L'original de cette lettre est de la main de Glayre
2. Barnewall était un employé du gouvernement polonais, qui "avait été au nombre des meilleurs amis de M. Glayre. En ■ relation avec le roi, il put le renseigner sur beaucoup de faits intéressants. Son nom reviendra plusieurs fois dans la suite.
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informé de ce que j'aurais à vous mander de ce pays. Je ne puis cependant me refuser au plaisir de vous parler de notre bon maître, qu'on dit avoir tout sujet d'être content de son voyage.
C'est le 6 du courant que Tentrevue a eu lieu. M. de Stackelberg est venu la veille annoncer Tarrivée de Timpératrice. Des salves d'artillerie ont annoncé la flottille, qui a répondu par d'autres salves. Le roi a été reçu à bord de la galère de l'impératrice par le prince Potemkin et conduit jusqu'aux appartements intérieurs, à la porte desquels l'impératrice s'était avancée pour recevoir, non le comte Poniatowski, comme il en avait été question, mais le roi de Pologne. Aussitôt les portes ont été fermées; ils sont restés seuls jusqu'au dîner. En prenant place à table, le roi a avancé le fauteuil de l'impératrice, qui n'a pas voulu être en reste de politesse ; au sortir de table, elle a pris le chapeau du roi des mains du page et le lui a présenté. Au reste, on dit qu'elle a été très gaie, très parlante et très aimable pendant tout le dîner.
Le soir, le roi est revenu à Kaniow. Il y a eu une très belle illumination au bord du fleuve, en face dos galères. EUe représentait le mont Vésuve et a mérité les éloges de l'impératrice. Le roi était si satisfait qu'il a, dit-on, grisé une partie de ses convives au souper.
L'impératrice est partie le lendemain et, le 9, le roi a quitté Kaniow.
l86 STANISLAS PONIATOWSKI ET MAURICE 6LATRE.
Tyszkiewicz * a reçu Tordre de Saint- André. L'impératrice a prié le roi d'accepter son ordre et lui a demandé le sien. L'ambassadeur a remis des présents à toute la suite du roi de la part de sa souveraine.
Le II, le roi étant à Korsum, a envoyé le prince Stanislas* à l'empereur, qui était à quelques lieues. Le prince l'ayant trouvé à table, l'empereur l'a prié de retourner auprès du roi annoncer son arrivée très prochaine, mais qu'il ne voulait aucune cérémonie. Effectivement, il est arrivé à Korsum un quart d'heure après le prince Stanislas et a été directement à la chambre du roi, avec lequel il a été seul environ cinq quarts d'heure. Les portes de la chambre ayant ensuite été ouvertes, le roi lui a présenté les personnes de sa suite. L'empereur leur a parlé d'une manière très gracieuse, faisant des excuses aux dames sur le négligé de sa toilette, mais qu'elles ne devaient le considérer que comme un courrier que le roi avait été curieux de voir.
On dit que l'empereur a donné sa parole d'honneur au roi qu'il n'y aurait aucun démembrement de la Pologne, qu'il n'y toucherait pas même un arbre. Il a ensuite embrassé le roi et est monté en voiture.
1. Le comte Tyszkiewicz était alors maréchal de camp de la couronne.
2. Le prince j^Stanislas Poniaiowski était le fils de Casimir, frère aîné du roi. Ses Souvenirs ont été publiés dans la livraison d'octobre 1895, de la Revue d'histoire diplomatique.
ENTREVUE DE KANIOW. 187
Comme il y entrait, le comte Kynski lui a fait apercevoir que le roi le suivait. Il est descendu de voiture, est venu de nouveau embrasser le roi, et est enfin parti. Le comte Kynski a écrit à madame Tyszkiewicz que Tempereur lui avait dit qu'il avait été très content du roi, que c'était un prince qui gagnait beaucoup à être connu...
L'ambassadeur, qui est de retour ici depuis le i6, dit que le roi n'avait pas prévenu l'impératrice de cette nouvelle entrevue ; je ne sais ce qui en est, mais j'ai peine à le croire.
Le roi a été chez le palatin de Russie, qui ne mérite guère cet honneur.
Le seigneur Ignace * n'a pas lieu de se féliciter. Il n'a pas été admis à la table de l'impératrice. On lui a même fait sentir que sa présence déplaisait. M. Mamonofif^, le favori. Ta turlupiné publiquement sur l'histoire de la Ogrumoff, et il n'a pas été mieux accueilli de l'empereur à Léopol. Il me semble que le roi a beau jeu pour tenir la main haute à tous ces messieurs de l'opposition. Dieu veuille qu'en cela il consulte plus ses vrais intérêts que les mouvements de son cœur trop complaisant. Voilà, mon cher, toutes
I. Ignace Potocki avait été môle dans une certaine mesure au procès de la OgrumoiT, en 1786. Il cherchait, comme beaucoup de SCS concitoyens, à se donner de l'importance et à jouer un rôle dans Topposition.