I. EECHERCHE DE LIVINGSTONE
§ IV. De Simbamouenni a Taboea.
Une ville remarquable. — Le lendemain, en suivant la vallée, l'expédition passa sous les murs de Simbamouenni, capitale du Ségouhha, à 200 kilomètres de la côte.
« J'étais loin, dit le voyageur, de m'attendre à pareille rencontre. En Perse, dans le Mazandéran, elle ne m'aurait pas étonné ; mais ici elle était complètement imprévue. Située au pied des montagnes du Rougourou, dans une vallée magnifique, arrosée par deux rivières et par plusieurs ruisseaux limpides, cette ville pouvait avoir près de 5000 habitants. Ses maisons, au nombre d'un millier, étaient d'architecture indigène, mais du meilleur style, et ses fortifications arabopersiques réunissaient les avantages des deux genres.
» A part dans les grandes cités, je n'ai pas rencontré en Perse, sur un trajet de quinze cents kilomètres, des fortifications valant mieux que celles de Simbamouenni. Là-bas, les murailles sont en pisé, même celles de Kasbin, de Téhéran, d'Ispahan et de Ghiraz. Celles de la ville africaine étaient en pierre ; aux quatre angles, une tour, également en pierre et bien construite, les défendait. L'enceinte, à double rang de meurtrières poiic la mousqueterie, enceinte qui renfermait un espace de huit cents mètres carrés, était percée de quatre ouvertures, regardant les quatre points cardinaux, et situées à égale distance des tours. D'énormes portes fermaient ces ouvertures ; elles étaient en bois de tek du pays et couvertes des arabesques les plus fines et les plus compliquées.
« D'abord ces dessins me firent croire que ces portes étaient venues de Zanzibar, d'où on les aurait envoyées en détail ; mais comme les grandes maisons de la ville en avaient d'analogues, je pense qu'elles ont été faites et ciselées par des artistes indigènes. La demeure royale, pareille aux maisons de la côte, était un long bâtiment carré, avec une grande toiture à pente rapide, dépassant de beaucoup la muraille, et abritant une véranda.»
Ce palais appartenait alors à une sultane, la fille d'un nommé Kisabengo, célèbre chasseur d'hommes, qui fut la terreur de six provinces, et acquit aisément de l'influence sur les esclaves marrons, dont il fut reconnu chef. Toutefois, ce Kisabengo dut prendre la fuite et arriva dans le Cami, province qui, à cette époque s'étendait du Kouéré à l'Ousagara, et dont il obligea les habitants à lui céder un immense terrain. Il sut y choisir le plus admirable site, et fonda sa capitale qu'il appela Simbamouenni, la Cité-Lion, c'est-à-dire la plus forte.
Dans sa vieillesse, l'heureux voleur d'hommes changea son nom pour celui qu'il avait donné à sa ville, et, en mourant, il voulut que sa fille, à laquelle il laissait le pouvoir, prît également ce nom royal de Simbamouenni.
La noblesse relative de cette femme ne l'empêcha pas de chercher par tout moyen à extorquer des tributs à l'Expédition, qui ne s'en tira pas facilement.
A Simbo. — Au delà de la ville, et au pied d'un long coteau, sillonné d'eaux murmurantes, Stanley trouva un khambi dont les huttes étaient bien faites, et que les indigènes appellent Simbo. Il s'y arrêta. La grande plaine qu'il avait vue des hauteurs était maintenant en face de lui : cette plaine est la vallée de la Makata. Elle lui a laissé d'affreux souvenirs. Le sol fangeux y est d'une ténacité régulière, et rend la marche horriblement fatigante : dix heures pour faire seize kilomètres.
Trois soldats, envoyés à Simbamouenni à la recherche du cuisinier Bander, avaient été mis aux fers par la sultane et y restèrent seize heures exposés aux quolibets de la foule, jusqu'à ce que le cheik Thani les fît délivrer, en effrayant la reine par le récit exagéré de la puissance du blanc.
Cependant la caravane avait tellement hâte de quitter Simbo, qu'elle leva le camp malgré une pluie torrentielle. Quand elle atteignit le fleuve Makata, il était rapide et dangereux à franchir sur un pont vacillant ; on le traversa néanmoins, mais une nouvelle averse ayant converti la vallée en marais on fut obligé de camper dans ce lieu où chaque heure apportait sa part d'ennui.
Ringarou, l'un des soldats en profita pour s'enfuir avec l'équipement d'un camarade. Oulédi et Sarmian, tous deux armés de carabines se chargeant par la culasse, furent envoyés à sa poursuite, et partirent avec une célérité de bon augure. Effectivement, ils revinrent une heure après avec le fugitif.
L'averse que l'on venait de subir devait clore la saison pluvieuse. La première avait eu lieu le 23 mars, et l'on était au 30 avril. Ainsi la masica n'avait duré que 39 jours.
Dans l'Ousagara. — Après deux journées de barbotage, on atteignit la Roudéhoua, qui formait alors une rivière coulant à pleins bords.
Le 4 mai, après avoir monté une faible pente, on s'arrêta à Renneco, premier village de l'Ousagara où campa la caravane, pendant quatre jours; ensuite, malgré leur faiblesse, bêtes et gens gravirent une montagne, du sommet de laquelle se voyait, comme en un tableau de maître, la belle vallée de la Moucondocoua.