I. Séverin Potocki
est devenu un des plus acharnés. C'est que, selon toutes les apparences, il n*y aura plus de Conseil pern^ianent et par conséquent plus de maréchalat. Sa femme, qui est toujours extrême et qui a toujours la manie de jouer un rôle, n*a pas le don de se conduire comme il lui conviendrait et elle se fait haïr des deux partis.
On vient de décréter une loi par laquelle toute Tarmée et aussi les civils qui ont quelque relation avec Tarmée doivent être habillés à la polonaise. Au sortir de cette séance, Sapiéha a pris cet habit. C'est chez la princesse générale qu'on lui a coupé les cheveux au son des trompettes et des timbales. Elle triomphe, car elle croit que tout cela est l'eflfet des grands exemples que ses fils ont donnés à la nation.
Au reste, il me semble bien ridicule de faire un objet de délibération pour la Diète, de ces petits détails qui regardent le régime de l'armée et qui devraient être abandonnés à la Commission de la guerre qui a été établie.
Nous avançons pas à pas et il n'y a pas d'apparence que la Diète se sépare de sitôt.
Notre pauvre roi est accablé et de fatigue et d'ennuis et surtout de toutes les choses dures et indécentes qu'on lui dit.
Le nouveau ministre d'Angleterre, qui est très aimable, ne revient pas de la surprise de trouver en
333 STA!«ISLAS PO!VIATOWSEI ET MArRICE GLATRB.
Pologne une légion de Lvcurgues, et des Lycui^es de vingt-trois ans.
On a fait une gra>'ure qui représente le prince Primat traînant en laisse douze castellans avec des oreilles d'âne, auxquels Alexandrowitz jette du foin. On a répondu par des ballons aérostatiques sur lesquels est l'étiquette Patriotes et que le vent emporte.
On a fait à Vienne une gravure qui représente l'empereur. D demande au maréchal Loudon * de lui ôter les taches qu'il a à son habit, dont il lui montre la manche. Le maréchal lui répond : « Je vous ôterai bien les taches, mais je ne saurais vous rendre le lustre. » Au reste l'empereur dit qu'il est fort content de la campagne qu'il a faite et que les Viennois sont bien difficiles de n'être pas satisfaits. Il va à Pise racconunoder sa poitrine...
Varsovie, le 3 décembre 1788.
Il y eut dans la séance du 26 quelques débats sur le serment qu'auraient à prêter les membres de la Commission de guerre. On propose d'y faire entrer l'obligation de ne jamais recevoir de pension des Cours étrangères. Quelques nonces voulurent que les nou-
I. Loudon, maréchal au service d'Autriche, prit une part active à la guerre (|uc son maître fit à la Tur(|uie en 1788.
veaux commissaires eussent à jurer qu'ils n'en avaient jamais reçu, clause qui exclut de cette magistrature des gens qui, d'après les dispositions actuelles de notre Diète, ne se seraient probablement pas mis sur les rangs.
L'ambassadeur a fait remettre une note annonçant qu'il avait fait passer à sa Cour celle qui lui avait été remise par les États, au sujet de l'évacuation des troupes. Il ne peut pas déguiser la surprise de ce que des rapports exagérés aient pu annoncer aux États une grande armée russe, tandis qu'il n'est actuellement en Pologne qu'un très petit corps pour la garde des magasins. Il conclut par des protestations d'amitié et de bienveillance de la part de sa souveraine.
Le 29, le prince Sapiéha est paru en habit polonais; il est affreux, et je crois que son extrême laideur refroidira un peu le zèle patriotique sur cet objet. D'ailleurs, cette loi indispose tout le monde. Le prince l'a proposée sans en avoir prévenu personne; elle a passé, parce qu'elle flatte la petite noblesse qui compose le plus grand nombre dans la Chambre.
Dans la séance du i®' décembre, on a accordé au roi le droit de conférer les patentes, droit qu'il avait toujours, mais qui devient plus important, vu l'augmentation des troupes. Aussi cela a furieusement indisposé les chefs du parti soi-disant national.
Lorsqu'il a été question des pensions des Cours étrangères, on a attaqué Gurowski. Il a répondu qu'il
2a4 STANISLAS PONIATOWSKI ET MAURICE GLATRE.
recevait, en effet, deux mille ducats de la Russie, mais que si chacun en faisait autant, ce serait un moyen de la mettre hors d'état d'en payer davantage. C'est avoir de l'esprit et de l'impudence.
Princesse Lubomirska à Glayre.
Varsovie, le 20 décembre 1788.
... On est convenu de présenter une seconde note pour faire sortir les troupes russes du pays. L'animosité contre cette nation dégénère en rage et fureur. A la dernière séance, un des nonces a dit avec véhémence : (( Sire, montez à cheval, combattez les troupes russes, nous vous suivrons, toute la nation vous suivra et périra à vos côtés, si elle n'est pas assez heureuse pour vaincre. » Un castellan, dans la chaleur de sa harangue s'est tourné vers les maréchaux et a tourné le dos au roi. Le prince Stanislas * l'a interrompu pour lui reprocher celte indécence. Le castellan lui a répondu qu'il n'admettait pas ses reproches, parce que le prince n'avait pas le droit de lui en faire, et qu'il paraissait par là sortir de l'égalité. Il s'est ensuite approché du roi et, en fléchissant le genou, il lui a demandé pardon de la faute qui venait de lui être reprochée. Il y avait du trop et