‹ Stanley l'africainChapitre 12 sur 76 · J. RECHERCHE DE LIVINGSTONE · texte numérisé non relu

J. RECHERCHE DE LIVINGSTONE

arracha le morceau presque entièrement ; vint ensuite le tronc d'un colqual, un grand euphorbe hérissé d'aiguilles, qui méprit à l'épaule, d'où résulta une nouvelle déchirure. Puis un aloès accrocha mon autre jambière et la fendit du haut en bas; pendant ce temps-là, un convolvulus, fort comme un câble, m'empêtra dans ses replis, et me lança tout de mon long- sur un lit d'épines.

» C'était à quatre pattes, le nez à terre, comme un limier flairant la, piste, que j'étais forcé de marcher ; mon pauvre casque, breveté contre le soleil, devenait à chaque minute moins sortable, moins solide ; et mes vêtements de plus en plus déguenillés. En outre, il y avait là une plante aux émanations fortes et acres, dont les brins me fouettaient le visage et y produisaient une brûlure analogue à celle que le piment fait dans la bouche. Enfin l'air étouffé de cette jungle, un air moite et chaud, me suffoquait ; la sueur coulait de tous les pores, trempant les lambeaux de flanelle autant qu'aurait pu le faire une averse. Quand je fus dehors et que j'eus largement respiré, je me fis le serment de ne jamais traverser de nouveau ces fouillis d'épines, à moins de nécessité absolue. »

Mortalité et maladies. — Après une halte de quatre jours, Stanley se dirigea vers Kingarou et Risemo, avec trois de ses bandes, l'autre ayant besoin de repos. Le soir même de son arrivée, son cheval arabe- lui parut souffrant ; le lendemain, il était mort. Fouine pas rendre pire le mauvais air de l'endroit, il fit enterrer l'animal à vingt mètres du camp. Là-dessus grand courroux du chef indigène qui réunit ses collègues des bourgades voisines. Le conseil délibère, et finit par déclarer que le fait d'avoir enterré un cheval mort sur le territoire de Kingarou et de l'avoir fait sans permission, est une injure grave, passible d'une amende. Ce différend fut arrangé après quelques pourparlers.

Malheureusement le second et dernier cheval de Stanley mourut le lendemain matin, juste quinze heures après son compagnon. A cette double perte, s'ajoutait l'ennui que lui donnait sa 4° caravane, trois jours s'étant écoulés depuis l'époque où elle aurait dû le rejoindre. Outre le temps perdu, cette halte prolongée avait rendu malades dix de ses hommes.

Enfin, le 4 avril, apparut Maganga, suivi de toute sa bande. Le lendemain, on se remit en marche vers le Mouézi, mais le séjour de Kingarou avait fort affaibli et démoralisé soldats et porteurs. Quelques-uns d'entre eux seulement eurent la force de gagner la station avant la nuit. Les autres n'arrivèrent que le lendemain et dans un état pitoyable d'esprit et de corps.

Il) STANLEY L'AFRICAIN.

La jungle. — «Nous partîmes le 8 avril pour Msouhoua ; une marche dé seize kilomètres tout simplement; mais qui est restée dans notre souvenir comme l'une des plus pénibles que nous ayons jamais faites ; tout entière dans une jungle, n'ayant que trois éclaircies où l'on pût reprendre haleine.

» Quel travail et quel endroit ! Les miasmes, les effluves des plantes en décomposition étaient d'une âcreté si pénétrante, que je m'attendais à chaque instant de nous voir foudroyés par la fièvre. Heureusement qu il n'en fut rien ; mais on ne se figure pas ce que c'est de faire passer dix-sept ânes chargés, conduits par sept hommes seulement, dans un sentier d'un pied de large, qui serpente au milieu d'un fourré inextricable, entre deux murs épineux, dont les grappins s'avancent et accrochent tout ce qui est à plus de quatre pieds du sol : juste la hauteur à laquelle se trouvent les ballots, qu'il faut sans cesse décharger et recharger. Les hommes n'en pouvaient plus, et dans leur découragement, ne reprenaient leur tâche qu'après avoir essuyé des flots de paroles acerbes.

» Lorsque j'atteignis le campement désigné, qui est à la sortie du hallier, j'étais seul avec les dix ânes dont j'avais pris la conduite. »

Le 12, on atteignit Moussoudi, qui est au bord de la rivière Ougérengéri. La route, ce jour-là, fut excellente ; pas un paquet dérangé, pas une cause d'impatience. Une fois chargés, les ânes n'eurent plus qu'à marcher devant eux. Ils parcouraient un pays magnifique, splendide dans sa sauvagerie, plein d'arbustes odorants, parmi lesquels se reconnaissaient la sauge et l'indigotier. Ce beau parc s'étend jusqu'aux montagnes qui séparent l'Oudoé du pays de Garni, à 32 kilomètres de l'endroit où l'on était ; leurs cônes lointains avec le pic de Rara forment à cette charmante scène un fond qui en complète la beauté.

Stanley retrouva sa quatrième bande à Mouhallê, dans le Ségouhha ; il y rencontra aussi Sélim ben Raschid qui revenait de l'intérieur avec trois cents dents d'éléphants. Outre la bienvenue qu'il lui souhaita et le riz dont il lui fit présent, cet Arabe lui donna des nouvelles de Livingstone. Raschid l'avait laissé à Ujiji, où pendant quinze jours ils avaient habité les deux huttes voisines. « Il venait d'être fort malade, dit-il en parlant du docteur, et il avait l'air d'un vieillard : la figure défaite et la barbe grise. Son intention, quand il serait rétabli, était de se rendre dans le Manyéma, par la voie du Maroungou, à l'ouest du Tanganika. »

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