute la Grande Pologne, en ajoutant que la Russie pourra prendre de son côté toute la Samogitie. L'existence de la correspondance directe entre ces deux princes est une chose presque certaine, mais on varie si fort sur son contenu que je ne prends nullement sur moi de vous garantir co

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projet qu'on dit être au détriment de la Pologne. Comme cependant les exemples du passé ont prouvé que de pareils projets peuvent se réaliser, je ne puis me dispenser de prier la Cour de France de vouloir bien tenir les yeux fort ouverts sur l'empereur et le roi de Prusse et de préserver la Pologne des mauvais effets que pourrait avoir leur réconciliation. L'ambasdeur de Russie m'a assuré avec énergie que sa Cour n'adoptera jamais le nouveau projet. En attendant, il continue à affirmer que la Russie est parfaitement neutre dans l'affaire de Bavière. On me dît, comme une chose sûre, que la Prusse a déclaré à la Cour de Vienne que, quoique indifférente à la querelle de Bavière, elle agira comme garant du traité de partage de la Pologne contre celui qui voudrait attaquer les possessions acquises aux dépens de ce dernier pays, ou par l'Autriche ou par le roi de Prusse. On dit qu'à Vienne on se réjouit fort de cette déclaration et cela serait assez naturel...

Les trente mille Prussiens qui ont passé de Prusse en Silésie par la grande Pologne n'y ont pas fait de grands dommages. . .

Du roi au comte de Monet.

Varsovie, 21 octobre 1778.

Je n'ai pas jugé à propos d'ennuyer M. le comte de Vergennes de confidences sur nos affaires tant

qu'elles n'étaient que des tracasseries indifférentes à quiconque ne peut leur accorder l'intérêt des personnes et du moment. Aujourd'hui que je crois entrevoir qu'il peut naître de leur tableau des résultats un peu plus importants, je prends un instant pour vous le tracer.

Le ton et les égards de la conQance avaient existé entre l'ambassadeur de Russie et moi jusque vers l'époque des Diétines. Elles réussissaient h souhait et elles me promettaient une grande pluralité à la Diète. Je jouissais du plaisir de voir la nation laissée à ellemême, se prêter généralement à mes vues, lorsque M. de Stackelberg se crut tout à coup obhgé de prendre de l'ombrage de celle disposition des choses et d'exhaler contre moi la plainte et la menace. Il me supposait je ne sais quels projets : des plans de révolution; en un mot une conduite double et suspecte. Les procédés analogues aux préventions qu'il feignait, les explications, justifications, etc., ont rempli l'intervalle des Diétines à la Diète. A cette époque, la forme de celle Diète et ses premières opérations imposées par M. de Stackelberg ont en tout contrarié mes vues. J'avais souhaité la tenir sous Confédération; vous savez que c'est le seul moyen de la rendre utile en donnant de Teflicacité à ses volontés. L'ambassadeur s'y est opposé. Il m'a déclaré que l'impératrice voulait que la Diète fût tenue sous la forme ordinaire ou, pour parler le langage du peuple, qu'elle fût libre, parce

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qu'il entrait dans les vues de nos voisins de ne pas laisser affaiblir dans la nation le préjugé qui l'affectionne à ce dangereux fantôme de liberté. J'ai éprouvé de pareilles contradictions au sujet de l'élection des membres du Conseil permanent et des (autres magistratures). Tous les chefs du parti de l'opposition ont été élus, de l'aveu et par la volonté expresse de M. de Stackelberg. Je n'ai fait aucune démarche pour le contrarier là-dessus, parce que, indépendamment des raisons de ménagement que je dois à sa Cour, il m'est dans le fait assez indifférent de voir ce Conseil composé d'amis ou d'ennemis. On craint peu l'œil clairvoyant et la censure de la haine. Le seul inconvénient est l'ennui des discussions oiseuses que l'esprit de parti amène à sa suite. M. de Stackelberg n'a pas manqué de donner une tournure à cela. Il m'a confié que le ministre de la Cour de Vienne lui avait demandé avec humeur s'il prétendait armer la Pologne et l'unir aux ennemis de la maison d'Autriche et que, pour le rassurer, il avait été nécessaire de mettre quelques-uns des protégés de sa Cour, qui sont dans l'opposition, sur la liste des membres du Conseil permanent. Quoiqu'il y ait du vrai dans ceci, on pourrait penser aussi qu'une partie des motifs réels de cette conduite n'a été que de me rendre moins maitre du nouveau Conseil que je ne l'avais été du précédent, où la droiture de mes vues, reconnue par des gens qui n'avaient que l'ambition de bien servir, m'avait rendu

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absolument prépondérant, ce qui pourrait n'être pas Fintérêt de l'influence qui nous gouverne. Elle voyait les esprits se calmer, s'attacher à moi, s'accoutumer à Tordre, supporter le joug de la loi ; elle a espéré ranimer l'inquiétude et l'ambition des grands en les remettant en scène, ramener l'intrigue et le désordre et épuiser ainsi en résistance à leurs vues les forces que le gouvernement aurait pu employer si utilement à d'autres objets.

