‹ Stanley l'africainChapitre 11 sur 76 · I. RECHERCHE DE LIVINGSTONE · texte numérisé non relu

I. RECHERCHE DE LIVINGSTONE

» Je passai une nuit excellente, et dès l'aurore je me rendis au camp, tout disposé à jouir de ma nouvelle existence. »

Le départ. — Cependant, l'approche de la masica, ou saison pluvieuse, ne laissait pas à Stanley une minute à perdre ; mais il lui fallut d'abord faire refaire tous ses ballots, dont chacun dépassait d'une trentaine de livres la moyenne ordinaire de la charge. Après ce travail, il se trouva avoir quatre-vingt-deux de ces ballots d'étoffe à emporter. Puis, que de retards lui coûtèrent ses enrôlements !

Il quitta enfin Bagamoyo, au bout de six semaines, grâce à un certain Hadji Pallou qui lui conseilla de faire partir son expédition par petits groupes, ce qui s'exécuta du 18 février au 21 mars 1871.

Le total des cinq groupes formant l'expédition du New-York Herald était de 192 hommes.

Le drapeau déployé fut naturellement celui des Etats-Unis. Les porteurs, les soldats, les animaux étaient en ligne ; le guide ou kirangozi se mit à leur tête. Stanley dit un long adieu â la vie civilisée, à ses loisirs ; adieu à l'Océan, à sa route largement ouverte, qui mène chez lui ; adieu à la foule des bruns spectateurs qui saluaient son départ de coups de feu répétés.

Les askaris, soldats indigènes, étaient responsables des dix-sept ânes et de leurs charges ; Sélim conduisait la petite charrette, qui portait les munitions ; Shaw, coiffé d'un liège en forme de barque renversée, chaussé de bottes fortes et monté sur un âne, fermait la marche ; tandis que sur son beau cheval, le bana mkouba, c'est-à-dire le grand maître, comme on l'appelait, Stanley enfin, directeur et narrateur en chef de l'expédition, était à l'avant-garde.

La sortie de la caravane fut très brillante. Une foule se pressait sur son passage, et des salves de mousqueterie célébraient son départ. Chacun était plein d'ardeur, les soldats chantaient, le 1 irangozi poussait des rugissements sonores, et agitait le drapeau étoile qui disait à tous les spectateurs : cette caravane est celle d'un homme blanc [mousoungou] !

On traversa d'abord un pays charmant : des arbres étrangers, des champs fertiles, une végétation riante ; tandis que résonnaient la voix du grillon, celle du tringa, le sibilement des insectes ; tous semblaient dire : « Enfin, vous êtes parti ! »

« Que pouvais-je faire ? dit alors le vaillant voyageur, sinon lever les yeux vers le Ciel, et jeter ce cri du fond de l'âme : Dieu soit loué ! »

La route, un simple sentier, se déroulait sur une terre qui, bien que sableuse, était d'une fertilité surprenante : cent pour un de la

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semence-, ci les légumes en proportion ; le tout semé et planté de la

façon la moins habile. Hommes et femmes travaillaient dans les champs, sans s'inquiéter de bien taire. A l'approche de la caravane, ils quittèrent leur ouvrage : ces hommes blancs, vêtus de flanelle, chaussés de grandes hottes, coiffés de chapeaux brevetés contre le soleil, étaient à leurs yeux des êtres monstrueux.

Une heure et demie de marche conduisit dans la vallée du Kingani, d'où l'on gagna le petit village de Rikoka, tandis que le 27 février, ou alla camper au village de Rosaca, dans l'Oukouéré.

La mouche tsé-tsé. — Si pressé que fut Stanley d'atteindre le Mouézi, il avait une telle inquiétude au sujet de sa quatrième bande, qu'il s'arrêta avant d'avoir fait quatorze kilomètres et donna l'ordre de camper. A peine eut-on fini de décharger et d'entourer le camp d'une forte palissade, que l'on s'aperçut d'une prodigieuse quantité d'insectes qui devinrent pour la caravane une nouvelle source d'anxiété.

Le voyageur naturaliste distingua trois mouches, dont l'une, qui dans le pays s'appelle tchoufoua, donnait un son faible et grave, allant crescendo. Elle était plus grosse d'un tiers que la mouche domestique, avait de grandes ailes, faisait moins de bruit que les autres, mais plus de besogne ; c'était assurément la plus terrible. Les chevaux et les ânes ruaient et se cabraient sous sa piqûre, qui faisait ruisseler le sang. Vorace au point de se laisser prendre plutôt que de fuir avant d'être gorgée, elle était facilement détruite ; mais on avait beau en écraser, le nombre allait toujours croissant. Cette mouche était la tsé-tsé formidable, la seule dont la piqûre soit mortelle pour le cheval, le bœuf, le mouton et le chien, suivant Livingstone ; cependant les indigènes attiraient que les trois espèces examinées en cet endroit, seraient également fatales aux bêtes bovines, ce qui explique l'absence de gros bétail dans ce pays si riche en pâturage.

Les épines. — Le lendemain, Stanley songea à prendre le plaisir de la chasse, et, en chassant une antilope, il s'égara clans un fourré de jungle épineuse.

« Grâce à rua boussole, dit-il, je n'avais rien à craindre ; j'étais certain de déboucher dans la plaine à peu de distance du camp. Mais c'est un travail terriblement rude que de sortir de ces halliers d'Afrique, ruineux pour les habits, cruels pour l'épidémie. Afin de marcher plus lestement, j'avais gardé mon pantalon de flanelle et mes souliers de toile. A peine étais-je plongé dans le fouillis épineux, qu'une branche d'acacia horrida, l'une des cent espèces de grappiLS que j'allais rencontrer, saisit ma jambière droite au genou, et

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