I. Branicki
que prétexte que ce soit. On a formé un Comité pour traiter des affaires étrangères, et dont les membres ont dû prêter le même serment. Le chancelier Malachowski est fortement soupçonné d'avoir reçu depuis quelques années une pension de la Russie. Le serment qu'il a prêté sur le passé a donc causé un grand scandale. On prétend qu'il a, depuis, renvoyé six mille ducats à l'ambassadeur, et que celui-ci a refusé de reprendre cette somme.
M. Séverin Potocki est dans le Comité pour les affaires étrangères. Il a présenté à la dernière séance ce projet, que tous les chevaliers de l'Ordre de Saint- Stanislas auraient à payer trois mille florins et les cordons bleus six mille. Cette somme devait être une fois payée à six semaines de terme pour ceux qui sont actuellement ici et à trois mois pour les absents. On devait ensuite mettre un impôt sur cette espèce de dignités ou décorations. Les chevaliers étrangers en étaient dispensés, mais ceux qui seraient reçus à l'avenir devraient être obUgés de payer cette somme. M. Séverin, voulant appuyer son projet par l'exemple, présenta en même temps un petit sac qui contenait les trois mille florins. On trouva la démonstration de trop et surtout contraire à la dignité du moment ; cela avait l'air d'une collecte. Les uns se moquèrent de l'auteur, les autres y eussent acquiescé s'il rt'eût pas été question d'un impôt permanent; mais cette clause révolta tout le monde, d'autant plus que Séverin ajouta que ceux d'entre les
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chevaliers qui s'y refuseraient devraient être obligés de quitter TOrdre. Le projet, probablement, ne passera pas. L*6v6que Garnisch a fait à ce sujet un discours très touchant dans lequel il démontre l'impossibilité où il est de payer la somme demandée. « Je suis, a-t-il dit, un pauvre gentilhomme, je n'ai pour patrimoine que quelques misérables villages que je viens d'arracher avec peine à l'avidité de mes créanciers. Je suis chancelier sans pension, mon évêché est pauvre, et je suis obligé par ma place de résider dans la capitale. »
M. et madame de Nassau donnent dans l'opposition, sans doute parce qu'ils espèrent y trouver des ressources qu'ils ont déjà épuisées dans l'autre parti. Le prince part incessamment pour Pétersbourg.
Je suis bien convaincue, et bien d'autres aussi qui sont attachés au roi, que ses affaires iraient mieux si vous étiez à portée de le conseiller. Il vous regrette trop pour ne pas être du même avis. Il ne lui reste d'autre parti à prendre pour sa dignité et pour son honneur, que de se mettre à la tête de la nation, de mettre dans sa conduite et dans ses sentiments la distinction qui convient au roi de Pologne, à M. Poniatowski, de renoncer enfin à cette sujétion avilissante. La nation croit que jamais elle n'a eu et n'aura un moment plus favorable que celui-ci pour se relever de son abaissement. Les imaginations sont exaltées à l'excès. Ils croient entrevoir la liberté et le bonheur. Ils croient que l'un et l'autre leur échapperont par
rattachement du roi à la Russie et par sa faiblesse. On accuse de tout cela le prince Primat. On croit que si le roi était abandonné à lui-même, ou à d'autres personnes, les affaires iraient mieux. Tous ces obstacles au bien public mettent au désespoir. Je crois que Taccablement du roi vient des combats de sa raison et de sa faiblesse. L'ambassadeur qui, depuis longtemps, a été en possession de le gouverner et de l'effrayer, l'obsède et détruit dans un moment les effets des meilleures réflexions.
Il paraît que personne n'a décidément du crédit dans la Chambre. L'éloquence et la modération de Sapiéha entraînent bien quelquefois, mais c'est l'ascendant du moment, car on n'en agit pas moins contre les grands généraux et leurs pouvoirs.
Les deux partis ont cherché à exalter les imaginations dans l'espérance que cette exaltation leur servirait. Aujourd'hui, ils ne peuvent plus ni la contenir, ni la régler.
Voilà ce qu'ils n'avaient pas prévu.
Le grand reproche que la nation fait au roi, c'est d'avoir proposé à l'impératrice l'alliance offensive et défensive lors de son entrevue avec elle, et cela à l'insu des États. Nous devions augmenter notre armée de douze mille hommes et les envoyer comme auxiliaires à l'armée russe, et par conséquent attirer les Turcs dans notre pays et toutes les calamités qui s'ensuivent. L'article de cette alliance devait être mis à la tête de
aSo STANISLAS PONIATOWSKI ET MAURICE GLAYRE.
Tacte de Confédération, procédé tacitement contraire aux lois qui disent que l'acte de la Confédération doit être pur et simple, uniquement pour lier les États, sans faire mention d'aucune matière quelconque qui doive être décidée par la Diète.
Le roi trahit sa faiblesse et ses incertitudes par le fait qu'une chose qu'il a accordée aujourd'hui, il la révoque le lendemain, sans doute après avoir été de nouveau conseillé par ceux qu'on croit malveillants et qui déplaisent à la nation. D'ailleurs, il n'accorde jamais, voilà le mal, mais il se laisse arracher et extorquer ce qui, accordé de bonne grâce, ne pourrait qu'avoir pour lui le meilleur effet.
Vous êtes sans doute curieux de savoir la conduite que le grand général tiendra relativement à la Russie dans ce moment de fermentation et de rage contre elle. Je l'ai demandé à sa sœur qui, comme vous savez, n'est jamais embarrassée du parti que ses convenances lui font prendre. « Ce n'est pas agir contre la Russie, que de se plaindre des violences qu'elle exerce, ce n'est pas agir contre elle que d'accepter l'amitié du roi de Prusse, que de chercher à devenir par son secours, non pas puissance belligérante, mais contractante. Donc mon frère peut se ranger à l'avis de la nation. »
Vous savez combien les femmes chez nous, et surtout celle-ci, influent dans les affaires. Ce qui les encourage davantage aujourd'hui, c'est qu'on marque
LA LONGUE DIÈTE. sSl
de Paris que toutes les femmes de la ville et de la Cour sont dans les États généraux jusqu'aux yeux. . .
Princesse Lubomirska à Glayre.
Varsovie, i4 janvier 1789.
M. Aubert * a envoyé une note à sa Cour. Cette note n'ayant point été signée par le roi et par le grand maréchal, n'a point été reçue comme une note ministérielle, et par conséquent M. de Montmorin n'y a fait qu'une réponse simple et particulière à M. Aubert. Cette réponse renferme des conseils et des avis qui ont déplu à cette multitude de Lycurgues et de Solons de notre Diète. Aubert est allé la communiquer au prince Sapiéha qui lui a dit là-dessus les choses les plus indécentes et entre autres « que la France ferait bien de s'occuper des moyens de payer les dettes de l'État, plutôt que de donner des avis à une nation qui ne lui en demande point )> .
Du roi à Maurice Glayre,
Varsovie, le 7 février 1789.
... Je voudrais pouvoir vous dire que je suis heureux, mais j'en suis encore fort éloigné. Le brouillard n'est rien moins que dissipé.