Voilà où nous en sommes. A cette date les élections ne sont pas finies et on a consumé le tiers du temps donné à la Diète. J'ai fait cependant délivrer à l'assemblée quelques points dont je désire qu'elle s'occupe incessamment, tels que son aveu pour qu'on renvoie à la Diète prochaine l'examen du nouveau code de loi auquel je n'ai pas trouvé le degré de perfection et de maturité qu'un pareil ouvrage doit avoir, une correction à la loi sur ce changement, une loi nouvelle qui établit une prescription dans les propriétés, des secours pour l'armement, des encouragements pour l'éducation nationale, etc.

Dans le moment où je vous écris, divers indices annoncent que, malgré toute la complaisance de M. de Stackelberg pour Rewitzki, celui-ci soupçonne fortement que prochainement la Russie manifestera des intentions très partiales en faveur du roi de Prusse. Mon plus grand soin est de demander sans cesse à la Russie le secours de son entremise pour que le

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roi de Prusse cesse d'enfreindre son traité de commerce de 1775 avec nous sur la Vistule et sur ses frontières. M. de Stackelbcrg ne cesse de le promettre et je commence à Tespérer comme le prix de ma conduite constante et amicale pour la Russie, et j'ai même des notions de la Cour de Berlin qui me confirment dans cette espérance. M. de Stackelbcrg croit ou témoigne de croire que la Russie n'aura plus de guerre avec la Turquie.

Mon système est invariable ; je reste uni à la Russie et je désire que celle-ci puisse s'entendre avec la France et l'Angleterre.

Du roi au comte de Monet»

Varsovie, le 24 novembre 1778.

La Diète terminée me donne lieu de vous écrire divers indices qui se réunissent pour me persuader que l'ambassadeur de Russie a cru servir sa souveraine et comme courtisan et comme ambassadeur en faisant réussir cette Diète libre *. La difficulté vaincue doit relever l'ambassadeur aux yeux de l'impératrice qui voulait absolument voir une Diète libre en Pologne. De ce qu'elle a été tenue, il résulte dans l'esprit de beaucoup de Polonais moins instruits ou prévenus, que

I . Une Diète libre délibérait d'après le système de Tunanimité.

cette assemblée, étant libre, a mis le sceau au traité de 1773, et cette opinion devient un avantage politique réel pour la Russie. Stackelberg a montré une si grande crainte que quelqu'un n'abusât de ce fatal pouvoir de rompre la Diète auquel le prince Repnin a fait donner sanction de loi, il y a dix ans, par Torgane de M. Wielhorski et de ses autres partisans d'alors, qu'il a sacrifié nombre d'objets importants et nécessaires ; ainsi l'augmentation de l'armée et des revenus publics pour lesquels il m'avait cependant promis son appui. Quoique les choses que nous avons traitées soient secondaires et peu nombreuses, l'ambassadeur a vu cependant quelles peines elles ont coûtées, puisqu'il fallait l'unanimité et que, plusieurs fois, l'existence de la Dicte n'a tenu qu'à un cheveu. Cela a fait que, lui d'un côté et un grand nombre de nationaux éclairés de l'autre, se sont convaincus que l'usage des Diètes libres serait une chimère. La Russie, quoique convaincue depuis longtemps de cette vérité, voudra probablement encore bien des fois qu'il y en ait de semblables. Cependant, comme d'un mal il faut tâcher de tirer un bien, on met à profit ce préjugé sarmate qu'une Diète libre est une sanction parfaite aux règlements des Confédérations antécédentes, pour inculquer que cette Diète dernière autorise irrévocablement tout ce qui s'est fait aux trois Diètes de 1764 6t à ce qui s'est fait de bon à celles de 1766, 1768, 1775 et 177G.

Une seule chose importante a réussi à cette Diète

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de Kalisch, a Icmoigné en public ra'être très dévoué. Sans mettre ici en question quelle serait sa conduite à mon égard si les dispositions de la Cour de Russie changeaient relativement à moi, et s'il n'a pas cherché souvent, pendant les cinq dernières années, à se rendre agréable et nécessaire à cette Cour-là à mes dépens, je me bornerai à vous dire que je le regarde comme un esprit fort instruit, laborieux, parlant et écrivant bien et fertile en idées qu'il sait ordinairement faire paraître comme très utilcsaubien de l'État ou de la personneà qui il a affaire. Si on le traite bien à Versailles, il pourra, par ses connexions intimes avec Stackelberg, contribuer réellement à cimenter la bonne intelligence entre la Cour de France et la Russie pour le bien de la Pologne. Je souhaiterais beaucoup qu'il fût sans dettes et aussi grand seigneur qu'il désire passionnément le paraître. Il en vaudrait beaucoup mieux. La vraie raison du voyage qu'il fait actuellement est qu'il a calculé qu'il dépenserait moins en Italie et en France qu'en Pologne, s'il devait continuer le train de dépense sur lequel il s'était mis. Je ne doute pas que, surtout au début, le prince Auguste Sulkowski ne vous marque beaucoup d'égards, et ne fasse profession d'un grand attachement pour moi. Il ne restera à désirer que de voir cette conduite se soulenir. Sa femme est l'exemple d'une épouse soumise et timide. Je m'intéresse à elle à cause de sa mère, la défunte grande chambellane de Lithuanie, dont j'étais l'ami, et à cause de son fils, le

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grand secrétaire de Lithuanie qui est un de nos meilleurs sujets.

Auguste Sulkowski connaît parfaitement ce qui regarde les intérêts du commerce de la Pologne à regard du roi de Prusse et de l'Autriche, et il a des vues exactes pour ce qui pourrait se faire du côté de la Turquie et avec les Turcs même, et par la Turquie avec la France. Cependant, il faut vous dire que Sulkowski ne vous parlera probablement du commerce turc pour la Pologne que dans la supposition que les Russes vont établir une place de commerce à l'embouchure du Dnieper, à Kinburn, vis-à-vis d'Oksakow et que c'est là que les Polonais iront vendre et acheter d'eux, tandis que les Russes feront de même avec les Turcs et les chrétiens de la Méditerranée. Les Russes deviendront ainsi, pour la Pologne, ce que les Dantziquois ont été pour elle jusqu'ici. Mais il faut vous dire que des marchands turcs sont venus déjà, à deux reprises, dans leurs bateaux, jusqu'en Pologne, en remontant le Dniester. Cette ouverture de commerce n est pas encore connue, mais je cherche à l'encourager par le silence que vous garderez aussi, excepté à l'égard du comte de Vergennes.

Il est venu subitement un ordre de Pétersbourg aux troupes russes qui sont en Pologne de retourner en Russie. Stackelberg a représenté que nombre de têtes encore remplies de l'esprit de barbarie, retomberaient en fièvre par ce changement subit. L'effet de ses repré-

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sentations a été un second ordre qui fait encore rester ici la moindre partie de ces troupes, et n'en fait sortir que celles qui étaient destinées contre T Autriche, si la guerre de Silésie eût continué. C'était justement cette partie des troupes russes qui était, par défaut de discipline, la plus préjudiciable à la Pologne. Leur sortie est donc un bien dans un sens. L'évacuation totale serait un bien complet du côté du décorum et du point d'honneur ; mais dans l'extrême disette de numéraire qui se fait sentir tous les jours plus durement par les vexations du roi de Prusse qui détruisent le commerce de la Vistule, et par l'enlèvement d'argent que font chez nous les Autrichiens pour le sel, dans cette disette, dis-je, la présence des troupes russes en Pologne est une sorte de bien, en versant chaque année, dans le pays, quelques centaines de mille ducats. Je ne peux vous dire avec certitude la cause de l'ordre donné aux troupes russes. Il est possible que le roi de Prusse y ait eu sa part afin d'influer, en Pologne, encore plus que par le passé. Cependant il est probable que quelques Russes même en ont été la cause. Aujourd'hui que la résolution est diminuée d'un tiers, le résident de Prusse affecte de dire qu'il en est bien aise...

Du roi au comte de Monet.

Varsovie, 92 septembre 1779.

J'ai copie du mémoire que le prince Sulkowski a dû remettre à M. le comte de Vergennes sur le commerce de la Pologne. L'idée du nouveau port à former pour nous sur la mer Baltique est belle et grande, mais très difficile, non seulement parce quelle serait très coûteuse, mais parce qu'il est plus que probable que le roi de Prusse y mettra tous les obstacles possibles, pour ne pas perdre les profits que lui donnent les ports de Kœnigsberg et d'Elbing et même celui de Dantzig. Quoique le projet de ce port ne soit pas une chose nouvelle pour la Russie, et quoiqu'elle ait paru même ne pas le désapprouver lorsqu'elle le croyait éloigné, il se pourrait bien qu'elle ne le regardât pas tout à fait du même œil dès qu'elle le verra approcher de l'exécution. Néanmoins, ce projet, ainsi que tout le reste des idées que contient le mémoire du prince Sulkowski, peut devenir possible si la liaison de la Russie avec la France devient intime, et dans ce cas il n'y a rien que je n'ose espérer pour la Pologne d'un ministère tel que l'est aujourd'hui celui de France.

J'ai lieu de plus en plus de croire que le commerce de nos provinces méridionales par le Dniester pourra prendre quelque consistance dans quelques semaines. Je compte même d acquérir là-dessus des notions nou-

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vellcs. En attendant, l'objet principal de ma lettre d'aujourd'hui est de prier par vous M. le comte de Vergenncs de donner ordre à M. de Saînt-Priest * de favoriser les démarches que mon chargé d'affaires à Conslantlnople y fera pour obtenir que la Porte ottomane ordonne à THospodar de Moldavie de ne point empêcher dans sa province le débit des eaux-de-vîel de Pologne, car c'est une contravention directe au traité de Carlowitz, dont le maintien a été solemiellement assuré par les missions réciproques de M. de Boscamps et de Numan-Bey. Tant que la vente de nos blés dans la Turquie par le Dniester ne sera pas établie, la vente de nos eaux-de-vie par voie de terre est le seul débouché. que nos pro>inces méridionales puissent avoir, et il était pratiqué depuis un temps immémorial. L'IIospodar actuel de Moldavie est le premier qui ait imaginé depuis quelques mois d'interdire aux Polonais le débit de leurs eaux-de-vie dans la principauté, parce qu'il a entrepris de faire de l'eau-de-vie lui-même. J'ai déjà demandé à la Cour de Russie la coopération de son ministre à Constantinople. Je désire que M. de Saint-Priest s'entende avec mon (envoyé) et avec Stachieflf pour cela, mais sans dire que je prie la Cour

I. Le comte de Saint-Priest, qui avait servi dans rarmce soua les maréchaux do Broglic et de Soubise, fut ambassadeur de France à Constantinople de 17G8 à 1783. Il participa à rémigration à l'époque de la Révolution et ne rentra en France qu'avec Louis XVIII .

de France d'agir de cette manière et même sans dire à Stachieff qu'il a des ordres de la Cour de Versailles, mais simplement comme s'il agissait, dans cette affaire, par l'impulsion générale de la bonne intelligence rétablie depuis quelque temps entre les Cours de France et de Russie. Vous comprenez du reste que ma circonspection en ceci provient toujours de la même cause, qui est l'extrême jalousie de la Russie à l'égard de toutes les liai:x)ns intimes que je pourrais avoir avec la France indépendamment d'elle...

Du roi au comte de Monet,

Varsovie, le 3 novembre 1779.

... Vous me parlez dans votre dernière de je ne sais quelle prédilection qu'on m'attribue en faveur de l'Angleterre. Dans ce moment, une profession de foi aurait l'air d'une faiblesse et d'une froide justification. Ce qui suit s'adresse donc à vous et à vous seul. Rien n'est moins fondé que les rapports qui peuvent avoir été faits à cet égard. Je suis très en (garde), aujourd'hui, contre cet enthousiasme de jeunesse qui s'affectionne sans motif et n'admire que parce qu'elle ne connaît pas. Ni le roi ni la nation anglaise n'ont des droits à mes préférences. Je conviens que je n'ai point aimé la France gouvernée par M. de Choiseul qui voulait me détrôner, mais j'aime, et sans efforts, la France gou-

vernée par Louis XVI conseillé par M. de Vergennes. Voilà, mon cher Monet, les principes certains et solides d'après lesquels vous devez parler et agir.

Maurice Glayre au comte de Monet,

Varsovie, le i4 octobre 1780.

... Vous êtes sur la liste du roi relative aux indigénats. Soyez assuré que si cette matière passe à la délibération des États, vous serez certainement compris dans le nombre. Vous savez que la Diète est libre, que le liberum veto y a toute son activité, et qu'ainsi on ne peut rien s'y promettre de certain, puisqu'il ne faut qu'une tête mal organisée ou malfaisante pour arrêter le vœu de tous les autres nonces.

Jusqu'ici, la Diète ne s'est occupée que des élections pour le Conseil permanent. On va procéder à celle de la Commission du Trésor.

Le Conseil permanent, qui doit représenter quelque chose du Pouvoir exécutif, n'est réellement rien du tout dans le fait, par les défauts de son institution. On y rencontre à chaque pas les monuments des diiSérentes passions de ses auteurs, parmi lesquelles on ne peut compter l'amour de l'ordre et du bien public.

Vous sentez du reste qu'aucune affaire utile ne passera dans une Diète où préside l'absurde loi de l'unanimité. Toutes les choses utiles dans le gouvernement

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